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La Gauche Titanic

Tout comme leurs homologues continentaux, les milliers d'individus qui d'Ersa à Bunifaziu veulent encore voter pour la gauche,.....
La gauche titanic

Tout comme leurs homologues continentaux, les milliers d’individus qui d’Ersa à Bunifaziu veulent encore voter pour la gauche, devront se résigner à un vote qu’ils savent peu susceptible de l’emporter et à attendre encore quelques années pour voir se lever l’espoir.


Christiane Taubira a remporté la Primaire populaire. Dérisoire succès car aucun parti politique n’était vraiment partie prenante. Seul le Parti Radical de Gauche, déjà soutien déclaré de Christiane Taubira, avait exprimé une sympathie pour la démarche par la voix de son président Guillaume Lacroix : « C’est un rassemblement de 467 000 personnes qui veulent une gauche capable de gouverner ensemble […] Quand on fait de la politique, il faut commercer par écouter les citoyennes et les citoyens. » De leur côté, Le Parti Socialiste, le Parti Communiste, la France Insoumise et Europe Ecologie Les Verts avaient respectivement déjà investi depuis belle lurette Anne Hidalgo, Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot. Dérisoire succès aussi car Christiane Taubira avait initialement évoqué la possibilité d'être candidate à la Primaire populaire dans le cadre d'un processus d'union de la gauche. Or cette union ne se fera pas.
Dérisoire succès également car la participation de 392 738 personnes et en avoir capté près de la moitié sont à relativiser. En effet, il est douteux qu’au sein de ce corps électoral, des soutiens de l’ancienne Garde des Sceaux et plus globalement de l’électorat de gauche, l’unanimité soit de mise autour du « socle commun » de propositions retenu par les initiateurs de la Primaire populaire (planification de la sortie du nucléaire d’ici à 2050, reconversion vers une agriculture paysanne, plan de rénovation thermique, revenu de solidarité dès 18 ans, modernisation de l'impôt sur la fortune, convention citoyenne pour le renouveau démocratique, scrutin proportionnel plurinominal aux élections législatives, reconnaissance du vote blanc, baisse du temps de travail, VIème République, referendum d'initiative citoyenne…).
Dérisoire succès enfin car Christiane Taubira a devancé trois-non-candidats qui l’avaient fait savoir (Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo) et trois candidats relevant de la figuration (Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, Anna Agueb-Porterie).
Au niveau national, cet épisode ne devrait pas aider la gauche, minée par ses querelles sur le fond, ses discussions sur le sexe des anges et les haines recuites entre ses figures de proue, à sortir de l’ornière. On peut aussi douter qu’il contribue à relancer la gauche chez nous où elle apparaît démunie, orpheline et en miettes.
Elle n’existe quasiment plus dans les assemblées délibérantes des deux grandes villes (Aiacciu, Bastia) et des communautés d’agglomération. Elle n’occupe aucun siège dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse. Elle ne détient aucun mandat de député ou de sénateur. Elle a perdu ses leaders et ses grandes voix : le semi-retraité de la politique Émile Zuccarelli vient d’annoncer son soutien à Emmanuel Macron, Paul Giacobbi, Simon Renucci, Dominique Bucchini et Paul-Antoine Luciani ont tiré leur révérence, Nicolas Alfonsi n’est plus. Quant aux partis de gauche, ils ont quasiment disparu de la scène politique. Corse social-démocrate s’est désagrégé. Le Parti Radical de Gauche qui a été affecté par des dissensions internes est devenu groupusculaire. Le Parti Socialiste compte quelques élus bastiais mais n’influe ni dans les débats d’idées, ni dans les confrontations électorales. Europe Ecologie Les Verts s’exprime parfois mais apparaît être l’appendice vert de Femu a Corsica.

Plus que quelques signes de vie…


La gauche a pourtant essayé de revivre à l’occasion des dernières élections municipales. Mais cela a tourné court. A Aiacciu, la gauche traditionnelle qui était représentée par l’union des communistes et des socialistes n’est pas parvenue à obtenir le nombre minimal de suffrages permettant de siéger au conseil municipal. La gauche alternative n’a pas non plus connu la réussite. Sa liste Ajaccio, Citoyens qui expliquait : « Nous sommes présents dans cette élection pour apporter une voix différente (…) Nous voulons faire passer un message et être la voix des personnes oubliées » a réuni moins de 2% des voix et a été une démarche sans lendemain.
A Bastia, les zuccarellistes et les communistes qui étaient partis ensemble à la bataille, qui avaient affiché l’ambition d’être la principale force d’opposition à l’issue du premier tour et qui projetaient de rassembler large au second tour afin de reprendre les rênes de la municipalité, se sont déchirés entre les deux tours. Les divers gauche Jean-Sébastien de Casalta et François Tatti n’ont pas réussi à susciter une dynamique gagnante.
Quant à la gauche corsiste, incarnée par la fédération de la Haute-Corse du Parti Socialiste et le club Gauche Autonomiste, et quelque peu aussi par Europe Ecologie Les Verts, elle s’est une fois encore fondue dans la liste de la majorité sortante portée par Pierre Savelli et Femu a Corsica. Puis, lors des élections territoriales, rien ne s’est arrangé. Durant sept ans, aucun représentant de la gauche ne siégera à l’Assemblée de Corse. La gauche traditionnelle a sombré ou a été inexistante : la liste du Parti communiste n’a pu atteindre les 7% de suffrages exprimés qui lui auraient assuré des élus, les radicaux de gauche ont jeté l’éponge avant même le scrutin.
La gauche corsiste a elle aussi déclaré forfait. N’ayant pas réussi à mobiliser, le Parti Socialiste n’a pas participé : ses élus bastiais ont campé sur l’Aventin, ses quelques maires du rural ont soutenu différentes listes (celui de Siscu a roulé pour la liste Simeoni, celui de Monticellu a été présent sur la liste de Jean-Christophe Angelini, celui de Linguizetta a été aux côtés de Jean-Charles Orsucci…) La gauche Macron-compatible a elle aussi été défaite ou a sombré dans le dispersion : la liste Jean-Charles Orsucci a été éliminée dès le premier tour, les autres têtes de gondole ont joués perso (François Tatti a soutenu Laurent Marcangeli, les Zuccarelli ont appuyé Jean-Charles Orsucci…)
Enfin, les écologistes n’ont pu percer. Aujourd’hui, à quelques semaines des élections présidentielles et législatives, la gauche insulaire ne donne plus que quelques signes de vie. Elle n'a même plus, comme la gauche continentale, l'énergie de faire vivre des querelles internes. Seuls le Parti communiste et dans une moindre mesure les écologistes (qui disposent d'un relais, le député européen François Alfonsi, siméoniste mais élu sur la liste Jadot lors du dernier scrutin européen) sont vraiment visibles et quelque peu en campagne.
Tout comme leurs homologues continentaux, lors des élections présidentielles et législatives, les milliers d’individus qui d’Ersa à Bunifaziu veulent encore voter pour la gauche et croient toujours à un avènement possible des idéaux communs des différentes composantes de cette famille politique, devront sans doute se résigner à subir une gauche Titanic, à un vote qu’ils savent peu susceptible de l’emporter et à attendre quelques années encore pour voir se lever l’espoir. Et il leur faudra peut-être aussi se rendre aux urnes uniquement pour « faire barrage à… » en votant « moins pire » et boire ainsi le calice jusqu’à la lie.



Pierre Corsi


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