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Un monde ouvert et des frontières fermées

Un évènement ou une décision politique prise en un endroit du globe a nécessairement des effets aux antipodes.

Un monde ouvert et des frontières fermées

Nous le savons désormais : un évènement ou une décision politique prise en un endroit du globe a nécessairement des effets aux antipodes. Nous l’avons appris à nos dépens avec la Première guerre mondiale, lorsque la grippe espagnole se diffusa dans les tranchées provoquant la mort d’une cinquantaine de millions de personnes dans le monde. Nous l’avons appris tout aussi douloureusement avec la conférence de Yalta qui divisa la planète en deux camps figés par l’équilibre des terreurs. Et nous l’apprenons encore aujourd’hui à l’occasion de la pandémie de la COVID, mais aussi la crise provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie dont les conséquences se font sentir aussi bien au Moyen-Orient qu’en Afrique ou en Amérique du Sud.


Israël en porte à faux

Le 7 avril dernier, l’État d’Israël votait avec les États-Unis la suspension de la Russie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ce qui était bien le minimum. Jusqu’alors l’État hébreu menait une ligne de neutralité voulue par Naftali Bennett, le premier ministre issu de la droite ultranationaliste. Les raisons de ce travail d’équilibriste étaient multiples. Il y avait en premier lieu les assurances données par la Russie de contenir les forces iraniennes et leurs alliés du Hezbollah très présentes sur le terrain en Syrie et donc sur le Golan. La seconde raison était la présence en Israël de millions de juifs russes et ukrainiens souvent restés attachés à leur terre d’origine. La Russie a aussitôt réagi au changement de cap israélien par la bouche du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, qui a dénoncé un faux-semblant « pour détourner l’attention de la communauté internationale de l’un des plus anciens conflits non réglés en ce monde : le conflit israélo-palestinien ». Puis le représentant russe pour la Syrie a annoncé qu’un missile antiaérien syrien avait intercepté un missile israélien ce qui laisse entendre que la Russie a fourni de ces armes à la Syrie. Mais plus gênant, cela pourrait signifier que la Russie empêtrée dans le conflit ukrainien, retire ses forces du Moyen-Orient afin de les rapatrier. Auquel cas, elle laisserait l’Iran et le Hezbollah prendre sa place. Ainsi, dans le sud du district de Hama, la 47e brigade blindée syrienne serait passée sous commandement iranien et sa base et aurait accueilli une soixantaine de véhicules militaires dont certains étaient conduits par des combattants du Hezbollah, d’autres par des Iraniens. Or Israël perçoit l’Iran et le Hetzbollah comme ses pires ennemis. La guerre ouverte pourrait alors reprendre.

L’OTAN marque des points


La guerre en Ukraine a provoqué un vent de panique parmi les nations voisines de la Russie. L’OTAN compte actuellement 30 pays membres. À sa création en 1949, l’Alliance comptait douze membres fondateurs : Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal et Royaume-Uni. Les autres pays membres sont : Grèce et Turquie (1952), Allemagne (1955), Espagne (1982), République tchèque, Hongrie et Pologne (1999), Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie (2004), Albanie, Croatie (2009), Monténégro (2017) et Macédoine du nord (2020). Désormais ce sont la Finlande et la Suède qui pourraient demander leur adhésion au Pacte atlantique bien que leurs gouvernements hésitent encore. D’ores et déjà la Suède, pays qui était jusqu’à il y a peu attaché à sa stricte neutralité, va livrer à l’Ukraine quelques 5 000 lance-roquettes antichars. En 1939, ce pays scandinave avait militairement aidé la Finlande alors envahie par l’URSS qui profitait ainsi du pacte germano-soviétique pour annexer également une partie de la Pologne. La Suède a donc brisé une sorte de tabou en s’inscrivant dans les adversaires déterminés de la Russie.

Des conséquences économiques désastreuses


Mais les conséquences les plus désastreuses de la guerre en Ukraine, celles qui touchent à l’approvisionnement alimentaire mondial, démontrent, après la crise de la COVID combien le concept d’indépendance est devenu absurde. Grenier à blé de la planète, la crise ukrainienne provoque actuellement un tsunami de carence alimentaire qui vient se coupler en Afrique de l’Est avec une sécheresse record. Le hiatus vient d’une économie conçue comme globale et néanmoins confrontée à des pays occidentaux qui, à cause de la crise migratoire, ont tendance à se replier derrière leurs frontières. Nul ne sait quand et comment va s’achever la crise ukrainienne. Mais il est certain que l’année 2023 va être extrêmement difficile pour les nations les plus pauvres. Les prix de l’énergie, mais aussi celui des denrées les plus basiques s’envolent littéralement. Or toutes les crises ont démontré qu’elles étaient des accélérateurs des phénomènes migratoires.

GXC
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