A Ghisunaccia : un attentat et surtout des questions
Surprise, c’est le « FLNC 22 Octobre » qui s’est manifesté.
A Ghisunaccia : un attentat et surtout des questions
Quelques semaines après l’avertissement qu’avait lancé le FLNC-UC contre ceux qui s’installent dans l’île et ceux qui spéculent, surprise, c’est le « FLNC 22 Octobre » qui s’est manifesté. Un attentat à l’explosif contre une villa, deux tags et des questions. La signature « FLNC 22/10 pose pour l’heure davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. Message politique, concurrence entre anciens courants, action d’un groupe dissident ou simple habillage d’un intérêt local : tout est envisageable.
Une maison en vente
Dans la nuit du 25 au 26 septembre dernier, à A Ghisunaccia, une villa appartenant à un couple de retraités vivant sur le continent et étant en vente, a été quasiment détruite par un attentat à l’explosif. Sur place, les enquêteurs ont découvert deux tags laissant à penser que l’action serait imputable au FLNC 22/10 (FLNC du 22 octobre). La routine : le parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête. Ceci est intervenu quelques semaines après que le FLNC-UC (FLNC-Union des Combattants) ait tenu une conférence de presse au cours de laquelle des porte-parole ont notamment dénoncé une colonisation de peuplement (installation massive de populations venues de l’extérieur) et une spéculation immobilière galopante. Les messages d’août outre être d’une origine vérifiable, étaient explicites : les aspirants à l’installation étaient invités à réfléchir au sens de leur démarche et à leur comportement une fois sur place ; les spéculateurs immobiliers étaient sommés de ne plus sévir. La sortie médiatique et les messages du FLNC-UC sont intervenus alors que les questions de l’identité corse menacée de dilution ou de disparition par des flux d’arrivants peu enclins à s’intégrer, et du logement devenant inaccessible pour de nombreux Corses, jeunes et moins jeunes, constituent des sujets aussi discutés que sensibles. Et que les débats concernant ces deux points existent au sein de l’ensemble de la société corse ! A priori, une intervention des clandestins était plus qu’une probabilité et la nature des cibles potentielles aisée à identifier. Pourtant l’attentat ayant eu lieu à A Ghisunaccia suscite bien des questions.
Difficile et hasardeux d’affirmer ou d’en dire plus
Que penser de la signature FLNC 22/10 retrouvée sur site ? Cette organisation qui semble s’être à nouveau éloignée du FLNC-UC (elle n’a pas participé à la conférence de presse d’août dernier), aurait-elle la volonté de rappeler son existence distincte, de renouer avec l’action armée ou plus simplement de signifier qu’à la parole, elle préfère le passage à l’acte ? Certains militants seraient-ils en rupture avec la direction qui, à ce jour, n’a pas fait part d’une volonté d’un retour au recours aux armes ? Rien ne permet de trancher. Et si derrière une signature politique se cachait un intérêt local ? Une opération unique visant une maison déterminée et une signature non vérifiable, et donc à ce jour non fiable, cela peut aussi peut obéir à des motivations qui n’ont rien à voir avec une organisation clandestine. Un différend, une transaction immobilière, une opposition personnelle ou un conflit local sont des hypothèses à ne pas écarter d’emblée. Après la prise de parole du FLNC-UC en août, la signature du 22 Octobre semble plausible et pourrait s’inscrire dans une menace voilée de reprendre l’initiative sur le terrain de la lutte armée contre la spéculation et l’installation de populations extérieures si le processus Beauvau finit dans le mur ou si le contenu du projet de loi est trop édulcoré. Il est donc difficile et hasardeux d’affirmer ou d’en dire plus. À a Ghisunaccia, la bombe a détruit une maison. Il reste maintenant à une revendication de dire qui est passé à l’acte et aussi un peu pourquoi.
Pierre Corsi
Crédit photo : JDC