Le sel, invité des 11e journées européennes du patrimoine d’Arghjusta è Muricciu
« A storia di u Sali in u Mediterraneu », tel est le thème choisi par Paul-Jo Caitoculi, maire d’Arghjusta è Muricciu, e
Le sel, invité des 11e journées européennes du patrimoine d’Arghjusta è Muricciu
La petite commune du Taravu, rendue célèbre depuis une dizaine d’années à travers les journées européennes du patrimoine, a choisi le sel comme thème de sa onzième édition, les 19 et 20 septembre. Cette année, de nombreux conférenciers sont attendus.
« A storia di u Sali in u Mediterraneu », tel est le thème choisi par Paul-Jo Caitoculi, maire d’Arghjusta è Muricciu, et son équipe à l’occasion de la 11e édition des journées du patrimoine qui va se dérouler les 19 et 20 septembre. Un thème qui n’est pas vain puisque le nom donné au quartier de « Pesta Sali », situé en plein cœur du village, provient d’un lieu où l’on écrasait le sel. « Autrefois, explique le maire de la commune, le sel vendu en grande quantité était le gros sel. Il fallait le transformer par soi-même afin de pouvoir l’utiliser. Chaque famille avait une pierre plate très dure et lisse qui, posée sur un tissu servait à broyer le sel. »
Un savoir-faire méconnu du grand public
Une pierre plate située au cœur du quartier attesterait donc de cette tradition très ancienne mais également d’un lien étroit avec Porto-Vecchio, surnommée la cité du sel, où l’on retrouve trace des dernières salines au début des années 2000 — dans les années cinquante, à leur apogée, les salines de Porto Vecchio produisaient jusqu’à 2000 tonnes de sel — Un chiffre diminué de moitié durant les dernières années de production. Le quartier des salines d’Ajaccio attesterait également, selon la toponymie, d’une production de sel mais cela reste à confirmer. De fait, le savoir-faire lié au sel n’est pas nouveau en Méditerranée. Un réseau de routes du sel existait depuis la préhistoire. À partir de l’antiquité, le commerce se structure et le sel circule par mer, fleuves et voies terrestres notamment par le biais des Romains. Et c’est justement pour reconstituer cet historique, établir les routes du sel et évoquer, bien sûr, ce savoir-faire dans l’île, que ce thème, assez méconnu par rapports à d’autres développés à Arghjusta, a été choisi cette année.
Plusieurs acteurs…
Ainsi, plusieurs conférenciers et acteurs sont conviés à ces deux journées :
— Mathilde Bergier, paludière à Guérande qui viendra évoquer son métier.
— Kévin Pesch : « Le sel à la préhistoire »
— Fabien Gaveau : « Les usages du sel »
— Alex Benvenuto (écrivain et passeur de mémoire) : « Route du sel, route royale, un voyage historique et gourmand entre Méditerranée et Piémont. »
— Gildas Buron : « Une histoire des paysages des marais salants de Guérande et du Sud-Bretagne du Moyen-Âge au XXe siècle. »
À noter, également, la présence, lors de l’ouverture de la manifestation, de l’historien Antoine-Marie Graziani, co-auteur, avec Alain Gauthier, de l’ouvrage « Sel et salines en Corse » (publié en 2000 aux éditions Piazzola). L’auteur lancera la manifestation à travers une conférence sur « L’histoire du sel en Méditerranée. »
Pour cette édition, Hélène Paolini-Saez, présente depuis le début, n’a pu répondre à l’invitation. Elle a été faite, tout comme Fabien Gaveau, citoyenne d’honneur de la commune. Un duo qui est à l’origine d’une pléiade d’ouvrages dédiés à toutes les thématiques présentées depuis 2016. Cette édition a donc été ouverte à d’autres chercheurs et territoires (Bretagne, Alpes Maritimes…)
Les dix ans de la « strada di i sensi »
Cette onzième édition est aussi l’occasion de célébrer une décennie consacrée à des savoir-faire ancestraux qui se sont succédé depuis le début : L’auroch (2016), la vigne (2017), la culture des céréales (2018), l’oléiculture (2019), le pastoralisme (2020), la mémoire de l’eau (2021), transhumance, forêt et souveraineté (2022 à 2024), la cuisine en Méditerranée (2025). Avec, à chaque fois, développement et démonstration de ces savoir-faire susceptibles de servir d’appui aujourd’hui pour construire une économie liée à ses racines.
Pour le reste, la commune propose, comme chaque année, son traditionnel « marcatu di i pruduttori », différentes expositions, les instruments corses traditionnels avec Christian Andreani, les visites du patrimoine, (église, site préhistorique de Foce), balades, l’ortu di u cumunu…). Sans oublier l’indispensable journée dédiée aux scolaires de la microrégion (le vendredi). L’occasion de maintenir un lien intergénérationnel.
PH.P
Paul-Jo Caitucoli (maire de la commune « Faire émerger une autre vision du développement économique »
– Comment se présente cette 11e édition ?
Nous sommes dans la continuité de ce que nous mettons en place depuis 2016. Nous avons choisi le sel pour son lien avec notre patrimoine communal à travers le quartier de « Pesta Sali » qui atteste, selon nos recherches, que le sel provenait de Porto-Vecchio. Une famille du village vendait le sel ici et ailleurs.
– Maintenir un lien historique entre hier et aujourd’hui, tel est votre objectif ?
Nous voulons démontrer, à travers ces journées, que ce patrimoine est moderne. C’est une richesse pour construire la société de demain et susciter des vocations professionnelles.
– Le sel ?
Comme pour les autres savoir-faire, il y avait d’importants échanges entre les différentes pieve de Corse et le sel était fondamental dans la vie quotidienne. Le lien avec Porto-Vecchio est indéniable et nous avons la volonté, pourquoi pas, de relancer cette production locale. C’est ce que nous souhaitons, retrouver le lien avec le passé, l’histoire, mais sans nostalgie. Pour créer, justement, d’autres synergies avec des territoires locaux et européens.
– Comment transmettre ce savoir aujourd’hui ?
C’est justement l’un des objectifs majeurs de cette manifestation. Et c’est dans cette perspective que nous accueillerons 70 élèves des écoles du Taravu le vendredi afin qu’ils puissent découvrir les chants et savoir-faire de notre patrimoine mais aussi à l’échelle universelle. Cinq ateliers leur seront dédiés.
– Une manifestation pérenne ?
Oui ! Dix ans c’est assez important pour une petite commune comme la nôtre. On a franchi de nombreuses étapes et nous espérons, de cette manière, nous retrouver ensemble et partager avec d’autres territoires et d’autres pays pour enraciner, un peu plus, nos traditions. Il est important, également, de faire émerger une autre vision du développement.
– Une belle vitrine pour la commune ?
Ce n’est pas à nous de l’avancer mais il est vrai que nous avons, à travers cette manifestation de nombreux contacts et projets qui voient le jour. Celui de Piani di Selva est aujourd’hui reconnu par de nombreuses institutions comme un projet pilote et un modèle de développement susceptible de s’étendre au-delà de notre commune. Nous le présenterons à l’occasion de ces journées.
Ph.P.
Crédit photo : Commune d'Arghjusta è Muricciu / et Ph.P