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La France prise au piège à sept mois de la présidentielle

La présidentielle change tout

La France prise au piège à sept mois de la présidentielle



La France entre dans la dernière ligne droite avant l’élection présidentielle avec une situation budgétaire qui ne laisse presque plus de marge de manœuvre.


Pendant des années, l’endettement a permis de différer les choix : financer les services publics, soutenir le pouvoir d’achat, répondre aux crises sans réellement trancher. Cette époque touche à sa fin. Avec une dette appelée à dépasser 120 % du PIB et des taux d’emprunt qui approchent 5 % à dix ans, les marchés rappellent qu’un État ne peut vivre indéfiniment à crédit. L’écart avec les obligations allemandes s’est creusé à un niveau inconnu depuis la crise des dettes souveraines. Ce qui relevait encore hier de Bercy devient une donnée politique majeure à sept mois du scrutin et une donnée explosive.

Les lycéens, premier avertissement

La crise des lycées résume cette contradiction et souligne le manque de professeurs, les classes surchargées, les établissements dégradés et les inquiétudes sur l’orientation. Ces revendications ont rapidement dépassé quelques établissements isolés. De façon très pavlovienne et bien médiocre, le gouvernement a dénoncé des récupérations et la présence de groupes violents. Cela peut évidemment exister, mais présenter un mouvement aussi large comme le produit d’une manipulation est un enfumage inopérant. La vraie question est ailleurs : pourquoi une mobilisation trouve-t-elle si facilement un terrain favorable ? Le pouvoir se retrouve devant une équation presque impossible. Accorder des moyens supplémentaires revient à alourdir une dépense publique déjà jugée excessive, mais refuser revient à encourager l’extension du mouvement. Une réponse policière trop dure serait encore plus périlleuse. Avec des manifestants parfois mineurs, un mort, comme en 1986 Malik Oussékine, suffirait à changer instantanément la nature de la crise. Mai 68 ne se reproduira pas à l’identique. Mais l’histoire rappelle qu’un mouvement étudiant peut sortir de son cadre initial lorsqu’il rencontre un malaise beaucoup plus large.

La présidentielle change tout

Le calendrier électoral rend la situation plus dangereuse encore. À sept mois de la présidentielle, aucune décision n’est plus seulement budgétaire. La moindre suppression de poste, fermeture de service ou réduction de prestation devient immédiatement un argument de campagne. Chaque catégorie sait aussi que le pouvoir est vulnérable et que les mois précédant une élection sont ceux où l’on peut tenter d’arracher des concessions. Le gouvernement devrait donc pratiquer la rigueur au moment même où la logique électorale pousse traditionnellement à distribuer. Cette contradiction pèsera aussi sur le prochain président. Quel que soit le vainqueur en 2027, il héritera d’un pays lourdement endetté et de promesses qu’il sera difficile de financer.

La carte de la dissolution

Reste l’hypothèse d’une nouvelle dissolution avant la présidentielle. Le calcul serait de renouveler l’Assemblée avant 2027 afin d’éviter qu’une éventuelle victoire de Marine Le Pen à l’Élysée soit immédiatement suivie de législatives portées par la dynamique présidentielle. Elle pourrait alors trouver face à elle un Parlement moins favorable. Mais le pari serait immense. Dissoudre en pleine crise budgétaire et sociale ajouterait une campagne législative à l’instabilité existante, sans aucune garantie sur le résultat. Une manœuvre destinée à compliquer l’après-Macron pourrait surtout précipiter la crise avant même la présidentielle.

Le piège de la BCE

Au-dessus de cette crise politique plane désormais la question de la dette. La BCE dispose d’un instrument lui permettant d’intervenir lorsque les marchés obligataires menacent la stabilité de la zone euro. Mais le cas français serait particulièrement embarrassant. Si la hausse des taux traduit la défiance envers des finances publiques durablement dégradées, acheter massivement de la dette française reviendrait presque à protéger Paris des conséquences de sa propre politique. À l’inverse, si la tension gagnait l’Italie, la Belgique ou d’autres pays fortement endettés, la BCE pourrait être contrainte d’agir pour éviter une contagion à l’ensemble de la zone euro. La France doit donc réduire ses déficits au moment même où toute décision impopulaire devient politiquement explosive. Elle doit rassurer les marchés sans provoquer de crise sociale, tenir jusqu’à la présidentielle sans multiplier les concessions et préparer l’après-2027 sans laisser la situation financière lui échapper. Pendant longtemps, la dette a permis de repousser les choix. À sept mois de l’élection présidentielle, elle impose désormais leur calendrier.

GXC
credit illustration : D.R
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