• Le doyen de la presse Européenne

« Une enfance double. Lyon — Lausanne (1942-1957) de Michèle Acquaviva-Pache.

L’histoire de l’après-guerre vue par l’œil d’une gamine, puis d’une adolescente jusqu’à l’ère gaulliste.

« Une enfance double. Lyon — Lausanne (1942-1957) de Michèle Acquaviva-Pache.


L’histoire de l’après-guerre vue par l’œil d’une gamine, puis d’une adolescente jusqu’à l’ère gaulliste.


Une enfance souvent douloureuse


On attend toujours avec impatience le dernier livre de Michèle Acquaviva-Pache. Surtout quand elle nous narre ses souvenirs. Et ce livre (Les Impliqués Éditions) qui traite de son enfance, souvent douloureuse, est un régal. De par la narration, de par les souvenirs, de par le message qu’il délivre.
L’histoire donc de Michèle, née en 1942, enfant puis ado entre la rugueuse France et la douceur helvétique de la période 1942-1957. Une enfant qui fait la navette entre Lyon la catholique, la bourgeoise et Lausanne la protestante, la socialiste… deux demi-mondes qui se font face à face dans la vie de la petite fille. De l’autobiographie touchante, émouvante, tragique, heureuse aussi. À des séquences violentes contrastent des anecdotes drôles.
Nous sommes en 1942… alors que la guerre ravage l’Europe. La France de Pétain, une ère de suspicion, de répression, d’exécutions, de restrictions, les rafles, la milice... “Ce sont les guerres d’aujourd’hui qui ont fait resurgir ces souvenirs de mon enfance”, nous explique l’auteure. “Au fil de l’actualité de ces derniers mois, je me suis remémoré cette période 1942/1957 faite de traumatismes et de joies. Cette période de rafles, de Gestapo, de gens abattus à Lyon et de belles parenthèses lors des vacances en Suisse chez ma grand-mère avec laquelle j’avais beaucoup de complicité”. D’où le titre : Une enfance double. “Un livre qui veut rétablir des faits véridiques et stopper la moutarde qui me monte au nez lorsque j’entends ce genre de phrases : Ah ! Ces boomers à qui tout est toujours tombé tout cuit dans la bouche. Alors j’ai voulu témoigner de mon après-guerre ayant vécu en une pas si douce décennie 50. J’ai voulu faire ressortir ce dur quotidien de l’époque à travers 8 chapitres”.

Un père cavaleur, une mère violente, une sœur à protéger.

“Mon plus grand défaut auprès de ma mère était que je n’étais pas le garçon qu’elle aurait voulu avoir. L’autre était que je ressemblais trop à mon père, un homme volage, et elle se vengeait sur moi en me frappant”. Scène violente où l’écrivaine se retrouve en sang dans la cuisine sous les coups portés par sa mère. Terrible confession : “C’était une fureur parfois. Catholique, elle ne supportait pas les frasques de mon père. Sous des pulsions, elle me frappait, car je lui ressemblais physiquement. Je ne lui en voulais même pas. En fait à cette époque même si j’étais très jeune j’étais plus parent de mes parents. Je surveillais mon père qui parfois me faisait honte. Pourtant je m’en sentais proche, car il m’amusait par certains côtés. Je devais aussi préserver ma jeune sœur dont ma mère raffolait, elle en était presque amoureuse”. Autre scène très dure, quand elle assiste à l’assassinat d’un milicien sur les toits lyonnais. Des passages violents, graves, et puis heureusement des passages plus gais comme ses vacances en Suisse chez sa grand-mère. Image : “En 45, j’étais à Lausanne, c’était donc juste après la guerre. Nous étions place Saint-François. Elle était comble, car nous attendions la venue de Churchill. Je voulais le voir. Ma mère l’admirait et je le voyais souvent aux actualités qui passaient avant les films au cinéma. Quand je l’ai aperçu, je lui ai fait le V de la victoire avec mes doigts. Il m’a répondu. J’ai alors été prise à partie par une femme qui m’accusait de provocation”.

Dans le train avec les… Compagnons de la chanson !

Des larmes de frayeur, on passe aux larmes de joie au fil des pages. Comme cette scène en gare de Lyon. “Ma mère et moi étions dans la gare de Lyon-Perrache, dans un wagon, quand soudain un rideau de bombes s’est abattu sur la bâtisse. Hurlements, terreur des voyageurs. Des hommes se sont alors mis à chanter pour contrer la panique naissante, masquer le fracas des bombes. Ces hommes c’étaient les Compagnons de la chanson*. Leurs chants étaient une victoire sur l’affolement général.” La guerre, c’est aussi celle de l’Algérie dans la mémoire de Michèle. “Ma mère faisait commerce du dégraissage à Lyon. Et les principaux clients étaient des Algériens. On était somme toute bien avec eux, par ce commerce. Et on a reçu des menaces du FLN”.

PLB
crédit photo : Ph.J

* Les Compagnons de la chanson, à l’origine Les Compagnons de la musique, était un groupe vocal français, composé de 9 membres, originaire de Lyon, formé au début des années 40. Leur dernier concert fut donné le 14 février 1985 au pavillon Baltard de Nogent-sur-Marne.
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