Le Sénat à son tour rattrapé par la poussée du RN
Le RN franchit un verrou
Le Sénat à son tour rattrapé par la poussée du RN
À première vue, les sénatoriales n’ont rien bouleversé. La droite et le centre conservent la majorité de la Haute Assemblée, les socialistes maintiennent l’essentiel de leurs positions et aucun basculement ne s’est produit. Mais derrière cette stabilité, le scrutin du 27 septembre marque une évolution importante : le Rassemblement national, longtemps presque absent du Sénat faute d’élus locaux, y réalise une percée suffisante pour constituer pour la première fois un groupe. Le macronisme recule, LR s’érode légèrement et LFI fait une entrée très modeste au Palais du Luxembourg.
Le RN franchit un verrou
Avec neuf nouveaux sénateurs qui s’ajoutent aux trois élus de 2023, le RN dispose désormais à lui seul des effectifs nécessaires pour former un groupe, auquel devraient s’adjoindre plusieurs élus de l’UDR d’Éric Ciotti. L’ensemble devrait compter autour d’une quinzaine de sénateurs. Cela reste très minoritaire dans une assemblée de 348 membres et ne menace nullement la majorité de droite et du centre. Mais le changement est institutionnel : le RN disposera désormais de moyens propres, de collaborateurs, de davantage de temps de parole et d’une présence régulière dans le fonctionnement de la Haute Assemblée. Et surtout, il brise le plafond de verre qui le bridait dans les campagnes. La nature même du scrutin donne à cette progression sa portée. Pour progresser au Palais du Luxembourg, il faut donc disposer de réseaux territoriaux. C’était précisément le point faible historique du RN. Ses résultats en Gironde, en Seine-Maritime, dans le Gard, l’Hérault, le Vaucluse, le Var ou les Bouches-du-Rhône montrent que cet obstacle a commencé à céder. En Gironde, Edwige Diaz obtient ainsi neuf fois plus de voix que le RN six ans auparavant.
LR résiste, le macronisme recule
La droite classique reste pourtant maîtresse du jeu. LR demeure le premier groupe du Sénat et conserve avec l’Union centriste une majorité confortable. Son recul est limité mais réel, autour de quelques sièges. Il serait excessif d’attribuer toutes ces pertes au RN, les configurations locales ayant beaucoup compté, mais une partie de la poussée de l’extrême droite s’effectue bien sur des territoires et parmi des grands électeurs traditionnellement situés à droite. Le recul du camp présidentiel, celui qui est favorable au projet autonomie pour la Corse, est plus net. Le groupe RDPI, constitué autour des soutiens d’Emmanuel Macron, devrait passer d’environ 19 membres à une quinzaine. Horizons progresse parallèlement, signe que l’ancien bloc présidentiel se recompose autant qu’il s’affaiblit. À gauche, les socialistes résistent globalement. La nouveauté vient de La France insoumise, jusque-là absente du Sénat. Gabriel Amard est élu dans le Rhône, tandis que Marc Péré l’est en Haute-Garonne à la tête d’une liste d’union LFI-EELV-Génération.s. Là encore, l’entrée au Sénat traduit une capacité nouvelle à convaincre au-delà de son propre réseau.
Même le Sénat est touché
C’est probablement l’enseignement principal du scrutin : la chambre la plus stable de la République, la plus enracinée dans les collectivités locales et traditionnellement la plus conservatrice est touché par un mouvement européen voire planétaire. Le fait que le RN soit désormais capable d’y constituer un groupe signifie que la progression du RN atteint désormais le monde des élus locaux qui lui avait longtemps résisté. Cette évolution est d’autant plus notable que le Sénat avait jusqu’ici joué le rôle d’un amortisseur des bouleversements électoraux. Son mode de scrutin, fondé sur les élus locaux, protège les formations les mieux implantées et ralentit l’arrivée des forces nouvelles. Voir le RN y constituer un groupe signifie donc que sa progression commence à dépasser le seul vote protestataire pour toucher les structures mêmes de la représentation territoriale. C’est ce seuil, davantage que le nombre de sièges, qui donne au scrutin sa portée. Le Sénat reste contrôlé par LR et les centristes. Mais il ressemble un peu plus qu’hier au paysage politique du pays : le macronisme y rétrécit, LFI y fait son apparition et le RN y franchit un seuil institutionnel. À quelques mois de la présidentielle de 2027, la recomposition politique française n’est donc plus arrêtée aux portes du Palais du Luxembourg. Cette évolution aura sans nul doute des conséquences sur le projet de réforme constitutionnelle relative à la Corse mais aussi plus tard sur la relation de notre île avec le pouvoir central.
GXC.
crédit illustration : D.R