• Le doyen de la presse Européenne

L’ensauvagement des hommes sans Dieu...

L’égalité ne signifie pas l’effacement des différences

L’ensauvagement des hommes sans Dieu...



Les derniers événements survenus dans notre île, notamment cette scène obscène filmée et diffusée sur les réseaux sociaux par quelques écervelés ayant profané la statue de la Vierge à Porto-Vecchio, ont donné lieu à d’étranges réactions. On a ainsi pu lire, sur un réseau social, ce message des « Grandes Gueules » de RMC : « Porto-Vecchio, droit au blasphème ou scandaleux ? »


Une étrange façon de poser le problème

Voilà une curieuse manière de poser la question, comme s’il fallait absolument ouvrir un débat là où l’on pourrait simplement considérer qu’il n’y en a pas. Cette approche est néanmoins révélatrice de l’état d’esprit d’une certaine catégorie d’acteurs de la vie publique, journalistes ou prétendus penseurs du quotidien, qui se veulent rebelles tout en épousant docilement l’air du temps. Au lieu de condamner un acte qui, en Corse notamment, constitue une attaque manifeste contre ce que nous sommes, ils tergiversent et se demandent s’il ne pourrait pas relever du « droit au blasphème », c’est-à-dire de la liberté d’expression.

Le relativisme comme principe

Derrière cette interrogation se trouve une conception du monde où tout se vaut, où aucun interdit commun ne devrait subsister et où chacun pourrait disposer de sa propre morale. Il n’y aurait donc plus de civilisation commune, plus de « décence commune », pour reprendre les mots de George Orwell, plus de socle partagé permettant au corps social de tenir debout. À force de relativisme, l’idée même d’un corps social disparaît au profit d’individus isolés, errants et désirants, détachés de toute appartenance et de toute foi commune. On ne distingue plus clairement le bien du mal, l’homme de la femme, la limite de la transgression. Les frontières deviennent suspectes par principe et tout ce qui structurait les sociétés est présenté comme une entrave à déconstruire.

Des individus sans attaches

Cette vision prétend libérer l’individu, mais elle contribue surtout à le rendre terriblement seul. Délivré de ses appartenances, de ses traditions et de ses obligations envers les autres, il devient le roi d’un royaume vide. On lui a fait croire qu’en rompant tous les liens il deviendrait souverain ; il devient en réalité dépendant d’un nouveau maître : la société de consommation et de l’apparence, celle des images qui se succèdent à un rythme effréné, des réseaux sociaux et de la recherche permanente du « buzz ». C’est dans cet univers qu’apparaissent des comportements comme celui de Porto-Vecchio, où l’on ne cherche plus à provoquer une réflexion mais seulement à attirer l’attention.

Des maîtres aux « influenceurs »

Jadis, ceux qui influençaient véritablement les hommes étaient les grands peintres, les sculpteurs, les écrivains, tous ceux qui tentaient de dire le monde dans sa complexité, son mystère et sa diversité. Aujourd’hui, le terme d’« influenceur » désigne souvent le premier venu capable d’attirer quelques milliers de regards. Dans une société où l’individu est roi et où l’on prétend que toutes les paroles se valent, chacun peut se croire autorisé à asséner quotidiennement ses vérités minuscules.

L’égalité ne signifie pas l’effacement des différences

Une société digne de ce nom doit évidemment protéger les plus faibles, aider ceux qui affrontent des épreuves et permettre à chacun de s’élever selon ses capacités, ses talents et ses aspirations. Mais cela ne suppose pas d’effacer toutes les différences. La vie humaine est faite de singularités, d’inégalités naturelles et de complémentarités. Prétendre que tout et tous se valent indistinctement conduit moins à la justice qu’à la disparition des repères nécessaires à toute société organisée.

Le fruit de la déconstruction

L’acte commis à Porto-Vecchio ne relève donc pas, à mes yeux, d’un quelconque droit au blasphème. Il est plutôt le produit d’années de déconstruction au cours desquelles on a voulu persuader chaque individu qu’il ne devait rien à personne, qu’aucune limite ne pouvait lui être opposée et qu’il était, en quelque sorte, son propre Dieu. C’est peut-être là que commence l’ensauvagement : lorsque l’homme, croyant s’être libéré de tout, ne sait plus très bien ce qui le relie encore aux autres.

SALLUSTE
Partager :