Le coût croissant des catastrophes naturelles : la facture qui pèse sur les assurés
Un système de solidarité sous pression
Le coût croissant des catastrophes naturelles : la facture qui pèse sur les assurés
Les catastrophes naturelles ne représentent plus un risque exceptionnel mais une dépense durable pour les assureurs. Inondations, sécheresses, tempêtes ou incendies de forêt provoquent chaque année des dommages considérables dont le coût est, au final, supporté par l'ensemble des assurés.
Un système de solidarité sous pression
En France, le régime « Cat Nat », créé en 1982, repose sur un principe de solidarité nationale. Chaque contrat d'assurance habitation comporte une surprime destinée à financer l'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles. Mais l'accélération des événements climatiques met ce système sous pression. Selon France Assureurs, les catastrophes naturelles ont coûté près de 6,5 milliards d'euros en 2022, un record historique. Les pertes assurées ont encore atteint environ 5 milliards d'euros en 2024, et les projections estiment que la facture annuelle pourrait dépasser 8 milliards d'euros d'ici 2050 si les effets du changement climatique se poursuivent.
Depuis 1982, le régime Cat Nat a permis d'indemniser plusieurs millions de sinistres pour un montant cumulé dépassant 60 milliards d'euros. La seule sécheresse, longtemps considérée comme un risque secondaire, est devenue le premier poste d'indemnisation. Les épisodes de retrait-gonflement des argiles, qui provoquent des fissures parfois spectaculaires dans les maisons individuelles, concernent désormais plus de 10 millions de logements construits sur des sols sensibles. Certaines années, ce phénomène représente à lui seul près d'un milliard d'euros de dommages.
Des primes d'assurance en hausse
Pour préserver l'équilibre du régime, la surprime Cat Nat a été relevée au 1er janvier 2025. Elle est passée de 12 % à 20 % sur les contrats d'assurance habitation et de 6 % à 9 % sur certaines garanties automobiles. Cette hausse représente en moyenne une vingtaine d'euros supplémentaires par foyer chaque année, auxquels s'ajoutent les augmentations générales des primes décidées par les assureurs. En 2025, le coût de l'assurance habitation a progressé en moyenne de 8 à 12 % selon les contrats, une évolution largement attribuée à la multiplication des événements climatiques.
Une inflation climatique mondiale
À l'échelle mondiale, la tendance est identique. Selon le réassureur Swiss Re, les catastrophes naturelles engendrent désormais plus de 300 milliards de dollars de dommages économiques chaque année, dont environ 140 milliards sont couverts par les assurances. Le reste demeure à la charge des particuliers, des entreprises ou des pouvoirs publics. Les économistes parlent désormais d'une « inflation climatique », c'est-à-dire d'une hausse durable du coût des sinistres qui se répercute progressivement sur les primes d'assurance.
La Corse en première ligne
La Corse est directement concernée. Si elle connaît peu de grandes inondations de plaine, elle est particulièrement exposée aux incendies, aux crues torrentielles, aux tempêtes méditerranéennes et à l'érosion du littoral. Les épisodes de vent et les feux de l'été 2022 ont illustré cette vulnérabilité. À cela s'ajoute une forte concentration de résidences et d'équipements touristiques sur les côtes, où la valeur des biens assurés est élevée. Le littoral corse constitue un enjeu particulier. Plus de la moitié de la population vit à proximité immédiate de la mer et une grande partie des investissements immobiliers des dernières décennies s'est concentrée sur les zones côtières. Or celles-ci sont les premières exposées aux tempêtes, aux submersions marines et au recul du trait de côte. Dans certaines communes, les experts estiment que plusieurs centaines de bâtiments pourraient être concernés à moyen terme par l'érosion ou les risques de submersion.
Prévenir plutôt que réparer
Selon les estimations de la Caisse centrale de réassurance, le coût des catastrophes naturelles pourrait doubler en France d'ici le milieu du siècle. La prévention apparaît donc comme un investissement indispensable : débroussaillement, limitation des constructions dans les zones à risque, protection du littoral et adaptation des bâtiments permettront de limiter les dégâts. Car une réalité demeure : chaque catastrophe finit par se retrouver, quelques mois ou quelques années plus tard, sur la facture d'assurance de tous les Français. À terme, le risque est de voir l'assurance devenir un produit réservé aux ménages les plus aisés, les hausses successives des primes excluant progressivement les foyers les plus modestes de cette protection essentielle.
Pierre Leoni
crédit illustration : D.R