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Marcangeli et Ceccoli : les deux droites

Depuis l’instauration de la Collectivité Territoriale de Corse en 1992, deux droites de Corse sont identifiables.
Marcangeli et Ceccoli : les deux droites

Depuis l’instauration de la Collectivité Territoriale de Corse en 1992, deux droites de Corse sont identifiables. L’une s’inscrit dans une conception dite girondine, l’autre accepte des évolutions décentralisatrices mais reste imprégnée d’une culture politique dite jacobine. Ces droites sont aujourd’hui respectivement incarnées par une personnalité désormais reconnue, Laurent Marcangeli, et une figure montante, François-Xavier Ceccoli.


La droite de Corse qui s’inscrit dans une conception dite girondine est définissable par son acceptation ou son adhésion à une autonomie dotée d’un important champ de compétences et pouvant aller jusqu’à l’attribution d’un pouvoir normatif aux élus de la Corse, sans contrôle de l’Assemblée Nationale et du Sénat. Elle est aujourd’hui incarnée par une figure reconnue dans dans l’île et dans l’Hexagone : Laurent Marcangeli, ancien maire d’Aiacciu et président de la Communauté d’Agglomération du Pays Ajaccien, actuellement député de la première circonscription de la Corse-du-Sud et président du groupe Horizons à l’Assemblée nationale (Horizons, parti fondé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, appartenant à la majorité présidentielle). En effet, de la droite girondine, Laurent Marcangeli en relève désormais à plusieurs titres. Il a d’emblée apporté son soutien au processus Beauvau. Il s’y est impliqué en tant que force de proposition. Il s’est employé à faire se dissiper ou au moins s’estomper les méfiances envers le processus. Le 11 mars dernier, il a signé le projet d'écriture constitutionnelle relatif à l’instauration d’un statut d'autonomie de la Corse, tout comme l’ont fait Gérald Darmanin, Gilles Simeoni, Marie-Antoinette Maupertuis, Jean-Christophe Angelini, Paul-Félix Benedetti et Valérie Bozzi. Le 27 mars dernier, il a soutenu les trois conseillers du groupe de droite Un Soffiu Novu qui, à l’Assemblée de Corse, ont voté l’intégralité des blocs du projet d'écriture constitu-tionnelle, et qui donc, contrairement à leurs onze pairs ayant emboîté le pas à Jean-Martin Mondoloni, ont voté le bloc prévoyant l’attribution d’un véritable pouvoir normatif aux élus de la Corse. Depuis, Laurent Marcangeli ne ménage pas ses efforts pour qu’un même projet de texte respectant la délibération issue des votes du 27 mars, soit voté par l'Assemblée nationale et le Sénat, et qu’ainsi soit définitivement ouverte la voie vers la révision constitutionnelle et in fine un statut d’autonomie de la Corse. En ce sens, Il s’est proposé d’être, à l’Assemblée nationale, le rapporteur du projet de texte. En ce sens également, il invite à ce que ce projet de texte soit examiné en septembre plutôt qu'avant l'été car, argumente-t-il, aller préalablement à la rencontre des parlementaires pour expliquer et espérer convaincre, cela demande du temps.

Un figure montante aspirant à porter une alternative

La droite de Corse qui accepte des évolutions décentralisatrices mais reste imprégnée d’une culture politique dite jacobine, est identifiable par ses réticences à délester l’État de certaines compétences non régaliennes (santé, éducation…) et surtout par son opposition à ce que le contrôle de la production de norme échappe à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Elle est aujourd’hui incarnée par une figure montante : François-Xavier Ceccoli. Ce dernier accepte une évolution autonomiste mais n’est pas favorable à un plein pouvoir normatif pour les élus de la Corse. En effet, en novembre dernier, étant l’invité Vinti Minuti (RCFM), il a déclaré : « Pourquoi pas imaginer un champ des possibles assez large au niveau de la collectivité en matière de propositions dans le cadre de ses compétences mais ce pouvoir normatif doit être traité comme toutes les autres propositions de lois françaises, c'est à dire qu'il doit passer ensuite par le Parlement ». Pourquoi attribuer à François-Xavier Ceccoli la qualité de de leader, et non à Jean-Martin Mondoloni ou au sénateur Jean-Jacques Panunzi qui ont porté le message du refus d’un pouvoir normatif corse de plein droit et de plein exercice ? Voix forte et très écoutée au sein de l’Assemblée de Corse et dans les médias, Jean-Martin Mondoloni manque d’une implantation locale et doit beaucoup son actuelle position à l’Assemblé de Corse à sa présence sur la liste Un Soffiu Novu que conduisait Laurent Marcangeli. Sachant se faire écouter et entendre au Palais du Luxembourg, Jean-Jacques Panunzi, certes influent chez les acteurs politiques, doit ménager les sensibilités des maires qui composent le collège électoral sénatorial. En revanche, François-Xavier Ceccoli est fortement présent et légitimé sur tous les terrains de la vie politique : il est maire (commune de San Ghjulianu) ; il préside la fédération Les Républicains de Haute-Corse ; il a été un candidat redoutable aux élections législatives de 2022 dans la deuxième circons-cription de la Haute-Corse car il n’a échoué que de peu (156 voix lui ont manqué) face au député sortant autonomiste Jean-Félix Acquaviva qui pourtant jouissait de la machine électorale siméoniste et de la très bienveillante attention portée à certains maires par la Collectivité de Corse. Enfin, François-Xavier Ceccoli a déjà clairement avancé une perspective. En effet, il a d’ores et déjà exprimé sa volonté de structurer une alternative au nationalisme et plus particu-lièrement au pouvoir siméoniste. Et il l’a fait en affichant une ambition à l’échelle territoriale et en annonçant que selon cet objectif, il lancera une démarche de rassemblement de la droite qui transcende les partis et les individus.

Du déjà vu

C’est au moins depuis le début des années 1990 que les deux droites sont aisément identifiables, même si leur visibilité, leur apparence, leurs contours et leurs composantes peuvent changer au fil des tactiques et des intérêts des uns et des autres. La droite girondine a longtemps et particulièrement été incarnée par José Rossi qui a été le rapporteur du statut Joxe en 1991 ; qui étant alors président de l'Assemblée de Corse, a soutenu le processus de Matignon ; qui pour porter ces deux choix a, comme Laurent Marcangeli, assumé être minoritaire au sein des élus de droite et probablement chez les électeurs de droite. La droite acceptant des évolutions décentralisatrices mais restant imprégnée d’une culture politique dite jacobine, a notamment été incarnée par Jean-Paul de Rocca Serra, Jean Baggioni, Camille de Rocca Serra et Ange Santini. Elle a quasiment toujours été majoritaire chez les élus et les électeurs de droite. Cependant les deux droites, même si elles s’opposent quelquefois même durement, savent au besoin se rabibocher, surtout si le pouvoir en en jeu. Ce qui est vérifiable lors et à l’issue des élections régionales. En 1992, au premier tour, la liste Jean-Paul de Rocca Serra a devancé la liste girondine José Rossi. Au second tour, les deux listes ont fusionné et leurs élus ont porté Jean Baggioni à la présidence du Conseil exécutif de Corse. En 1998, au premier tour, les listes Jean Baggioni et Paul Natali ont devancé la liste girondine José Rossi. Au second tour, les trois listes ont fusionné et leurs élus, épaulées par une autre liste de droite girondine (liste Philippe Ceccaldi), ont reconduit Jean Baggioni à la présidence du Conseil exécutif de Corse. En 2004, Au premier tour, la liste Camille de Rocca Serra l’a emporté largement sur la liste girondine José Rossi. Au second tour, les deux listes n’ont pas fusionné. Cependant leurs élus, avec le concours des élus très jacobins du Parti Radical de Gauche, ont porté Ange Santini à la présidence du Conseil exécutif de Corse. Enseignements à retenir : l’existence de deux droites de Corse est une constante depuis 1992 ; la droite girondine et la droite qui accepte des évolutions décentralisatrices mais reste imprégnée d’une culture politique dite jacobine ne sont pas inconciliables ; ces deux droites savent faire cause commune quand l’accession au pouvoir est en jeu.

Pierre Corsi
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