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Portugal : « Je veux simplement une maison pour vivre »

Une crise devenue politique

Portugal : « Je veux simplement une maison pour vivre »


Une grande partie de la population autochtone peine à se loger faute de ressources financières pour louer ou acheter et du fait de la raréfaction de l’offre. La colère gagne la rue. La situation portugaise montre comment une crise du logement peut déterminer une crise sociale et politique.


Le Portugal est perçu comme un pays accueillant et agréable à vivre. Longtemps le prix du logement y a été particulièrement abordable. Lisbonne, Porto et les régions littorales ont de ce fait attiré investisseurs, spéculateurs, retraités, touristes, résidents saisonniers. Ce succès a profondément transformé le marché immobilier. Depuis le milieu des années 2010, hausse des prix de l’accession à la propriété, loyers de plus en plus élevés et devenant souvent insupportables, multiplication des résidences secondaires et des locations touristiques, ainsi que construction insuffisante de nouveaux logements, sont autant de facteurs qui déterminent une difficulté croissante à se loger pour la population autochtone. En effet, le logement devenant essentiellement un placement ou un produit financièrement accessible à une clientèle extérieure, et l’offre se raréfiant, salariés, jeunes et familles aux revenus modestes ou moyens, pâtissent durement de l’attractivité de leur pays. Rester chez ses parents devient commun. Émigrer comme durant les années 1960 ou comme après la crise financière de 2008, apparaît à nouveau comme une chance de s’en sortir.

Une crise devenue politique

De plus en plus de Portugais dénoncent la crise du logement et s’insurgent. Celle-ci est désormais l’un des principaux sujets de mécontentement. La crise du logement détermine une tension politique et sociale. Pouvoir habiter, seul ou avec sa famille, dans la région dont on est originaire ou son pays, non loin de son travail, sans y consacrer l’essentiel de ses revenus, devient une revendication essentielle, voire la revendication première. Les effets sont de plus en plus perceptibles. L’organisation sociale devient conflictuelle et le vivre ensemble se fracture, car la colère qui était d’abord dirigée contre les investisseurs et/ou les acheteurs et les locataires étrangers se tourne désormais aussi, sur fond de sentiment d’injustice, vers les propriétaires autochtones qui bénéficient de la valorisation vertigineuse de leur patrimoine immobilier et qui, trop souvent, imposent aux locataires et acheteurs de biens existants des prix sans rapport avec les revenus locaux. La contestation collective a débuté à Lisbonne, il y a une dizaine d’années. Des collectifs ont dénoncé la hausse des loyers, les expulsions, la multiplication des locations touristiques, et revendiqué un encadrement du marché et la priorité à l’habitat permanent (et bien sûr la construction de davantage de logements publics pour loger les populations les plus modestes). Depuis 2023, portée par la plateforme Casa Para Viver (Un toit pour vivre) qui fédère plus d’une centaine d’associations, de collectifs et de groupes de citoyens, la contestation collective a gagné toutes les zones tendues. « Le logement est un droit, pas un luxe » et « Je veux simplement une maison pour vivre » sont les slogans les plus utilisés. Cette année, contestation et revendication occupent massivement la rue : 16 mars, manifestations dans plusieurs villes ; 17 octobre, nouvelles manifestations et occupations de places publiques. Enfin, un appel à manifester pour le 16 novembre prochain, dans plusieurs dizaines de communes, a été lancé.

Alexandra Sereni


Quelques problématiques

Dans les quartiers historiques de Lisbonne, les investisseurs et les spéculateurs réalisent de juteuses affaires. Les immeubles sont restaurés. Les appartements sont rénovés. Les touristes se pressent. Le télétravail prospère. Les retraités venus d’ailleurs ont afflué et acheté le logis de leurs rêves. Mais une question s’impose : où sont passés les habitants ? Une partie du parc immobilier a été réorientée vers les locations de courte durée, plus rémunératrices dans les zones touristiques. Des commerces de proximité ont cédé la place aux boutiques de souvenirs et aux services destinés aux visiteurs. Les habitants qui travaillent dans les restaurants, les hôtels ou les services doivent chercher un logement toujours plus loin. Ce qui impose la prise en compte de ces quelques problématiques (dont la portée dépasse d’ailleurs la dimension portugaise) : comment concilier tourisme, investissements immobiliers et droit concret au logement pour tous, comment empêcher que les revenus du travail deviennent insuffisants pour se loger là où l’on travaille ou à distance raisonnable, comment trouver un équilibre entre logement considéré comme une marchandise et logement considéré comme un élément essentiel de la vie quotidienne ?

JPB
Crédit photo : Lisbonne, Wikipédia commons, CCO 1. Universal Public Domain
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