À gauche, l’espoir renaît
À partir d’un manifeste intitulé « Construire un mouvement commun pour la Corse de demain ......
À gauche, l’espoir renaît
À partir d’un manifeste intitulé « Construire un mouvement commun pour la Corse de demain - Proposition commune pour un texte fondateur », ces partenaires ont lancé un appel à la construction d’une gauche corse, à la fois émancipée de Paris et de la sphère nationaliste. Cette gauche propose un contenu pluraliste, à la fois de gauche, écologiste et citoyen :
Si l’on s’en tient à considérer la gauche de Corse qui s’inscrit dans la gauche nationale (Radicaux de gauche, Parti Socialiste, Les Verts, Parti Communiste Français, La France Insoumise), la gauche insulaire est aujourd’hui à la fois quasiment marginalisée. Les radicaux de gauche et Parti Communiste Français qui ont longtemps constitué une des forces dominantes du paysage politique, ne sont plus que des survivances. Le Parti Socialiste qui avait un temps représenté une alternative à la gauche dite claniste et une force à la fois compagnonne de route et concurrente du nationalisme n’est plus aujourd’hui qu’une ombre de ce qu’il a été. L’écologue politique ne se reconnaît pas dans Les Verts et s’est fondue au sein du nationalisme, ou d’initiatives citoyennes. La France Insoumise est squelettique. Ce constat a pu être vérifié lors des dernières élections municipales.
Dans les principales communes, la gauche a été soit inexistante, soit fondue dans le nationalisme. Dans la capitale du sud, au premier tour, unie, elle a réalisé 8,09 %, ce qui a été insuffisant pour figurer au second tour. Dans la capitale du nord, représentée par deux listes, elle a franchi les 10 % (liste gauche écologiste et citoyenne, Sacha Bastelica, 6,44 % ; liste communiste Francis Riolacci, 3,91 %), mais être divisée lui a valu d’être éliminée. La gauche des partis nationaux n’est donc plus une force significative de structuration de la vie politique corse.
D’autant que, dès le premier tour, comme à Bastia et en d’autres communes, une partie de l’électorat de gauche vote nationaliste et des cadres historiquement de gauche s’agrègent à des listes à dominante nationaliste. Cependant un renouveau semble en bonne voie. Prudence, il n’est encore qu’une esquisse. Avec son parti, Via citadina, et deux autres partis, Ecologia sulidaria et Ghjuventù di manca, Sacha Bastelica, qui a deux fois obtenu des résultats porteurs de perspectives sinon d’espoir (premier tour, municipales de Bastia 2026, 6,44 % ; premier tour, législatives, première circonscription, Haute-Corse, 10,39 %), a lancé une initiative visant à construire une démarche de gauche se voulant novatrice et rassembleuse.
Pour une gauche corse émancipée
À partir d’un manifeste intitulé « Construire un mouvement commun pour la Corse de demain - Proposition commune pour un texte fondateur », ces partenaires ont lancé un appel à la construction d’une gauche corse, à la fois émancipée de Paris et de la sphère nationaliste. Cette gauche propose un contenu pluraliste : « Nous sommes des mouvements, des collectifs et des citoyennes et citoyens engagés qui choisissons de mettre nos forces en commun. Sans renoncer à nos parcours ni à nos sensibilités, nous faisons le choix du rassemblement autour de valeurs partagées pour construire une dynamique politique nouvelle en Corse, à gauche, écologiste, solidaire et démocratique. »
Ils se démarquent de la gauche nationale en affirmant s’inscrire dans les luttes qui ont dominé en Corse depuis un demi-siècle : « Nous voulons une Corse où chacun puisse vivre dignement, travailler, se loger et construire un avenir sur sa terre. Nous croyons en une véritable autonomie politique, permettant aux Corses de décider davantage pour eux-mêmes et de construire des solutions adaptées aux réalités de l’île. Nous croyons en une autonomie qui contribue à préserver son histoire, sa langue, son patrimoine, sa culture, et qui s’attache à produire ce dont elle a besoin : son énergie, son alimentation et ses richesses. »
Mais ils entendent se différencier du nationalisme en assumant et portant des valeurs, un message et un discours authentiquement de gauche teinté d’une forte dimension écologiste et citoyenne : « Nous refusons la spéculation, la bétonisation et la destruction des espaces naturels. Nous voulons une société plus juste, où les richesses ne soient pas captées par quelques-uns pendant que le reste de la population peine à vivre dignement. Nous combattons le clientélisme, la corruption et les systèmes mafieux qui affaiblissent la démocratie et bloquent l’avenir de l’île. Nous voulons une société respectueuse du vivant, des espèces, des différences et des générations futures. Une société fondée sur la responsabilité, le bien-être, la transmission, la justice et le respect de notre destin commun. »
Signes encourageants
Qui voudra en être ?
À ce jour, les radicaux de gauche, les communistes, les insoumis et une partie des socialistes, du moins celles et ceux des partis, n’en ont apparemment guère envie. En revanche, une bonne partie de l’électorat de gauche qui est las de rester à la maison, de voter pour des éternels perdants qui s’accrochent aux branches ou de voter nationaliste par défaut, pourrait être séduit. Premier signe encourageant, l’initiative a pris pied au sud avec l’attention que lui porte Charlotte Cesari qui a conduit la liste de gauche à Aiacciu, lors des dernières municipales. Celle-ci la fait savoir dans un texte intitulé : « Un espoir de renouveau ». Elle a en effet écrit que les municipales avaient ouvert une voie : « Elles ont fait surgir des volontés jusque-là contenues, déplacé des lignes que l’on croyait immobiles, rebattu des cartes que beaucoup pensaient déjà distribuées » et qu’il convenait de persister : « Une rupture électorale ne suffit pas si elle ne débouche pas sur une rupture politique plus profonde.
Des conversations sont nées depuis, d’abord avec chacune et chacun d’entre vous, dans cette parole simple et directe où se mesure la vérité d’un peuple. Elles ont confirmé notre intuition première : la gauche, chez nous, en Corse, ne peut être qu’un courant né de sa population, de ses besoins, de ses colères, de sa dignité et de son espérance. » L’intéressée a aussi souligné son ressenti d’un besoin de gauche que ne saurait combler le nationalisme : « Chacun d’entre nous éprouve, dans sa vie quotidienne, les ravages d’un État central qui décide loin de la terre qu’il prétend administrer : le foncier livré au désordre et à la spéculation, la culture rendue invisible, l’écologie reléguée aux marges, les soucis particuliers devenus, à force d’être partagés, des blessures collectives.
Mais cette domination ne suffit pas à tout expliquer. […] Trop souvent pourtant, à la clarté promise se substituent les zones d’ombre : les décisions se prennent au profit de quelques-uns, la parole populaire se trouve étouffée, et notre terre devient trop souvent un espace livré à l’uniformisation, aux logiques marchandes et à la prédation. » D’où sa conviction que « l’émergence d’une gauche autonomiste est devenue une nécessité, un devoir » et cela sous la forme d’un « espace politique nouveau : populaire, social, écologiste, féministe et anticolonialiste, né des Corses qui refusent de voir leur destin décidé sans eux ».
D’où son appel à rejoindre la démarche initiée en Haute-Corse qui « appelle un nous », qui incite à un mouvement réunissant « toutes celles et tous ceux qui refusent que notre peuple soit réduit au silence démocratique […] au-delà d’un appareil fermé ou d’un mot d’ordre descendu d’en haut ». Autre signe encourageant, Jean-Baptiste Luccioni, patron de la fédération PS de Corse-du-Sud, maire d’a Petrusedda, a ainsi réagi sur la Frequenza Mora : « Aujourd’hui, l’autonomie n’est qu’un outil, si derrière on n’a pas un projet, l’outil n’a que peu d’intérêt. Donc, discutons d’abord du projet, vérifions ensemble sur quelles bases on pourrait construire […] Il faut arriver à travailler en commun, à mettre tout sur la table.
Aujourd’hui, nous ne sommes malheureusement plus représentés, ni dans les grandes villes ni à l’Assemblée de Corse […] La démarche qui avait été initiée aux municipales d’Ajaccio, avec Charlotte Cesari tête de liste, a tout son sens ». À suivre...
Pierre Corsi
Photos : JDC