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Tunisie : plus rien ne va !

La crise économique et sociale et la panne démocratique risquent de déboucher sur une grave crise politique.

Tunisie : plus rien ne va !


La crise économique et sociale et la panne démocratique risquent de déboucher sur une grave crise politique. Le président de la République Kaïs Saïed est désormais sur la sellette.


À partir de l'année 2012, un an après le soulèvement populaire qui, le 14 janvier 2011, a provoqué la chute et la fuite en Arabie Saoudite du président Ben Ali, l’économie tunisienne a structurellement été dévastée par l’absence de rigueur budgétaire (augmentation du déficit et de la dette), des décisions désastreuses et des conjonctures défavorables : indemnisation des acteurs économiques qui prétendaient avoir été lésés par le système Ben Ali et des prisonniers politiques ou de leurs familles (1 milliard de dinars ont brutalement été prélevés sur les 23 milliards du budget 2012 de l'État) ; conséquences de l’irruption du terrorisme islamiste (baisse des investissements étrangers, chute de la fréquentation touristique ayant occasionné celle des rentrées de devises) ; recrutements massifs et partisans dans la fonction publique ayant plombé les comptes publics et accentué la lourdeur des procédures administratives) ; choix d’avoir privilégié la demande au lieu de soutenir la compétitivité des entreprises du pays (produits augmentation des salaires ayant favorisé le secteur informel, l’importation et l'inflation) ; subventions de l’État sur les produits alimentaires de base et la fourniture d’énergie ; hausse du coût des importations ayant découlé du conflit entre l’Ukraine à la Russie.
Quant à la situation sociale, elle s’est progressivement dégradée et est aujourd’hui catastrophique : inflation à deux chiffres, chômage (17 % de la population active, 46 % chez les 18-24 ans) ; pénuries de denrées et produits de première nécessité importés (lait, sucre, céréales, médicaments…) ; hausse de la facture énergétique ; forte progression de l'immigration. Enfin, à l’étranger, la Tunisie ne bénéficie plus de la confiance : dégradation des notes souveraines ; report sine die par le Fonds monétaire international (FMI) de l'examen de la demande d'un prêt de 1,9 milliard de dollars.
Tous ces problèmes affectent négativement le niveau de vie de la population. L’année 2023 sera difficile pour le peuple tunisien et le président de la République Kaïs Saïed. D’autant plus que la vie démocratique est en panne et que le chef de l’État ne jouit plus de la confiance populaire et s’enferme dans le déni et le recours à la répression.


Démocratie en panne et perte de confiance


Le 25 juillet 2021, en suspendant le Parlement et renvoyant le gouvernement, et en expliquant ce coup de force par la volonté d’avoir les mains libres pour remédier aux blocages politiques et administratifs ainsi qu’à la crise économique et sociale, le président de la République Kaïs Saïed avait suscité un espoir et la confiance en sa personne d’une grande partie du peuple. L’espoir est retombé et la confiance a disparu. Le référendum constitutionnel du 25 juillet 2022 qui a rogné les prérogatives du Parlement et accordé au président de la République quasiment tous les pouvoirs et « une immunité à vie », n’a donné lieu qu’à une faible participation (27,5 % des inscrits). Le 17 décembre dernier, seulement 805 000 électeurs sur 9 millions (8,8 % des inscrits) ont participé au premier tour des élections» législatives (second tour le 29 janvier de cette année). La confiance dans le gouvernement est de 15%. De plus en plus de Tunisiennes et de Tunisiens sont très inquiets de la situation économique et sociale et posent les questions suivantes : comment répondre convenablement aux besoins alimentaires et énergétiques, comment relancer l’économie, comment s’émanciper d’une administration hypertrophiée, comment retrouver la confiance internationale, comment encourager l'investissement privé, comment et au prix de quels sacrifices gérer la dette publique et la dette extérieure. De plus en plus de Tunisiennes et de Tunisie supportent mal la régression de la démocratie.
Le 14 janvier dernier, jour de la commémoration de la chute de Ben Ali, les militants et sympathisants de différents partis ont d’ailleurs manifesté contre le pouvoir en place. Le président de la République Kaïs Saïed Sïed est inflexible, dit voir « la main de l’étranger » dans toute contestation, qualifie les opposants de « traîtres à la nation » et pratique la répression. Il prend toutefois soin de ménager l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) qui, en 2011, en déclenchant une grève générale, avait précipité la chute du régime Ben Ali.
A ce jour, la puissante centrale syndicale, soucieuse de ne pas apparaître comme contribuant à dégrader la situation économique du pays et de se démarquer de partis d’opposition qui sont loin de susciter l’adhésion populaire, ne jette d’ailleurs pas de l’huile sur le feu.
En revanche, elle s’active pour trouver, au sein de la société civile, une dynamique et un consensus pour soutenir une initiative de sauvetage citoyenne. En ce sens, après le faible taux de participation au premier tour des élections législatives, elle a appelé à l’élaboration d’une feuille de route pour « sauver le pays de la crise ». Le régime du président Saïed Sïed n’a sans doute plus beaucoup de temps devant lui pour redresser la barre.


Alexandra Sereni
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