Sécheresse et sentiers fermés : la montagne corse sous cloche
Enjeux : adaptation ou déclin ?
Sécheresse et sentiers fermés : la montagne corse sous cloche
Juillet 2026 marque un tournant critique pour la montagne corse. Après le printemps « le plus chaud jamais enregistré » et un juin classé « mois le plus sec jamais observé », le déficit d’eau atteint 75 %, les massifs de Bavella et d’Illarata restent fermés depuis le 18 juillet, tandis que des sections du GR20 ont été évacuées. Ce phénomène révèle un paradoxe : une île qui avait reçu le label « Or » Green Destinations en 2025 pour son engagement environnemental voit désormais son attraction touristique repoussée par la crise climatique elle-même.
Une aridité sans précédent
La Corse connaît en 2026 une crise hydroclimatique structurelle sans équivalent depuis le début des enregistrements fiables. Selon la DREAL Corse, le printemps 2026 s’inscrit comme « le 3e plus sec depuis 2000 et le plus chaud jamais enregistré ». Plus préoccupant encore, juin 2026 a été classé comme « le mois le plus sec jamais observé », avec des précipitations représentant à peine 4 % des normales saisonnières. Les températures ont dépassé de 4 °C les valeurs usuelles, tandis que les stocks d’eau disponibles se sont effondrés. Le diagnostic établi par les comités de ressource en eau confirme l’ampleur du phénomène : 70 % des nappes phréatiques affichent des niveaux « bas à très bas ». Les débits des cours d’eau, vitaux pour l’irrigation agricole et l’alimentation en eau potable, sont déjà fortement affectés dès juin. Par arrêté préfectoral du 2 juillet 2026, la Haute-Corse a été placée en vigilance sécheresse, tandis que la préfecture de Corse-du-Sud a déclenché en juillet une alerte renforcée dans le nord du département. Le 15 juin, l’interdiction du feu a été étendue à toute la Haute-Corse — barbecues en zones non réglementées, incinération de végétation, et même fumer à moins de 200 mètres de forêts sont interdits.
La fragmentation touristique
Les fermetures préfectorales se sont multipliées avec une rapidité sans précédent. Depuis juillet 2026, le GR20 ne forme plus une boucle continue. Entre Tighjettu et Ballone, le passage demeure fermé suite à un incendie majeur déclaré le 14 juillet à Albertacce. Le 18 juillet, la préfecture de Haute-Corse a ordonné l’évacuation de sections entre Asco et Ciottulu di i Mori, à cause d’un risque incendie « très sévère ». En Corse-du-Sud, les massifs de Bavella et d’Illarata-Taglio Rosso restent inaccessibles par ordre préfectoral, interrompant le GR20 entre Asinau et Paliri. Cette fragmentation crée une situation inédite : les randonneurs doivent désormais utiliser une navette payante pour contourner les sections fermées entre Asco et Vergio. Les communes de montagne — Calacuccia, Corte, Zonza, Vivario — confrontées à des pertes d’exploitation estimées à 20-30 % du chiffre d’affaires estival, découvrent que les interdictions d’accès, justifiées par la sécurité, se prolongent au-delà des prévisions. L’accumulation de biomasse morte sur les sentiers abandonnés, paradoxalement, aggrave les risques futurs.
Enjeux : adaptation ou déclin ?
Les projections climatiques restent alarmantes. Selon Météo-France, les températures annuelles en Corse augmenteraient de 2,1 °C d’ici 2050. Les précipitations estivales décroîtraient de 13 %, tandis que les événements pluvieux extrêmes s’intensifieraient de 19 %. Ces transformations remodèlent les viabilités d’usage de montagne. La Corse, dépourvue de ces amortisseurs et fortement dépendante du tourisme estival concentré, se découvre particulièrement vulnérable. Le tourisme représente 39 % du PIB corse, soit environ 10 milliards d’euros, et génère 27 000 emplois directs. La saison 2024 avait affiché une hausse de 6,7 % en nuitées ; l’année 2025 a inversé cette tendance. Le taux de radiations d’entreprises corses a bondi de 36,3 % en 2025. Le budget moyen des vacanciers a reculé à 1 530 euros, soit 150 euros de moins qu’en 2025. Parallèlement, des transformations favorables émergent. La Corse a obtenu en 2025 le label « Or » de Green Destinations, devenant la première île méditerranéenne et l’unique région française à recevoir cette distinction. Le slow tourisme progresse — les réservations camping au printemps 2026 ont augmenté de 15 % par rapport à 2025, tandis que les locations de voiture s’étiraient sur l’avant-saison avec une hausse de 49 %. Cette diversification économique et temporelle pourrait amortir les chocs climatiques, mais elle suppose une montagne accessible.
Maria Mariana
Crédits photographiques
• 11536_2026-08-07_sentiers fermés_DR.jpeg : © DR