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Nazione et FLNC- UC : renouveau en perspective ou derniers soubresauts ?

« Non liquet » ou « Ùn si sà »

Nazione et FLNC- UC : renouveau en perspective ou derniers soubresauts ?



Durant le mois d’août dernier, le FLNC-Union des Combattants lors d’une conférence de presse puis Jean-Guy Talamoni et Petr'Antò Tomasi sous le chapiteau des Ghjurnate Internaziunale organisées par Nazione, ont exprimé une volonté forte de relancer la LLN (Lutte de Libération Nationale). Renouveau en perspective ou derniers soubresauts ?


Après avoir rappelé son rôle historique (résistance, impulsion des luttes syndicales et politiques) et les sacrifices de ses militants et de leurs proches, le FLNC-UC a procédé à des mises au point visant à remettre la LLN au premier plan et sur les rails. Il a donné un coup de pouce à Nazione en évoquant les Ghjurnate Internaziunale et saluant leurs participants : « Nous tenons à adresser à toutes les délégations présentes un message de soutien pour toutes les luttes qu’elles représentent ». Il a prévenu que tout en ne remettant pas en cause son attachement à la conception d’un peuple corse/communauté de destin, il n’hésiterait pas à s’opposer à « la colonisation de peuplement ». Il a qualifié le processus Beauvau de « mascarade » conduisant à la négation de l’existence du peuple corse et au reniement des principales revendications nationalistes. Il a reproché à Femu a Corsica, Core in Fronte et Avanzemu-Partitu di a Nazione Corsa - qui soutiennent ou accompagnent le processus, et croient ou font mine de croire qu’il conduit à une avancée - de tromper les Corses : « Ceux qui s’expriment encore aujourd’hui au nom du mouvement national, tout en soutenant ledit processus Beauvau, commettent une duperie sans précédent à l’égard de notre peuple. »

À la tribune des Ghjurnate Internaziunale


Quelques jours plus tard, à la tribune des Ghjurnate Internaziunale, Jean-Guy Talamoni a fait dans le recadrage idéologique et politique. En évoquant et interprétant le remplacement, probablement sanction, du recteur de Corse, Rémi-François Paolini, qui s’était engagé à fond en faveur de l’enseignement de la langue corse : « Lorsqu’il a fait des choses positives pour la Corse, Paris l’a considéré comme un intrus et comme un traître » et en lançant « La Corse n’est pas la France », Jean-Guy Talamoni a de facto rappelé deux postulats de départ de la LLN : « l’État français » n’est pas un partenaire mais un adversaire ; l’opposition entre les visions et les intérêts de la Corse et les visions et les intérêts de l’État est structurellement irrémédiable. En affirmant que « la stratégie autonomiste consistant à courir après des négociations qui devaient apporter le bonheur, relève au mieux de l’innocence, au pire du mensonge éhonté » et que les « avancées nationales » n’avaient été obtenues que par l’action des clandestins et les mobilisations du peuple corse, Jean-Guy Talamoni a renoué avec l’orthodoxie LLN assurant que l’autonomisme mène à l’échec et que seul le rapport de force LLN est en capacité d’obtenir des résultats tangibles. Lors du discours de clôture des Ghjurnate, Petr'Antò Tomasi a de son côté décliné une feuille de route. Il a réaffirmé « la solidarité politique de Nazione avec le Front ». ll a exhorté les militants et sympathisants de Nazione à se mobiliser sur le terrain pour obtenir le retrait du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie. Il a appelé à « construire l’après-Beauvau » à partir d’une plate-forme revendicative (statut de résident, corps électoral corse, corsisation des emplois, modèle social corse, statut fiscal et social, coofficialité de la langue corse, droit du peuple corse à décider de son avenir…) associant le nationalisme et d’autres forces. Il a préconisé une nouvelle unité stratégique du mouvement national corse et un réinvestissement des nationalistes dans les mouvements syndicaux, associatifs ou culturels.

« Non liquet » ou « Ùn si sà »

Les propos du FLNC, de Jean-Guy Talamoni et Petr'Antò Tom
asi suggèrent une volonté de relancer la LLN en renouant avec la stratégie qu’avait portée Unità Naziunalistà durant les années 1980 avec l’assentiment (et un peu plus) du FLNC, et au besoin en acceptant à nouveau des adaptations tactiques (bouts de chemin avec les autonomistes et aussi des corsistes) rappelant la participation de la LLN à Corsica Nazione au début des années 1990 et à Per à Corsica à partir de 2015. En août, une partition en ce sens a été écrite et énoncée, reste à remobiliser et/ou renouveler des musiciens, à convaincre les éventuels partenaires. Ce qui ne sera pas facile en ces temps de désenchantement à l’encontre du nationalisme dans sa globalité. Ce dont a probablement conscience Petr'Antò Tomasi qui a lancé à l’assistance des Ghjurnate : « Nazione va avoir besoin, dans les mois qui viennent, de l’ensemble de ses militants pour construire le pays que nous voulons. » Renouveau en perspective de la LLN ou derniers soubresauts ? À ce jour, seules réponses possibles à cette question : « Non liquet » ou « Ùn si sà ».

Pierre Corsi
Crédit photos : JDC
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