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L’hydrogène, une carte à jouer pour l’autonomie énergétique de la Corse

De la recherche à une filière

L’hydrogène, une carte à jouer pour l’autonomie énergétique de la Corse


La Corse parle d’autonomie énergétique depuis des décennies. Elle reste pourtant dépendante des combustibles importés et des liaisons électriques avec l’Italie. Dans le même temps, elle possède du soleil, de l’eau, de l’hydraulique et une contrainte propre aux îles : un réseau qui ne peut absorber sans limites une production renouvelable intermittente. C’est précisément là que l’hydrogène peut trouver sa place. L’hydrogène n’est pas une source primaire d’énergie. Il faut le produire. Par électrolyse, de l’électricité sépare l’eau en oxygène et en hydrogène. Lorsque cette électricité est renouvelable, l’hydrogène produit l’est également. Son intérêt est donc moins de créer de l’énergie que de conserver une électricité disponible à un moment où l’on n’en a pas besoin.

Transformer ce que nous perdons

Le cas de Folelli illustre cette logique. La centrale photovoltaïque de Corsica Sole, d’une puissance de 12 MWc, connaît des périodes pendant lesquelles le réseau ne peut absorber toute l’électricité produite. Une partie est donc perdue. Le projet Folell’Hy doit récupérer certains de ces surplus grâce à un électrolyseur et les transformer en hydrogène. Celui-ci pourra notamment alimenter Alba, le bateau-école à hydrogène du lycée maritime de Bastia. C’est tout l’enjeu : faire d’une électricité intermittente une énergie stockable. Les batteries sont plus efficaces pour conserver l’électricité pendant quelques heures. L’hydrogène devient intéressant pour des durées plus longues ou pour des usages mal adaptés aux batteries : transport maritime, véhicules lourds, engins professionnels ou certaines applications industrielles.

Une recherche corse déjà ancienne

La Corse ne découvre pas cette technologie. L’Université de Corse travaille sur la question depuis près de vingt ans et figure parmi les acteurs pionniers en France dans le couplage entre énergies renouvelables et hydrogène. La plateforme MYRTE, installée à Vignola près d’Ajaccio et développée avec le CEA, en est l’exemple le plus spectaculaire. Son principe : utiliser l’électricité photovoltaïque pour produire de l’hydrogène lorsque la production solaire dépasse les besoins, puis restituer cette énergie plus tard grâce à une pile à combustible. Avec MYRTE, puis PAGLIA ORBA, l’Université de Corse et son laboratoire Sciences pour l’Environnement expérimentent ainsi l’un des grands enjeux de la transition énergétique : conserver une énergie renouvelable intermittente pour la restituer lorsqu’elle devient nécessaire. Cette avance scientifique est essentielle. L’autonomie énergétique ne consiste pas seulement à acheter des technologies ailleurs. Elle suppose aussi de posséder les chercheurs, les ingénieurs et les compétences permettant de les maîtriser et de les adapter aux contraintes de l’île.

De la recherche à une filière

L’étape suivante consiste à passer des plateformes expérimentales à une véritable filière. La Collectivité a déjà envisagé une production atteignant plusieurs tonnes d’hydrogène par jour à la fin de la décennie. Cela supposerait électrolyseurs, stockage, stations de distribution et infrastructures adaptées. Ce serait aussi une activité économique nouvelle. Plutôt que d’importer continuellement des combustibles produits ailleurs, une partie de la valeur, des emplois et des compétences pourrait rester sur l’île.

Ni miracle ni gadget

Il faut toutefois éviter de faire de l’hydrogène une nouvelle religion énergétique. Transformer de l’électricité en hydrogène, puis l’hydrogène en électricité, entraîne des pertes importantes. Pour une voiture particulière, le chauffage ou de nombreux usages courants, l’électricité directe reste généralement plus efficace. L’hydrogène doit donc être réservé là où il apporte une véritable valeur : surplus renouvelables, stockage de longue durée, mobilité lourde ou maritime, certains besoins industriels et soutien au réseau. C’est l’intérêt du débat autour de la future Programmation pluriannuelle de l’énergie. La « Chjama pour le choix de l’autonomie énergétique de la Corse », relayée par Stampa Paese, demande précisément que plusieurs projets hydrogène puissent y trouver leur place L’hydrogène ne rendra pas seul la Corse autonome. Mais associé à l’hydraulique, au solaire, aux batteries, aux économies d’énergie et à une gestion intelligente du réseau, il peut devenir une pièce importante du dispositif. Avec un avantage majeur : la Corse ne part pas de zéro. Grâce aux travaux menés depuis des années par son Université, elle possède déjà une recherche, une expérience et des compétences. Reste à transformer cette avance scientifique en véritable stratégie énergétique insulaire.

GXC
crédit photo : D.R
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