PISA 2025 : ce que la chute du niveau français dit de l’école en Corse
Les résultats de PISA 2025 sont mauvais pour la France.
PISA 2025 : ce que la chute du niveau français dit de l’école en Corse
Les résultats de PISA 2025 sont mauvais pour la France. Les élèves de 15 ans obtiennent 483 points en sciences, 458 en mathématiques et 456 en compréhension de l’écrit. Entre 2022 et 2025, la France perd 18 points en lecture et 16 en mathématiques.
PISA, le thermomètre mondial de l’école
PISA, Programme international pour le suivi des acquis des élèves, est une enquête de l’OCDE qui compare les compétences des jeunes de 15 ans dans des dizaines de pays. Elle mesure moins la connaissance des programmes que la capacité à comprendre un texte, résoudre un problème mathématique ou interpréter une situation scientifique. En 2025, 91 pays et économies ont participé. Il n’existe pas de classement général unique, mais des résultats distincts selon les disciplines. La France se situe au 27e rang en sciences, au 28e en compréhension de l’écrit et au 33e en mathématiques. Elle se trouve désormais dans le ventre mou du classement international, loin derrière les systèmes asiatiques les plus performants.
Pas de classement PISA spécifique à la Corse
Il n’existe pas à proprement parler de classement PISA de la Corse. L’échantillon est conçu pour être représentatif de la France entière et non de chacune de ses académies. Dire que « les élèves corses ont perdu 18 points » serait donc faux. En revanche, les résultats nationaux peuvent être confrontés aux caractéristiques sociales et scolaires de l’île.
Le paradoxe corse : de bons résultats aux examens
La Corse obtient pourtant de bons résultats aux examens traditionnels. Le taux de réussite au brevet dépasse 90 %. Cela montre qu’il faut distinguer réussite aux examens et maîtrise réelle des compétences. PISA cherche à savoir ce qu’un adolescent est capable de faire avec ses connaissances lorsqu’il se trouve face à une situation nouvelle. Un élève peut donc obtenir son brevet puis son baccalauréat et conserver néanmoins des lacunes en lecture, en raisonnement ou dans la compréhension d’un problème. De bons taux de réussite ne garantissent pas une progression équivalente des compétences fondamentales.
Le poids des inégalités sociales
PISA confirme une faiblesse ancienne du système français : l’origine sociale pèse fortement sur les résultats. En sciences, l’écart entre les 25 % d’élèves les plus favorisés et les 25 % les plus défavorisés atteint 100 points. Or la Corse cumule plusieurs fragilités : un enfant mineur sur quatre y vit dans une famille pauvre, 23 % dans une famille monoparentale et près de la moitié appartiennent à une famille à dominante ouvrière ou employée. Tous les élèves ne disposent donc pas des mêmes conditions pour apprendre : livres à la maison, espace de travail, disponibilité des parents, cours particuliers ou pratiques culturelles. Dans une région où les difficultés sociales sont nombreuses, l’école doit davantage compenser les inégalités extérieures.
Les écrans : faux coupables ou vraie rupture ?
Pour certains enseignants, smartphones, réseaux sociaux et intelligence artificielle expliquent une partie du recul de la lecture et de la concentration. Pour d’autres, cette dénonciation masque les problèmes plus classiques de l’école : classes chargées, manque d’accompagnement ou inégalités sociales. PISA invite à dépasser cette opposition. Les écrans ne sont pas la cause unique, mais la distraction numérique est associée à de moins bonnes performances. En France, 26 % des élèves disent être fréquemment gênés par l’usage d’appareils numériques pendant les cours de sciences. Ceux qui signalent cette distraction obtiennent en moyenne 24 points de moins que les autres. Par ailleurs, 37 % des élèves utilisent au moins une fois par semaine un chatbot d’intelligence artificielle pour apprendre et 21 % pour résumer un texte qu’ils étaient censés lire. Le problème n’est donc pas l’écran en lui-même. Les pays asiatiques les mieux classés sont eux aussi très numérisés. Ce qui compte est l’usage et la capacité à préserver des temps de concentration longue. Lire plusieurs pages sans interruption, chercher le sens d’un mot, suivre un raisonnement, accepter de ne pas comprendre immédiatement : toutes ces habitudes sont fragilisées par la sollicitation permanente. L’intelligence artificielle ajoute une difficulté nouvelle. Elle peut aider à apprendre, mais elle permet aussi d’obtenir instantanément un résumé, une rédaction ou la solution d’un exercice. Le risque est de confondre l’accès au résultat avec l’acquisition du raisonnement.
La lecture, faiblesse centrale
En 2025, environ un tiers des élèves français de 15 ans n’atteignent pas le niveau minimal de compétence en lecture. Or cette faiblesse pénalise toutes les disciplines. Un élève peut connaître une règle mathématique et échouer parce qu’il comprend mal l’énoncé ; il peut avoir appris son cours de sciences, mais ne pas savoir interpréter un document ou une consigne. La lecture n’est donc pas une matière parmi les autres. Elle conditionne une grande partie du reste de la scolarité.
Le rôle des familles
PISA relève aussi une diminution de l’accompagnement familial. En 2022, 74 % des élèves français déclaraient que leurs parents leur demandaient au moins une fois par semaine ce qu’ils avaient fait à l’école ; ils ne sont plus que 63 % en 2025. La part de ceux qui discutent régulièrement de leurs difficultés scolaires avec leurs parents est passée de 48 à 34 %. Il serait injuste d’y voir uniquement un désengagement. Famille monoparentale, horaires de travail, précarité ou fatigue peuvent limiter l’accompagnement. En Corse, cette question mérite une attention particulière. Plus les familles sont fragiles, plus l’école doit pouvoir compenser.
Le manque de moyens n’explique pas tout
Certaines classes de seconde à Bastia ou Ajaccio atteignent 32 à 35 élèves, ce qui rend l’aide personnalisée plus difficile. Mais la moyenne académique tourne autour de 23,5 élèves par classe au collège. Les effectifs ne peuvent donc expliquer à eux seuls la baisse du niveau. Le climat de travail compte également. PISA indique que 47 % des élèves français déclarent que le bruit et l’agitation perturbent la plupart ou la totalité des cours de sciences, tandis que 37 % disent que leurs camarades n’écoutent pas le professeur. Le problème n’est donc pas seulement de savoir combien d’élèves sont dans une classe, mais combien peuvent réellement y travailler. Écrans, inégalités sociales, recul de la lecture, manque de sommeil, difficultés familiales, classes chargées et climat scolaire peuvent se cumuler. Aucun facteur n’explique tout, mais leur combinaison peut produire une baisse durable du niveau.
Pourquoi la Corse devrait disposer de son propre outil d’évaluation
La véritable faiblesse est l’absence d’un véritable « PISA corse ». L’île pourrait exploiter systématiquement les évaluations nationales réalisées en sixième, quatrième et seconde, suivre les mêmes générations et comparer les résultats selon les territoires, les établissements, les milieux sociaux et éventuellement les filières bilingues. Avec moins de 50 000 élèves, la Corse possède un avantage : sa taille. Elle pourrait devenir un laboratoire éducatif, identifier rapidement les difficultés, intervenir plus tôt sur la lecture et le calcul, mesurer l’effet de la limitation des téléphones, développer la lecture longue et renforcer l’accompagnement des familles les plus fragiles.
L’enjeu : préserver l’autonomie intellectuelle
La principale leçon de PISA 2025 est finalement moins le rang de la France que le nombre croissant d’adolescents qui arrivent à 15 ans sans maîtriser suffisamment la lecture, le raisonnement mathématique ou l’analyse d’une information complexe. À l’heure où l’intelligence artificielle peut produire en quelques secondes du texte, des calculs et des raisonnements apparents, ces facultés deviennent plus essentielles encore. La question posée à l’école corse n’est donc pas seulement de faire réussir ses élèves aux examens, mais de leur donner les outils nécessaires pour comprendre, vérifier, raisonner et penser par eux-mêmes.
GXC
crédit illustration : D.R