• Le doyen de la presse Européenne

La France et l’Europe : quand, en matière d’écologie, le clientélisme remplace le courage

Rappelons-nous ce temps tout proche où l’on expliquait aux citoyens que le changement climatique constituait le défi majeur du XXIe siècle.

La France et l’Europe : quand, en matière d’écologie, le clientélisme remplace le courage



Rappelons-nous ce temps tout proche où l’on expliquait aux citoyens que le changement climatique constituait le défi majeur du XXIe siècle. Les gouvernements promettaient des réformes ambitieuses, les sommets internationaux se succédaient et l’on répétait que chaque année perdue rendrait les suivantes plus difficiles, qu’il ne fallait pas dépasser le 1,5 ° de chaleur en plus. Aujourd’hui, ce discours semble avoir disparu. Le danger s’est renforcé, mais il est devenu électoralement encombrant. Donc on pratique la politique de l’autruche.

À mesure que les sécheresses, les incendies, les inondations ou les canicules se multiplient, les responsables politiques ne cherchent plus à préparer l’avenir. Ils cherchent à éviter les conflits avec leurs clientèles électorales. Chaque catégorie obtient son exception, sa dérogation ou son recul réglementaire. À ce jeu-là, tout le monde croit gagner... alors que tout le monde perd.

Le triomphe du court terme

L’exemple de la réintroduction de certains néonicotinoïdes est révélateur. Après des années d’études démontrant leurs effets sur les pollinisateurs et les écosystèmes, les voilà de retour au nom de l’urgence économique. Bien sûr, les agriculteurs connaissent des difficultés réelles et personne ne peut les ignorer. Mais pourquoi la seule réponse consiste-t-elle toujours à renoncer aux exigences environnementales plutôt qu’à protéger nos producteurs contre une concurrence européenne ou mondiale qui ne respecte pas les mêmes règles ? Cette facilité est devenue une méthode de gouvernement. On reporte les normes, on vide les réglementations de leur contenu, on abandonne les mesures impopulaires avant même qu’elles aient produit leurs effets. Les zones à faibles émissions disparaissent, les objectifs climatiques sont repoussés, l’artificialisation des sols continue, les énergies fossiles retrouvent des défenseurs. Chaque recul est présenté comme du pragmatisme alors qu’il s’agit tout simplement d’un manque de courage.

Une politique dictée par les sondages

Nos dirigeants gouvernent désormais le nez rivé sur les enquêtes d’opinion. Ils ne cherchent plus à convaincre ; ils suivent les peurs du moment. À force de répéter que l’écologie coûte trop cher, qu’elle empêche de vivre ou qu’elle menace notre liberté, ils alimentent eux-mêmes cette fatigue écologique dont ils prétendent ensuite prendre acte. Et il faut avouer que les écologistes eux — mêmes apportent de l’eau aux moulins de leurs détracteurs. Le paradoxe est cruel : on refuse aujourd’hui des mesures parfois contraignantes pour éviter quelques mécontentements immédiats, mais on prépare des contraintes infiniment plus lourdes demain. Car ce que nous refusons d’investir dans la prévention, nous le paierons au centuple en catastrophes naturelles, en pertes agricoles, en pénuries d’eau, en crises sanitaires et en tensions sociales. Les milliards économisés aujourd’hui ne seront que les dizaines de milliards de réparations de demain. L’histoire montre pourtant qu’il est toujours moins coûteux d’anticiper que de reconstruire.

L’Europe est en train de perdre son avance

Pendant des années, l’Europe s’est voulue le laboratoire mondial de la transition écologique. Aujourd’hui, elle donne le sentiment de reculer à chaque difficulté. Au moindre mouvement de contestation, elle détricote ce qu’elle avait elle-même construit. Cette hésitation permanente envoie un message désastreux : il suffirait de faire suffisamment de bruit pour obtenir une dérogation. Cette faiblesse est d’autant plus incompréhensible que l’Europe possède les capacités scientifiques, industrielles et financières pour rester le continent de l’innovation écologique plutôt que celui du renoncement. Une démocratie digne de ce nom ne consiste pas à satisfaire successivement tous les groupes de pression. Gouverner, c’est parfois dire non, expliquer pourquoi et maintenir le cap malgré les protestations. À force de préférer la prochaine échéance électorale à la prochaine génération, la France et l’Europe prennent le risque de découvrir, trop tard, qu’il existe une réalité contre laquelle aucun lobby, aucun sondage et aucune majorité parlementaire ne peuvent rien. Le climat, lui, ne négocie jamais. Et lorsque les faits finissent par s’imposer, ils le font toujours avec une brutalité que les compromis politiques avaient précisément pour mission d’éviter.

GXC
crédit d'illustration : D.R
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