Québec : l’accession à l’indépendance n’est pas chose écrite
Un horizon lointain
Québec : l’accession à l’indépendance n’est pas chose écrite
Le 5 octobre dernier, au Canada, les indépendantistes québécois (Parti Québécois) ont remporté les élections provinciales et confirmé vouloir remettre la question de la souveraineté du Québec au cœur du débat politique. Mais entre remporter une élection provinciale et gagner un référendum d’indépendance, il y a loin de la coupe aux lèvres.
La victoire du Parti Québécois (PQ) représente beaucoup la sanction d’une gestion et d’une lassitude.
La Coalition Avenir Québec qui était aux responsabilités, n’ayant pas apporté des réponses aux problèmes quotidiens ressentis par les Québécois (inflation, difficultés pour se loger, crise du système de santé, service public fragilisé…), n’ayant pas su imposer son choix d’une autonomiste et ayant fait les frais d’une usure du pouvoir, le PQ a bénéficié d’une forte attente de changement et d’un désir d’accession à l’indépendance. Pour espérer convaincre une majorité d’électeurs de se séparer du Canada, le PQ devra cependant faire preuve de sa capacité à apporter des solutions concrètes dans les domaines économiques et sociaux, et de sa forte détermination à aller de l’avant sur le chemin de l’indépendance. Ce qui ne sera pas facile, car avoir gagné avec 28 % des suffrages et ne disposer que de 59 sièges sur 127, et n’avoir donc ni blanc-seing ni majorité absolue, imposera de composer avec d’autres formations politiques. Le PQ devra aussi compter avec les tensions économiques et commerciales entre les USA et le Canada (l’activité économique québécoise et ses échanges étant bien sûr fortement impactés), génératrices de peur de l’avenir et de refuge dans le conservatisme.
C’est pourquoi d’ailleurs, le leader du PQ et désormais Premier ministre de la province, a indiqué qu’il attendra le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche prévu en janvier 2029, avant de décider la mise en œuvre d’un processus référendaire d’autodétermination.
Un horizon lointain
La difficulté majeure sera cependant de relancer l’aspiration indépendantiste qui s’est effilochée au fil des dernières décennies ; notamment du fait de métissages et brassages entre francophones et anglophones, d’une forte immigration (les nouveaux venus aspirant généralement s’intégrer au cadre dominant canadien largement anglophone, tout en conservant certains traits et/ou marqueurs de leur culture d’origine) et d’une standardisation culturelle (effet de la mondialisation des modèles et des échanges). Et relancer ne sera pas chose facile. En effet, à ce jour, selon les enquêtes les plus récentes d’opinion ou d’intention de vote, seul un peu plus d’un électeur sur quatre serait disposé à voter oui à l’indépendance. Ce qui est d’ailleurs corroboré par le fait que le PQ, pourtant victorieux, n’a recueilli au début de ce mois que moins de trois voix sur dix. On est loin de l’engouement indépendantiste du siècle dernier. En 1980, plus de 40 % des votants avaient répondu oui lors d’un premier référendum d’autodétermination proposant la souveraineté-association. En 1995, à l’issue d’un nouveau référendum, le oui à la souveraineté avait frôlé la victoire (49,42 % des voix).
L’indépendance du Québec reste donc un horizon lointain. « Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! » devenu proclamation d’une victoire et non plus expression d’une aspiration, cela n’est manifestement pas encore chose écrite.
Alexandra Sereni
Un peu d’Histoire
1534 à 1542 : Jacques Cartier prend pied à Terre-Neuve puis sur le continent le long du Saint-Laurent.
1608 : fondation de Québec.
1627 à 1760 : le Canada passe de l’état de colonie comptoir à l’état de colonie de peuplement.
1763 : défaite des forces françaises, cession du Canada au Royaume Uni, la population francophone peut néanmoins rester sur place et conserver sa langue, sa religion et une partie de ses institutions.
1867 : création de la Confédération canadienne, le Québec devient l’une de ses provinces avec des compétences propres.
1967 : Charles de Gaulle conclut ainsi son discours à Montréal : « Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! »
1968 : fondation du PQ qui devient très vite le principal vecteur politique et électoral indépendantiste.
1980 : référendum d’autodétermination, rejet du projet de souveraineté-association.
1995 : référendum d’autodétermination, le non à la souveraineté l’emporte de justesse.
Crédit photo : Québec, Wikicommons, Domaine public Creative Commons CC0 1,0 universel