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Le journalisme contre les mafias

Les attaquent contre la liberté de la presse ont été nombreuses et croissantes d'année en année.

Le journalisme contre les mafias


Les attaques contre la liberté de la presse ont été nombreuses et croissantes d’année en année. Des dizaines de journalistes ont été assassinés au Mexique, en Russie, en Syrie, en Tchéquie, à Malte, en Irak, en Somalie et au Pakistan. Des centaines d’autres ont été emprisonnés après de fausses accusations en Turquie, en Égypte, à Bahreïn, au Kazakhstan, au Rwanda, au Burundi et au Soudan du Sud. Le déclic s’est produit lorsque Daphne Caruana Galizia, une journaliste maltaise qui enquêtait sur la corruption politique a été assassinée en octobre 2017 au moyen d’une voiture piégée. Il y eut alors des appels à une enquête indépendante, y compris à la Commission européenne, par les chefs de huit des plus grands organes de presse du monde. Il s’est alors créé une association baptisée Forbidden Stories qui vise à donner vie aux enquêtes menées par les journalistes tués ou arrêtés. « Les messagers peuvent être assassinés ou incarcérés, mais leurs messages survivront », proclame Forbidden Stories.

Une association qui fonctionne comme le pool d
es juges italiens anti-mafieux

En publiant les informations collectées par des journalistes menacés de mort, Reporters sans frontière, estime que Forbidden Stories envoie un message fort aux prédateurs de la liberté de la presse à travers le monde. Pour sécuriser son projet, Forbidden Stories a engagé dans des enquêtes collaboratives avec un réseau de médias internationaux. Les premières enquêtes à bénéficier du projet ont été écrites par trois Mexicains qui ont été assassinés dans ce pays en 2017. Ainsi, avec Forbidden Stories, leur travail n’a pas été perdu et un signal fort a été envoyé aux cartels. Le site permet à un journaliste de protéger ses données sensibles et de laisser des instructions en cas d’arrestation, d’enlèvement ou d’assassinat. « D’un clic, le journaliste sauvegarde ses données sensibles, puis nous laisse des instructions en cas d’arrestation, d’enlèvement ou d’assassinat», a expliqué le journaliste français Laurent Richard, créateur de la plate-forme. Car, pour déjouer les risques de piratage, le site bénéficie du système de cryptage, SecureDrop, hébergé sur le navigateur Tor, mis en place par Edward Snowden, le célèbre lanceur d’alerte à l’origine, en 2013, du scandale d’espionnage de l’Agence nationale de sécurité (NSA) américaine. Ce logiciel garantit l’anonymat des échanges, car les cartels et plus généralement les mafias n’hésitent pas à embaucher des hackers pour traquer journalistes et opposants.

Un carnage


Depuis dix ans, plus de 700 journalistes sont morts dans l’exercice de leurs fonctions. Forbidden Stories offre une protection relative aux courageux enquêteurs. Au Mexique, 90 % des assassinats de journalistes sont restés impunis. Aujourd’hui, le réseau de journalistes d’investigation Forbidden Stories, réunit soixante médias internationaux. Depuis sa création, plus de 150 journalistes — originaires de 49 pays différents et des cinq continents — ont participé aux enquêtes collaboratives coordonnées par le site sur des sujets aussi importants que l’environnement, la santé, les droits de l’Homme ou la corruption.  L’exemple vient de loin puisque Forbidden Stories s’est inspiré de l’assassinat il y a 41 ans, du journaliste Don Bolles. Ce dernier avait été tué dans la ville de Phoenix aux États-Unis par une voiture piégée. Il enquêtait alors sur une affaire de fraude foncière. Après sa mort, son enquête restait inachevée. 38 journalistes appartenant à 28 journaux et chaînes de télévision de tout le pays décidèrent alors de collaborer pour terminer son travail. Mais l’hécatombe continue. Trois journalistes mexicains ont été abattus par les cartels durant la première quinzaine de janvier. Jamais la puissance de ces mafias n’a été aussi grande. Il y a quinze jours, le Cartel de Jalisco Nueva Generacion (CJNG), l’organisation criminelle actuellement en pointe au Mexique, n’a pas hésité à utiliser des drones pour bombarder un village protégé par une milice d’autodéfense. Deux mois auparavant, il s’en est pris à des soldats en utilisant déjà des drones. Le même cartel, dirigé par Nemesio Oseguera Cervantes, alias El Mencho, avait tenté d’assassiner le secrétaire à la Sécurité publique de la ville de Mexico. Le nombre de tués dans cette guerre civile qui ne dit pas son nom a dépassé les 300 000. Dans un pareil contexte, le journalisme libre peut paraître dérisoire. Mais il reste une petite lumière dans une longue nuit et Forbidden Stories est indispensable pour donner du courage à ces héros de l’information.

GXC
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