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Rentrée sans téléphone : la Corse entre affichage et réalité

Zéro portable : le signal politique

Rentrée sans téléphone : la Corse entre affichage et réalité



Cet automne, les collèges corses durcissent les règles d’accès au téléphone portable, outil devenu central à la vie sociale. La réglementation nationale, renforcée par circulaire du ministère en août dernier, se heurte à des usages déjà massifs — et à la fragilité des adolescents sans leur écran.


Zéro portable : le signal politique

Le gouvernement l’a rappelé clairement cet été : interdiction totale du téléphone portable et des autres objets connectés à l’école, du primaire jusqu’à la fin du collège. Non plus durant la classe seulement, mais durant toute la présence à l’établissement — récréations incluses. La circulaire ministérielle de 2024 se durcit en 2026 ; des amendes peuvent désormais être appliquées aux établissements non conformes. En Corse, le message passe. Chaque collège, de Bastia à Propriano, intègre cette contrainte dans son règlement intérieur pour la rentrée. Les principaux évoquent des salles de dépôt, des casiers verrouillés, des protocoles de fouille. Au lycée Giocante-de-Casabianca à Corte, un responsable affirme que « cette année, c’est zéro tolérance ». Plusieurs établissements importent des modèles testés en Île-de-France : des boîtes de rangement connectées, des codes à définir chaque semaine, des appareils photo professionnels pour les cours d’arts plastiques — bref, une infrastructure pensée pour l’absence. Or, un chiffre tempère le récit : selon un sondage Arcom de 2025, 64 % des collégiens corses déclarent posséder un smartphone personnel. Parmi eux, 72 % l’apportent régulièrement au collège — pas dans le casier, mais dans le sac ou la poche. L’usage s’est normalisé si vite qu’un ado sans téléphone passe désormais pour un exclu.

Le paradoxe du terrain

Les chefs d’établissement le savent : interdire n’est pas faire disparaître. C’est déplacer le problème. Un professeur principal à Ajaccio raconte : « Les premiers jours, on confisque les portables. Au bout d’une semaine, c’est devenu un jeu d’esquive. Les ados les cachent, les font circuler discrètement, organisent des relais. On contrôle ; ils adaptent. » Le personnel de vie scolaire, déjà débordé, voit dans cette mission supplémentaire un fardeau peu structurant. Pire encore : le téléphone n’est plus seulement un outil de communication. C’est un accès à des services scolaires essentiels. Pronote, le carnet numérique national, oblige parents et enfants à consulter régulièrement cet écran. Comment interdire simultanément l’outil de travail et le travail qu’il porte ? Certains collèges font exception pour le « usage pédagogique encadré » — formule qui crée aussitôt des zones grises. Il y a aussi une dimension psychosociale rarement explicitée. Pour un adolescent de 2026, se voir séparé de son téléphone durant six heures provoque une anxiété réelle — étudié par l’American Psychological Association. Les infirmiers scolaires signalent une montée en charge de demandes de présence aux intercours, souvent des crises sans objet médical apparent. L’addiction est légale ; ce qui disparaît, c’est l’allié de la gestion émotionnelle.

Au-delà de l’interdit : la question qui dérange

La réglementation française s’inspire de modèles britanniques et italiens, où l’interdiction totale prévaut depuis 2022. Qu’en est-il ressorti ? Mixte. Des études de King’s College London montrent une baisse des troubles du comportement en classe, mais une hausse des signalements pour anxiété hors classe. Les résultats scolaires demeurent stables ; c’est la santé mentale qui se déporte. En Corse, des acteurs locaux se posent une question différente : faut-il vraiment interdire, ou accompagner autrement ? Certains collèges déjà testent une approche modulée — espace « sans écran » volontaire, ateliers de gestion des écrans, espaces de discussion sur les usages réels, pas sur l’objet interdit. C’est que le téléphone, sous surveillance légale, n’a jamais résolu le vrai problème : la solitude des jeunes devant des contenus addictifs, la pression des réseaux sociaux, l’absence d’espaces de parole dans l’école. Une circulaire peut faire disparaître l’objet. Elle ne recrée pas la cour de récréation d’avant ni les échanges informels où naissait vraiment la socialité. Reste à savoir si la rentrée 2026 corrobore ce que chaque principal soupçonne : qu’interdire le téléphone ne règle rien, sinon le malaise de l’institution face à un outil qu’elle ne comprend plus.

Maria Mariana

Crédits photographiques
• 11541_2026-09-11_bac à téléphones portables.jpg : © DR
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