• Le doyen de la presse Européenne

Quelques réflexions sur la Corse pour passer le temps

Des concepts globalicsants
Quelques réflexions sur la Corse pour passer le temps


Il est de tradition dans le langage courant et politique d'user de concepts globalisants : on dit ou on écrit la France, la Corse ou encore les Français ou les Corses. Je le fais moi-même par facilité d'expression et de compréhension alors que concrètement cette essentialisation mène à un certain relativisme et, partant, à une analyse fausse des ensembles.


Il faudrait nuancer. Pascal Paoli n'a par exemple jamais évoqué un peuple corse mais les peuples du royaume de Corse, désignation voulue par Gênes pour qualifier cette riviera insulaire. La Corse est une image plus qu'une réalité et pour qui s'intéresse à la question corse, il devient vite une certitude qu'il existe surtout des Corses et différentes réalités de la Corse. Pasquale Paoli se heurtait aux réticences voir à l'hostilité des pièves du sud, de Balagne ou du Cap. Dans sa propre microrégion, il lui fallut combattre la sécession matriste. La division des Corses fut son principal ennemi durant son généralat, bien plus que l'invasion française. On le sait par expérience, toute installation coloniale est soumise au coût de sa présence d'occupation. À partir d'un certain budget, la guerre finit par se retourner contre elle-même. Le pays envahisseur doit faire des choix au détriment de son propre peuple qui exprime alors sa lassitude voire sa colère. Et cette réalité vaut sur tous les continents. Un peuple uni dans son refus des nouveaux venus finit par désespérer les plus barbares des colonisateurs. Un peuple divisé est nécessairement perdant. Les Français, les Américains, les Russes ont dû fuir des terres qu'ils occupaient militairement parce que la résistance y était trop résolue et, ce faisant trop meurtrières.

Le syndrome de Vizzavona

La Corse malheureusement n'a jamais formé une unité mais plutôt un archipel de petites entités antagoniques. Nous qui habitons sur place connaissons ce que j'ai appelé le syndrome de Vizzavona, ce col qui sépare la Corse du Sud de la Haute Corse, le Cismonti du Pumonti. La chaîne centrale montagneuse est une frontière non seulement naturelle mais psychologique. Autrefois les chemins de transhumance la traversaient sans toutefois retirer à la Corse cette dualité primale. Difficile de penser Paoli comme un homme du sud. Il possédait une structuration mentale propre au Nord, un sens du collectif qui avait permis au XVe siècle aux notables du nord de se rapprocher de Gênes et de rompre avec la féodalité quand le sud y restait englué jusqu'à l'apparition du phénomène nationaliste.

Si aujourd'hui le suffrage universel permet d'accorder à la majorité des votants la légitimité qui s'impose à la totalité des citoyens, il en allait autrement au XVIIIe. Seul comptait le nombre de fusils. L'influence de Pasquale Paoli est en définitive restée minoritaire sur l'ensemble de la Corse. Le sud lui échappait mais le nord était en partie resté fidèle aux Génois. Paoli possédait une légitimité historique. Néanmoins, force est de constater qu'il était resté tout au long des quatorze années de son généralat, un chef contesté ce qui a fini par être vaincu. C'est une règle quasi générale pour tous les visionnaires.

La guerre des préjugés

Il n'empêche que les Génois puis les Français ont cherché à déprécier la Corse paoliste par tous les moyens comme s'ils craignaient la présence puis le fantôme de ce géant lilliputien.

Ils l'ont étouffée de leurs rumeurs, de leurs équipées militaires. Ils ont joué des inimitiés pour épuiser une population qui a fini par choisir la paix dans la défaite plutôt qu'un combat long et douloureux lui aussi promis à l'échec. Sous le regard du conquérant, les Corses ont été alors alternativement présentés comme d'orgueilleux rebelles ou de sordides bandits, de fiers patriotes ou des êtres violents sans morale. Suivant le même mouvement alternatif, le récent nationalisme insulaire fut taxé de création étrangère, de passéisme traditionnel quand ce n'était pas de terrorisme, concept qui à lui tout seul, exprime ce balancement et cette ambiguïté puisqu'il renvoie aussi bien aux résistants de la dernière guerre qu'aux assassins du Moyen-Orient et plus récemment aux fous de Dieu islamistes.

Quand le rêve reste un rêve

Je vais me répéter pour être certain d'être bien compris : la violence clandestine qui était censée mener à l'indépendance a été sans aucun doute une erreur stratégique. C'est sa cessation en 2014 qui a permis aux autonomistes modérés d'arriver au pouvoir. Sauf à penser cette étape comme une marche vers la rupture d'avec la France, ça n'était pas ce qu'espéraient les militants clandestins. Saura-t-on d'ailleurs un jour s'ils avaient compris que leur rêve resterait à jamais un rêve ? Comme ces vieux militants communistes qui savent désormais que leur espérance si belle soit-elle ne fleurira jamais. J'ai souvent rêvé de définitivement écarter cette gageure en organisant un référendum sur l'indépendance. Les résultats seraient tout simplement catastrophiques pour les indépendantistes parce qu'au pied du mur, la quasi-totalité des Corses et vraisemblablement la plupart de leurs militants, reculeraient comme l'ont fait les Kanaks avec leur troisième référendum, comme le font les indépendantistes polynésiens.

GXC
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