La mémoire des goumiers marocains racontée à Ajaccio
Un devoir de mémoire
La mémoire des goumiers marocains racontée à Ajaccio
À l’initiative de Mohammed Moutaoukel, consul général du Maroc, basé à Bastia, Jamal Saïd, vice-président de l’association « Mémoire des goumiers » est venu présenter son ouvrage « Goumiers, privés de rêve », en de semaine dernière dans les locaux de l’association des Marocains de Corse-du-Sud à Ajaccio. L’occasion de mieux connaître ces bergers, dont près de 3000 ont combattu auprès des Corses lors de la Deuxième Guerre mondiale.
Mieux connaître et faire connaître les goumiers marocains, tel est l’objectif de Jamal Saïd, président de l’association « Aliscia » et vice-président de « Mémoire des goums », qui a publié au début de l’été, un ouvrage fruit de vingt années de recherches : « Goumiers privés de rêve, l’épopée des goums marocains, 1908-1956. » Basé à Lunéville, l’auteur a répondu à l’invitation de Mohammed Moutaoukel, consul général du Maroc, basé à Bastia, afin de présenter son livre. « L’histoire des goumiers est assez méconnue du grand public, explique-t-il, je l’ai découverte personnellement il y a une vingtaine d’années... Lors du deuxième conflit mondial, la France avait besoin de soldats. Ils furent entre 12 000 et 20 000 à combattre, participants à la libération du pays en Provence, à Toulon, Marseille, dans la vallée du Rhône, en Alsace et, bien sûr en Corse... »
Un devoir de mémoire
En fin de semaine dernière, Jamal Saïd s’est rendu dans les locaux de l’association des Marocains de Corse-du-Sud à Baleone afin de présenter son ouvrage, mais aussi un documentaire d’une vingtaine de minutes retraçant l’historique des goumiers marocains. « C’est la première fois que je viens en Corse, poursuit-il, je me suis rendu, bien sûr au col de Teghime, où de nombreux goumiers furent tués en 1943. Ils étaient près de 3000 au total dans l’île (un chiffre à confirmer) et ont contribué à la libération de Teghime, tenu par les Allemands. L’histoire mentionne Ernest Bonacoscia, un jeune berger, comme eux, qui leur a apporté une aide conséquente. Il était agent de la Résistance dans le Nebbiu. Les goumiers faisaient partie du 2e Groupement de Tabors Marocains. »
Jamal Saïd, qui a dédicacé son ouvrage autour d’un thé à la menthe, a fait une visite de cinq jours dans l’île. De son côté, le Consul général s’est dit satisfait de cette initiative. « Dès que le livre a été publié, souligne-t-il, j’ai contacté l’auteur pour une présentation à Ajaccio après quelques jours passés dans l’île. Ce devoir de mémoire est indispensable. Et ce pan de l’histoire consolide les liens entre la Corse et le Maroc. La communauté se monte à 40 000 personnes dans l’île. Mon rôle est surtout administratif et social. Les relations avec la Corse et les Corses sont très bonnes... »
Vers un deuxième tome en 2027
Jamal Saïd a quitté l’île en début de semaine dernière. Mais il a de la suite dans les idées. « Je dispose de plus de 100 photos et tableaux retraçant l’histoire des goumiers. Je reviendrai en Corse pour une exposition temporaire entre mai (armistice de 1945) et septembre (Libération de la Corse). En même temps, je travaille sur un deuxième tome de ce projet avec, cette fois, un chapitre entier dédié aux goumiers présents ici lors de la Deuxième Guerre mondiale. » L’auteur y a imaginé un dialogue entre Ernest Bonacoscia et un jeune goumier le 1er octobre 1943. « Ils ne parlent pas la même langue, n’ont pas la même montagne, mais ont le même amour pour les animaux et les étoiles... De cette rencontre est née une fraternité plus forte que la guerre... Un lien entre la Corse et l’Atlas qui se maintiendra. Ils ont prouvé que l’homme est plus grand que les canons et la peur... »
Une deuxième visite dans l’île qui pourrait, resserrer encore plus les liens entre les deux territoires. À l’initiative de Mouloud Mesghati, président de l’Union des Marocains de Corse-du-Sud, un déjeuner dans une ambiance conviviale et chaleureuse a ponctué cette matinée.
Philippe Peraut
Crédit photo : Philippe Peraut