Petru Saveriu Luciani : la foi d’un jeune séminariste
Trois ans à Rome à compter de septembre 2026
Petru Saveriu Luciani : la foi d’un jeune séminariste
À 27 ans, Petru Saveriu Luciani est séminariste à Aix-en-Provence depuis trois ans. Un parcours qui le conduira à Rome à compter de septembre prochain. Destiné à être prêtre, il se sent investi par le mystère de la foi depuis sa plus tendre enfance. Rencontre avec un personnage atypique…
On a coutume de dire, en spiritualité, que les « Voies du Seigneur sont impénétrables. » Dans ce domaine, Petru Saveriu Luciani est tout sauf « l’ouvrier de la onzième heure. » « Je me suis toujours senti habité par la foi, souligne-t-il, c’est un mystère que l’on ne peut expliquer. Alors quand on me dit que l’on se convertit et que l’on franchit le pas, je n’ai jamais été converti. Tout s’est passé naturellement. »
Bien que présente dans son quotidien, cette foi lui a laissé vivre l’enfance et l’adolescence des jeunes de son âge. Avec une affection naturelle pour le corse, langue maternelle à Petralba où il a ses racines par son père. « À la maison ou en famille, on ne parlait que le corse, ajoute-t-il, j’ai appris le français à l’école, comme mes amis et ma jeune sœur Sacra Maria. »
Bac L et capes de Corse
De Petralba, Petru Saveriu a poursuivi sa scolarité au collège de Moltifau et au lycée de Corte où il obtiendra un bac L en 2017 avant des études corses (licence et master) et une recherche en anthropologie. « J’ai travaillé un mémoire sur la manière avec laquelle la mort était vécue en Corse, ajoute l’intéressé, il y a un sens spirituel très profond. Mais, dans ces domaines, on a malheureusement une cassure à compter des années soixante-dix. »
Titulaire d’un CAPES de Corse, Petru Saveriu enseigne, ensuite, sa langue maternelle à Corte. Et c’est après une année de réflexion, qu’il se décide à entrer en séminaire. « Je ne savais pas trop encore quelle voie emprunter, être agriculteur, enseignant… Je me suis laissé guider. La foi, c’est un mystère qui vous porte vers le bon chemin. Je ne voulais pas être séminariste mais il fallait passer par là. »
En 2023, le futur diacre — si tout va bien d’ici trois ans — part à Aix-en-Provence pour trois années. « Une cassure culturelle et historique avec la Corse, admet-il, ce n’est pas la même “civilisation” sur le Continent. Et puis, j’ai dû apprendre la philosophie à raison de 7 heures par semaine. À dire vrai, c’est plus important d’apprendre par soi-même que dans les livres… »
Trois ans à Rome à compter de septembre 2026
Le jeune séminariste sait qu’il doit passer par là pour accomplir le destin et la vocation d’être prêtre. « J’ai toujours su que telle était ma voie, sans pouvoir l’expliquer. Mais des prêtres comme l’abbé Mondoloni, Valeri et Peretti ont su me montrer le chemin. »
Un chemin qui va se poursuivre à Rome à compter de septembre, et ce, pour les trois prochaines années. Une nouvelle étape suggérée par notre évêque, le cardinal Bustillo. « C’est une chance, pour la Corse, d’avoir un pasteur tel que lui. Le Christianisme, c’est la religion de l’incarnation et notre cardinal montre le chemin d’une spiritualité qui est celle de l’Évangile, la spiritualité dans notre quotidien. Quant à Rome, j’y suis allé quatre fois. Nous sommes, d’une certaine manière, à la source du Christianisme. Mais Rome est aussi une ville unique ! »
Dans trois ans, Petru Saveriu sera, si tout va bien, ordonné diacre avant, un an plus tard, de vivre sa vocation. « Parmi mes amis, les avis sont partagés : on sourit, on me parle de sacrifices. Il n’y a pas de sacrifices. Dieu s’est fait homme, le prêtre doit se rendre humain au service de son prochain. Certains de mes amis me demandent déjà de les marier ou de baptiser leurs enfants… »
Prête Petru Saveriu, un sacerdoce d’ici quatre ans et une boucle bouclée pour cet enfant du Cismonte (Alessandri de Petra Serena par sa mère) et Pumonte (Filippi de Sotta, Raghinu, Rocca Serra et De Peretti de Levia. Prete ? « S’è Diu vole, conclut-il. Le destin de cet homme de foi en décidera certainement ainsi, le bon grain s’étant déjà détaché de l’ivraie.
Philippe Peraut
Photo : Ph.P