• Le doyen de la presse Européenne

L'art se mordre la queue avec élégance

Le 15 octobre , la constitutionnaliste Wanda Mastor a remis une étude sur la possible évolution institutionnelle de l 'île.
L’art se mordre la queue avec élégance

La constitutionnaliste Wanda Mastor, par ailleurs sympathisante nationaliste, a remis le 15 octobre une étude sur la possible évolution institutionnelle de l’île à Gilles Simeoni qui, ô surprise, s’est déclaré conforté dans ses convictions par ce travail.


Un constat sévère, mais pas de solution


Le document, présenté à la presse vendredi 15 octobre à Ajaccio, constitue aux dires du Président de l’exécutif « une véritable somme juridique, politique, une synthèse de notre histoire contemporaine ». Les quinze propositions du rapport Mastor, poseraient ainsi les jalons d’une autonomie « souhaitée démocratiquement et possible constitutionnellement ».
À bien y regarder, le travail de Wanda Mastor relève plus d’un constat toujours très pertinent que de la solution des problèmes. Elle constate objectivement et donc cruellement l’inefficacité des huit offices et agences chargées du tourisme, des transports, du foncier, de l’environnement, de l’aménagement durable, de l’économie, de l’agriculture et de l’eau, gérés par les conseillers exécutifs.
La charge est sévère. Ainsi ces huit roues du carrosse, pourtant flattées par les différents présidents de l’exécutif, n’auraient en définitive produit que du vent ou presque. Il est dommage de devoir attendre le regard objectif de Wanda Mastor pour s’en rendre compte. Car les dégâts sont considérables dans tous les domaines concernés.
Mais, alors que propose-t-elle ? Une préconisation rencontrée dans tous les systèmes admistratifs incapables de s’autoréformer : un audit. Et sans attendre les conclusions du dit audit, elle indique la direction à suivre : la fusion des offices et agences concernés. Curieux discours de la méthode et curieux conseil que celui qui consiste à ajouter de la centralisation à une hypercentralisation déjà existante et d’ailleurs dénoncée par l’auteur de l’étude. Cela permettrait, selon elle, de réduire les coûts de ces usines à gaz. N’était-ce pas déjà le but poursuivi par la fusion département-région alors même que selon la Cour des comptes, le résultat est pour l’instant inverse à celui escompté ? Mais surtout quels seront les objectifs poursuivis en termes de cette exigence démocratique espérée par Gilles Simeoni  ?
Wanda Mastor évoque une plus grande implication de l’opposition dans le fonctionnement de l’Assemblée de Corse. Certes, mais à qui la faute si cela n’est pas effectif dans la présente mandature ? Elle parle aussi de renforcer l’indépendance du comité d’évaluation des politiques publiques, censé contrôler la transparence de la Collectivité de Corse. User du terme de renforcement est un euphémisme. On se référera aux articles parus dans les précédents numéros du Journal de la Corse relatif au licenciement de quatre employées de l’Office du transport pour se faire une juste idée de ladite transparence. Tout ce qu’elle constate est exact, mais pourrait se résumer à une condamnation de ce qui a été accompli jusqu’à aujourd’hui.

Bis repetita


La question qui se pose alors est simple : si la majorité échoue sur de simples tâches de gestion, comment lui faire confiance dans le cadre d’une autonomie ? Qu’adviendra-t-il de l’argent public ? Comment se protéger des menées d’un grand banditisme qui, aux dires de nombreux acteurs insulaires, a déjà un pied dans les rouages administratifs de notre île ?
Wanda Mastor remet sur le métier l’ouvrage de la reconnaissance du peuple corse. Elle montre là même une grande naïveté ou une incapacité à tirer les leçons des échecs antérieurs. Elle propose une fois encore la modification de l’article 72-3, alinéa 1, de la Constitution, réitérant les propositions du regretté Guy Carcassonne avec qui elle avait collaboré. Il ne s’est strictement rien passé depuis. Quel président français, élu sur le fil du rasoir, serait assez fou pour se saisir de la patate chaude qu’est la Corse et proposer une réforme constitutionnelle en période de crise ? Aucun. On peut rejouer la pièce mille fois. Le dernier acte ne changera pas. Pourquoi l’état français adopterait-il une attitude qui ne peut à court et à moyen terme que lui apporter des désagréments ?

Changer de raisonnement


Il existe pourtant un territoire que nous pouvons transformer et c’est le nôtre, celui de la Corse. Commençons par rendre efficiente notre propre administration, à accumuler des succès dans la gestion des domaines les plus sensibles comme les transports, l’énergie, les déchets. Notre façon d’aborder les problèmes est conditionnée par une irresponsabilité dramatique. Plutôt que de trancher, de choisir, d’imposer, nous préférons déporter nos responsabilités sur l’autre, sur l’État. Il faut choisir et donc accepter de renoncer à certaines clientèles, c’est savoir dire aux copains et coquins « non ». Sans cela, dans un siècle, il y aura un autre Gilles Simeoni, une autre Wanda Mastor pour exécuter un copier-coller du précédent rapport.

GXC
Partager :