• Le doyen de la presse Européenne

Europe oui, Bruxelles non !

« Oui à l’Europe économique, non à l’adhésion politique complète »

Europe oui, Bruxelles non !


La victoire de L’AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l’Allemagne) en Saxe-Anhalt et le refus par une majorité d’électeurs islandais d’une reprise des négociations d’adhésion de leur pays à l’Union européenne ne révèlent pas une hostilité à l’Europe mais plutôt un rejet de l’Union européenne.


L’AfD est national-conservatrice, populiste, résolument hostile au droit d’asile et à l’immigration. Cette ligne politique vaut à ce parti, d’être tenu à l’écart par les gouvernants et les responsables politiques allemands, et stigmatisé par la quasi totalité des dirigeants des pays européens. Cette tenue à l’écart et cette stigmatisation sont aussi motivées par le fait que, depuis sa création en 2013, l’Afd affiche une hostilité totale à l’Union européenne.
L’AfD rejette l’évolution fédérale et centralisatrice de l’Union, le pouvoir de plus en plus étendu et incontrôlable de Bruxelles (plus précisément de la Commission européenne et de l’ensemble de la technocratie européenne), l’euro, Schengen (zone de libre circulation qui permet aux personnes de voyager sans contrôles aux frontières intérieures entre 29 pays européens).
L’AfD demande le retour de certaines compétences aux États, le rétablissement des contrôles aux frontières, une construction européenne essentiellement économique (coopération et libre-échange entre États souverains), le remplacement de l’Union européenne par une « Bund europäischer Nationen », (sorte de confédération des nations européennes avec « autant d’autonomie nationale que possible et autant de coopération que nécessaire »). Enfin, l’Afd promet que si elle accède au pouvoir et ses demandes sont ignorées ou rejetées, elle fera sortir l’Allemagne de l’Union européenne (Dexit).
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt qui révèle une montée en force de ce parti suscite évidemment une grande inquiétude chez la plupart des gouvernants des pays de l’Union européenne et évidemment de Bruxelles, car l’Allemagne est, avec la France, considérée comme un pilier vital et un moteur majeur de l’Union européenne.
Ces gouvernants européistes sont d’autant plus préoccupés que, quelques jours avant la victoire de l’AfD, les électeurs islandais ont refusé la reprise des négociations d’adhésion de leur pays à l’Union européenne. C’est clair : tous ces gouvernants considèrent que le vote des électeurs islandais s’inscrit dans une dynamique eurosceptique pouvant déboucher sur « Exit » que la victoire de l’AfD a confirmée.

L’exemple norvégien


Cependant, une observation et une analyse non dictées par la doxa européiste permettent de considérer que le vote islandais et même l’euroscepticisme ne signifient pas forcément le refus d’une Europe de paix, de coopération économique et de solidarité entre les États et les peuples.
Le vote islandais a surtout été motivé par la crainte que l’Islande doive se soumettre à la politique de la pêche de l’Union européenne. Il n’a pas indiqué une volonté de se retirer de Schengen et/ou de l’Espace économique européen (EEE, zone de libre-échange regroupant les 27 pays de l’Union européenne plus l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège, permettant la libre circulation des marchandises, des services et des capitaux).
En somme, l’électorat islandais a dit : « Oui à l’Europe économique, non à l’adhésion politique complète ».

En France, le RN (Rassemblement National) ne préconise plus ni le « Frexit, ni la sortie de l’euro. Il se borne à vouloir que la France se réapproprie des compétences, notamment en matière de sécurité, d’immigration et de certaines politiques économiques. En Autriche, le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs, Parti de la liberté d’Autriche) est davantage dans une logique de modification de la gouvernance et des pouvoirs de l’Union européenne que dans une volonté de sortie.
En Italie, Fratelli d’Italia n’indique plus vouloir quitter l’Union européenne. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni veut une Europe moins fédérale, plus respectueuse des États, plus stricte sur l’immigration, davantage tournée vers la défense et la puissance.
L’exemple le plus accompli de volonté d’appartenir et participer à l’Europe sans adhérer à l’Union européenne existe d’ailleurs, il est représenté par la Norvège, et ce, depuis plus de trente ans. Ce pays dont les électeurs ont refusé deux fois l’adhésion à l’Union européenne après négociation d’entrée, est néanmoins resté membre de l’EEE, ce qui lui donne accès au marché intérieur européen, et lui permet de bénéficier d’une grande partie des avantages économiques de l’intégration européenne, sans devenir membres de l’Union, et donc sans dépendre pour tout et pour rien de Bruxelles. Euroscepticisme n’est donc donc pas forcément traductible par “Exit” comme l’ont fait les électeurs du Royaume-Uni (Brexit), cela peut aussi vouloir dire : Europe oui, Bruxelles non !

Alexandra Sereni
Crédit illustration : Afd
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