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CORSE-DU-SUD : LE PIÈGE DÉJOUÉ ?

Un piège politique ?
CORSE-DU-SUD : LE PIÈGE DÉJOUÉ ?

À ne considérer que l’arithmétique, l’élection sénatoriale de Corse-du-Sud est simple : Jean-Jacques Panunzi est réélu dès le premier tour avec 293 voix contre 153 à Jean Giuseppi. Le sénateur sortant conserve son siège et le candidat soutenu par les nationalistes échoue. C’est exact. Mais c’est court.


Un étau autour de Porto-Vecchio

Pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut regarder la carte de l’Extrême-Sud. Jean-Christophe Angelini sort des municipales solidement installé à Porto-Vecchio. Mais son environnement immédiat s’est fragilisé. Au nord, Zonza lui échappe. Nicolas Cucchi, qui lui était proche, a été battu par Jacky Bartoli. Avec Sainte-Lucie et Pinarello, Zonza borde directement l’aire porto-vecchiaise : ce qui pouvait être un prolongement naturel devient un verrou. Au sud, Jean Giuseppi, maire nationaliste de Figari, pouvait prétendre au Sénat avec le soutien des principales composantes du mouvement.

Un piège politique  ?

Angelini se trouvait dans une situation singulière. Refuser Giuseppi aurait signifié rompre l’unité affichée des nationalistes alors que l’autonomie doit revenir devant le Sénat. Le soutenir revenait à favoriser l’élection d’un sénateur issu de l’union nationaliste. Était-ce un piège tendu par Gilles Simeoni ? Rien ne permet de l’affirmer. Mais le dispositif en avait objectivement les propriétés. Une victoire de Giuseppi aurait montré que l’union nationaliste pouvait produire en Corse-du-Sud une majorité dépassant les frontières du PNC. Entre Zonza perdu au nord et un sénateur nationaliste à Figari au sud, la liberté de mouvement d’Angelini aurait rétréci. Or le piège, s’il existait, s’est refermé à vide.

Panunzi change la donne

Les 293 voix de Panunzi révèlent une capacité d’agrégation qui dépasse son camp. Avec 153 voix, l’union nationaliste n’a pas su transformer son rassemblement en majorité sénatoriale. Paradoxalement, Angelini perd deux batailles sans nécessairement perdre la guerre. Il perd Zonza avec Cucchi et voit Giuseppi battu alors que le PNC l’avait soutenu. Mais il échappe aussi à une configuration qui aurait pu l’enserrer politiquement. Porto-Vecchio demeure le principal poumon économique de l’Extrême-Sud. La défaite de l’union restitue peut-être à Angelini sa ressource essentielle : sa liberté d’alliance. 

Bonifacio, nouvel axe ?
Bonifacio prend dès lors toute son importance. Jean-Charles Orsucci y dispose d’une solide implantation municipale et est premier vice-président de l’intercommunalité présidée par Angelini. Entre Porto-Vecchio et Bonifacio existent des intérêts communs dépassant les appartenances partisanes. Angelini pourrait donc chercher moins à réunifier la famille nationaliste qu’à devenir indispensable à ceux qui ne peuvent gouverner l’Extrême-Sud séparément. La comparaison avec Jean-Paul de Rocca Serra s’impose. Sa puissance venait aussi de la place de Porto-Vecchio dans la géographie politique du sud de l’île, qui lui permettait de parler à plusieurs familles à la fois.

Vers une position d’arbitre

Angelini n’a aucun intérêt à engager une guerre ouverte contre Gilles Simeoni. Il peut défendre l’autonomie avec lui tout en préservant sa différence, et chercher des convergences avec le centre et la droite lorsque les intérêts territoriaux les rapprochent. La victoire de Panunzi pourrait ainsi empêcher la constitution d’un nouveau centre de pouvoir nationaliste au sud de Porto-Vecchio au moment où Zonza cesse d’en être le prolongement politique au nord. Dans une Corse-du-Sud divisée entre nationalistes, droite traditionnelle et pouvoirs municipaux autonomes, Angelini conserve plusieurs atouts : son ancrage à Porto-Vecchio, son identité nationaliste et son expérience du pouvoir local. Il pourrait chercher non une nouvelle hégémonie, mais une position d’arbitre. Le retournement serait singulier : privé de quelques-uns de ses pions, Angelini retrouverait l’échiquier et peut-être, au centre, une place que personne d’autre ne paraît aujourd’hui en mesure d’occuper de la même manière.

Jean-François Marchi
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