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Octobre rose, l’élan et l’écart

Participation en berne

Octobre rose, l’élan et l’écart



La 33e édition d’Octobre rose s’ouvre le 1er octobre avec son cortège de marches, de rubans et d’appels au dépistage du cancer du sein. Derrière la mobilisation, les données publiées cette année par Santé publique France et la Cour des comptes dessinent un paradoxe tenace : un examen gratuit, fiable, promu depuis plus de vingt ans… que moins d’une femme sur deux réalise.


Participation en berne

Avec plus de 61 000 nouveaux cas et près de 12 000 décès par an, le cancer du sein reste le plus fréquent chez les femmes en France. Depuis 2004, le programme national de dépistage organisé invite celles âgées de 50 à 74 ans à une mammographie tous les deux ans, prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie, avec une seconde lecture systématique des clichés jugés normaux. Le dispositif s’essouffle pourtant. Selon Santé publique France, le taux de participation atteint 47,5 % en 2025, après 43,9 % en 2024, soit 45,7 % sur la période 2024-2025 contre 46,6 % deux ans plus tôt. L’agence situe le début de ce recul au milieu des années 2010. Dans son rapport publié en janvier, la Cour des comptes rappelle que la participation dépassait 52 % en 2011. Les instances européennes, elles, fixent un seuil d’au moins 70 % pour obtenir l’effet attendu sur la mortalité. En ajoutant les mammographies réalisées hors programme, le ministère de la Santé estime la participation globale proche de 60 %. Sa feuille de route « dépistages organisés des cancers 2024-2028 », publiée en janvier 2024, décline douze actions centrées sur l’information et l’accès aux examens.

Frémissement insulaire
La Corse fait figure d’exception relative. Santé publique France la range parmi les six régions de l’Hexagone où la participation progresse entre 2022-2023 et 2024-2025. Le point de départ reste cependant bas. Présentant le programme bastiais d’Octobre rose, Catherine Riera, présidente de l’association La Marie Do, parle de « mauvais élève de la classe » et avance un chiffre : en 2026, sur 1 000 femmes contactées en Haute-Corse, 317 se sont fait dépister. Les causes de cette réticence ne tiennent pas qu’à la négligence. Santé publique France évoque des difficultés d’accès à la mammographie, liées au recul de l’offre en sénologie, et s’interroge sur les effets de la réorganisation des invitations, confiées depuis 2024 à l’Assurance maladie. La Cour des comptes pointe les inégalités territoriales, les délais de rendez-vous, le manque d’information, la crainte de la douleur ou du diagnostic. Sur une île où l’éloignement des plateaux techniques pèse sur chaque parcours de soins, la gratuité ne suffit pas à lever ces obstacles. L’enjeu de la seconde lecture illustre ce qui se perd hors du programme ; 8 % des cancers du sein sont repérés à ce stade, une garantie dont se privent les femmes qui se font suivre en dehors du circuit organisé ou qui renoncent.

Au-delà du ruban
Octobre rose ne se résume plus au seul dépistage. La Cour des comptes chiffre les dépenses de l’Assurance maladie liées au cancer du sein à près de 4,7 milliards d’euros en 2023, contre 2,8 milliards en 2015, sous l’effet des traitements innovants. Pour les patientes, le reste à charge moyen avant complémentaire s’établit à 1 549 euros. L’après-cancer révèle d’autres fractures : un quart des femmes déclarent une baisse de revenus, et une sur cinq n’a pas repris d’activité deux ans après le diagnostic. Sur le terrain, le tissu associatif compense une partie de ces angles morts. La Marie Do, qui fête ses vingt ans, consacre chaque année 200 000 euros à l’aide directe aux malades et 70 000 euros aux soins de support, et finance les frais des patients engagés dans des essais cliniques sur le continent — un poste qui traduit à lui seul la dépendance insulaire en matière d’innovation thérapeutique. À Bastia, la marche A Bastiaccia ouvrira le mois le 4 octobre, avant un tournoi de handball le 31 au COSEC de l’Arinella. Reste la question des outils. La Cour des comptes appelle à mieux encadrer l’usage de l’intelligence artificielle en radiologie, alors que les premiers essais français sur son apport au dépistage sont attendus cette année. Aide précieuse pour des radiologues trop peu nombreux ou source de nouveaux faux positifs ? L’algorithme ne remplira pas les salles d’attente. Espérons que la mobilisation d’octobre parviendra à se prolonger les onze autres mois de l’année, là où se joue réellement la participation.

Maria Mariana

Crédits photographiques
• 11544_2026-10-02_Ruban rose gros plan_magnific.jpg : © magnific
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