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Le clou dans la chaussure

Les sénatoriales de Corse-du-Sud pourraient bien produire beaucoup plus qu’un sénateur.

Le clou dans la chausssure



Les sénatoriales de Corse-du-Sud pourraient bien produire beaucoup plus qu’un sénateur. Derrière un scrutin réservé aux grands électeurs se prépare peut-être une recomposition politique de tout l’Extrême-Sud. Et, au milieu du jeu, Jean-Jacques Panunzi pourrait devenir le clou fort désagréablement planté dans la chaussure de Jean-Christophe Angelini.
Panunzi possède en effet l’arme idéale pour une sénatoriale : il n’a pas besoin de contrôler les villes puisqu’il connaît les élus. Maires, conseillers municipaux, réseaux locaux : c’est précisément ce petit monde qui vote. Là où d’autres comptent les électeurs, lui compte les grands électeurs.


Le piège de Zonza

Or Zonza vient singulièrement
compliquer l’équation. La victoire municipale de Jacky Bartoli a rejeté Nicolas Cucchi et son équipe dans l’opposition, où siège Paul-André Colombani. Si, comme tout semble l’indiquer localement, la nouvelle majorité de Zonza choisit Panunzi, le sénateur sortant installe un point d’appui aux portes mêmes du territoire politique d’Angelini.
Car Angelini tient Porto-Vecchio. Mais Porto-Vecchio n’est pas l’Extrême-Sud.
Toute son ambition consiste précisément à transformer un bastion municipal en puissance politique régionale. Comment y parvenir si Zonza lui échappe, si Figari joue sa propre partie avec Jean Giuseppi et si Bonifacio conserve, avec Jean-Charles Orsucci, une stratégie autonome ?

Voilà le clou.Et ce clou appuie exactement là où se trouve Colombani.
Député, compagnon politique d’Angelini, figure d’Avanzemu, Colombani est désormais également l’un des élus du camp battu à Zonza. Angelini se retrouve donc devant une contradiction. Il peut rester indéfectiblement solidaire de son allié, mais il risque alors d’hériter de ses inimitiés locales. Il peut, au contraire, chercher à établir des relations avec les nouvelles majorités du Sud, mais il devra alors prendre quelque distance avec Colombani.
Il ne s’agit évidemment pas de le jeter par-dessus bord au lendemain des sénatoriales. En politique, on ne se débarrasse pas sans raison d’un député. Il existe cependant une façon beaucoup plus subtile de lâcher un allié : cesser d’avoir besoin de lui.Colombani pourrait ainsi rester dans la maison tout en cessant d’en détenir une clé essentielle.

Une recomposition à trois pôles

Pendant ce temps, les autres pièces avancent.
À Figari, Giuseppi veut rassembler la famille nationaliste. À Bonifacio, Orsucci propose, au contraire, de dépasser les frontières partisanes pour réunir les partisans de l’autonomie. Et, au-dessus de cette mêlée, demeure le divorce entre Angelini et Gilles Simeoni.
Ce divorce est essentiel. Si Angelini ne veut plus rentrer sous le parapluie de Femu, il doit construire sa propre puissance. Mais, pour construire cette puissance, il lui faut sortir de Porto-Vecchio et parler à des élus qui ne sont ni ses militants ni nécessairement nationalistes.
La réélection de Panunzi pourrait précisément démontrer que ce territoire reste disponible.
Les indépendantistes, anciens compagnons de Corsica Libera, héritiers des différentes familles du nationalisme radical, deviennent alors les arbitres d’un jeu qui pourrait compter trois pôles : Simeoni et Femu, toujours détenteurs de la puissance institutionnelle ; Angelini et Avanzemu, cherchant une voie autonome et municipale ; les indépendantistes, suffisamment libres pour négocier avec les uns sans appartenir aux autres.
Et, transversalement, Panunzi et son réseau d’élus locaux.

Le paradoxe est savoureux : pendant que les nationalistes discutent du futur de la Corse, de l’autonomie, des alliances et du leadership, Panunzi peut gagner simplement en demandant aux maires comment vont leurs communes.
C’est moins philosophique.
Mais, aux sénatoriales, cela peut suffire.
Voilà pourquoi le véritable résultat du scrutin ne se lira peut-être pas le soir même. Il faudra regarder ce qui se produira ensuite entre Porto-Vecchio, Zonza, Figari et Bonifacio.

Si Panunzi gagne avec Zonza et une partie des maires du Sud, Angelini devra choisir : conserver les vieilles fidélités, renouer avec Simeoni ou inventer, autour de Porto-Vecchio, un nouveau système d’alliances capable de dessiner un avenir moins encombré de fidélités tardives et inutiles.

Il ne faudrait d’ailleurs pas voir dans cette difficulté une faiblesse d’Angelini. Bien au contraire. Jean-Christophe Angelini est l’un des hommes sur lesquels la Corse peut compter. Il a désormais suffisamment d’expérience, d’implantation et de liberté politique pour choisir sa route sans hésiter. Le moment venu, mieux vaut une décision claire qu’une fidélité devenue encombrante : les circonstances lui commandent peut-être simplement d’être lui-même.

Le sénateur aura alors fait beaucoup plus que conserver son fauteuil.
Il aura planté le clou.


Jean-Paravisin Marchi d’Ambiegna
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