• Le doyen de la presse Européenne

Faire ou ne pas faire retraite…

La Corse devient-elle un des lieux de villégiature d’une classe de « bobos » ........

Faire ou ne pas faire retraite…



La polémique qui a donné lieu à l’annonce puis à la venue de l’épouse du maire de New York dans un ancien couvent du Cap Corse, nous en dit long sur notre époque.
Au-delà de l’objet du séjour - arbre qui cache la forêt - cela est l’illustration de choses bien plus importantes.


On ne peut que constater qu’il y a, notamment pendant la saison balnéaire (mais cela s’étend à d’autres périodes que celle estivale), une contre-société (ou une autre société, si l’on veut être moins polémique) qui se met en place temporairement ou non.

C’est celle de ceux qui ont acquis nos terres, nos demeures, nos biens ancestraux – vendus par nous-mêmes – pour profiter d’une terre singulière (pour combien de temps?) et de ses attraits.
Ces populations n’ont cure des indigènes (de moins en moins nombreux) qui peuplent cette terre, elles ne veulent d’ailleurs même pas les fréquenter, sauf quelques spécimens.

D’ailleurs ces indigènes seront bientôt dans des réserves, tant ils sont submergés par des flux d’arrivées massives de non natifs qui, par leur nombre, ne peuvent permettre de conserver l’homogénéité sociale.

Ainsi, la Corse devient-elle un des lieux de villégiature d’une classe de « bobos » mondialisés, et donc déracinés, qui viennent butiner deçà et delà, au gré de leur humeur pour se donner le sentiment d’exister et jouir, bien sûr sans entraves, des avantages que leur donne leur aisance financière dont ils entendent profiter où qu’ils soient dans le monde.
Il leur faut donc des lieux pour combler le vide de leurs existences et leur donner le frisson de l’aventure à peu de risques car ils disent faire preuve d’une grande audace en se rendant auprès de peuplades qui, jadis, étaient considérées comme fort sauvages.

Tout cela nous dit que nous ne sommes plus une terre singulière.

Toute d’abord, parce que la terre ne nous appartient plus, elle n’appartient plus aux natifs, parce que tout simplement ils l’ont vendue au plus offrant, et continuent de vendre tout ce qui peut l’être sans vergogne et sans états d’âme, ce qui fait augmenter le prix de l’immobilier.

Sous prétexte de résorber un désordre foncier, on a créé l’ordre de la dépossession, car le désordre finalement protégeait en rendant difficile les transactions pour laisser les terres aux mains des natifs.
Mais il fallait rentrer dans la modernité mortifère, et c’était là le premier pas vers la dépossession, l’incompétence alliée au goût du lucre.La terre ne nous appartenant plus, le reste coulait de source, hélas. Car qui n’a plus de terre n’a plus rien, n’est plus rien, car les racines se fichent dans la terre !

Nul ne peut contester la richesse extraordinaire des paysages de l’Ile-Montagne, nul ne peut contester la présence d’un bâti souvent singulier et qui fait la joie de tous les architectes d’intérieur désireux de satisfaire une clientèle en quête « d’authenticité ».
Tout cela permettant d’attirer une clientèle internationale et cosmopolite à la recherche d’un pied à terre adapté à ses envies saisonnières.
De quoi attirer les mêmes « bobos », qui n’oublient pas néanmoins que l’argent est le nerf de la guerre, et qui investissent dans les belles demeures pour en faire commerce.
La Corse ainsi, et ensuite, ne devient qu’un des lieux de passage d’une pseudo-intelligentsia - ainsi autoproclamée – qui navigue toujours sur les eaux du consensus du moment et se rend en Corse en été, comme elle se rend à Capri, ou à New York à un autre moment de l’année.

Rien d’autre !

Car ce n’est pas la volonté de connaître un peuple, sa culture, sa façon d’être au monde qui les guide, ce n’est rien d’autre qu’un tourisme de l’enclave par lequel on se déplace pour retrouver ses semblables sans frayer pour autant avec les locaux.
Ils vivent ainsi des « retraites », ce qui signifie précisément qu’ils se retirent du monde, en l’espèce du monde dans lequel les Corses veulent tenter de vivre en préservant leurs traditions.
Et le monde de ces gens est celui de l’indistinction, de l’indifférenciation, celui du « celles et ceux » et autres billevesées du même genre.
Ce n’est pourtant pas le nôtre, et il est temps de nous en retirer et de faire « retraite » en nous-mêmes pour pouvoir retrouver ce que nous sommes.


SALLUSTE.
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