Boycotter les colonies, ce n’est pas boycotter Israël
Une distinction nécessaire......
Boycotter les colonies, ce n’est pas boycotter Israël
Une distinction nécessaire
La décision française d’engager une procédure pour interdire l’importation des produits issus des colonies israéliennes de Cisjordanie n’est ni une mesure contre Israël ni une mesure contre les Juifs. Elle consiste à distinguer le territoire de l’État d’Israël des territoires occupés depuis 1967, distinction que le droit international impose depuis longtemps. Le Conseil de sécurité de l’ONU considère les colonies comme dépourvues de validité juridique et la Cour internationale de Justice a jugé en 2024 illicite la présence continue d’Israël dans les territoires palestiniens occupés. Paris ne prépare donc aucun embargo contre Tel-Aviv ou Haïfa : il refuse que des marchandises produites dans des colonies implantées sur des terres occupées bénéficient du même accès au marché européen que celles produites sur le territoire israélien reconnu. Reconnaître Israël, c’est aussi reconnaître qu’il a des frontières.
La colonisation comme politique de fait accompli
La colonisation est devenue un instrument politique destiné à modifier la géographie de la Cisjordanie et à rendre toujours plus difficile, voire impossible, la création d’un État palestinien viable. Le projet E1, à l’est de Jérusalem, en fournit une illustration spectaculaire : son développement compromettrait encore davantage la continuité territoriale entre le nord et le sud de la Cisjordanie. Cette volonté n’est guère dissimulée. Des responsables de l’extrême droite israélienne au gouvernement, dont le suprémaciste juif Bezalel Smotrich, assument leur opposition à la création d’un État palestinien et présentent l’extension des implantations comme un moyen de l’empêcher. Ce n’est donc plus seulement un débat juridique : c’est une politique de conquête territoriale progressive, conduite malgré les condamnations internationales.
Une violence devenue insupportable
À cette expansion s’ajoute une violence croissante de groupes de colons extrémistes et ouvertement racistes : agressions, maisons attaquées, voitures incendiées, terres agricoles détruites, troupeaux volés, Palestiniens chassés de leurs villages. Plus d’un millier de Palestiniens ont été tués en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023 par les forces israéliennes ou par des colons ; il serait inexact d’attribuer ces morts aux seuls colons, mais leur violence a atteint un niveau qui ne peut plus être minimisé. Le symbole le plus frappant est venu des États-Unis. Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël et partisan de longue date du mouvement de colonisation, a lui-même qualifié certaines violences de colons de « terroristes ». Quand un défenseur aussi déterminé des implantations emploie ce terme, il devient difficile de parler encore de simples incidents isolés.
Sanctionner une politique, pas un peuple
Défendre le droit d’Israël à exister et à garantir la sécurité de sa population n’oblige nullement à approuver la politique de son gouvernement. On peut reconnaître sans ambiguïté la légitimité d’Israël tout en condamnant avec la plus grande fermeté un État qui finance l’expansion des colonies, protège trop souvent leurs auteurs de violences et contribue à créer sur le terrain une annexion de fait. C’est précisément parce qu’il faut distinguer Israël de la colonisation que le boycott des produits issus des colonies est justifié. Il ne vise ni les Israéliens en tant que peuple, ni les Juifs ni l’économie israélienne dans son ensemble. Il vise un système qui transforme progressivement un territoire occupé en espace annexé, maison après maison, route après route, au mépris du droit international. Pendant des décennies, les gouvernements occidentaux ont condamné les colonies tout en permettant à leurs marchés de contribuer indirectement à leur prospérité. Cette contradiction doit cesser. Refuser les produits des colonies n’est pas nier Israël : c’est refuser de financer une politique qui détruit méthodiquement la possibilité d’un futur État palestinien. Si le droit international doit encore avoir un sens, les condamnations doivent enfin produire des conséquences.
GXC
crédit illustration : D.R