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Italie : le tourisme de masse ronge Firenze

Le tourisme low cost, du Airbnb et du fast-food menace ......
Italie : le tourisme de masse ronge Firenze


À Firenze, depuis la Renaissance, dans les quartiers populaires, sont perpétués un art de vivre populaire original et convivial et un artisanat d’art nourri par des savoir-faire transmis de père en fils. Le tourisme du low cost, du Airbnb et du fast-food menace cet héritage multiséculaire.


Il existe une Firenze qui compte des habitants et des passants et non uniquement des bipèdes traînant d’énormes valises à roulettes, ployant sous de lourds sacs à dos ou suivant des guides brandissant des parapluies ; une Firenze où l’on découvre des échoppes, des « sali e tabacchi », des petits cafés aux terrasses ombragées où l’on sert l’espresso, le cappuccino ou le machiatto, de modestes trattorie où sont confectionnées des spécialités culinaires traditionnelles, des marchés où l’on vend de tout ; une Firenze où l’on peut jouir d’un art de vivre original et convivial à des prix plus abordables.
Il existe aussi une Firenze où l’on peut découvrir le travail d’un artisan d’art et, pourquoi pas, acquérir, sans pour autant disposer du budget d’un émir ou d’une star, un objet qui ne relève ni du Made in China que l’on trouve dans les innombrables commerces de souvenirs, ni du luxe de la via Tornabuoni. Firenze reste en effet une cité où est perpétué un artisanat d’art ; celui-ci étant nourri par des savoir faire et souvent des outils transmis de père en fils, ainsi que par une tradition des matières, de l’iconographie, des lignes et des formes qui laisse cependant ses chances à la créativité. Cette Firenze est donc celle de la maroquinerie, de la joaillerie, du travail de la laine, de la soie ou de la pierre (marbre, quartz, onyx...), de la parfumerie, de la restauration d’objets précieux, de la dorure, de la poterie, de la verrerie, de l’ébénisterie, de la ferronnerie, de la fabrication à l’ancienne de papiers enrichis de dorures, d’enluminures, de marbrures et/ou de gravures...
Mais aujourd’hui, au sein des quartiers anciens qui entourent les sites les plus visités (Ponte Vecchio, Piazza della Signoria, Palazzo Vecchio, Palazzo Pitti, Giardino di Boboli…), l’art de vivre et l’artisanat d’art traditionnels florentins sont menacés par le tourisme du low cost, du Airbnb et du fast-food.


Nécessité et urgence d’agir


Cette menace est bien connue. Depuis plusieurs années, des voix demandent qu’un coup d’arrêt soit donné à la massification de la fréquentation touristique qui ronge Firenze. Il y a quelques semaines, Cecilie Hollberg, la directrice de la prestigieuse Galleria dell’Accademia qui abrite le plus grand nombre de sculptures de Michel-Ange au monde, dont le célèbre David, a mis en exergue l’urgence de mettre fin à une marchandisation suscitée par le tourisme de masse faisant de Firenze une prostituée : « Una volta che la città è diventata meretrice, sarà difficile farla tornare vergine. Se non si mette adesso un freno assoluto, non vedo più speranza. Firenze è molto bella e vorrei tornasse ai cittadini e non fosse schiacciata dal turismo ». Ces propos ont été jugés outranciers et polémique, notamment par la municipalité florentine ainsi que par le ministre italien de la Culture. Il n’en reste pas moins que les chiffres accréditent la nécessité et l’urgence d’agir. La fréquentation touristique va toujours croissant (ainsi, malgré des semaines de chaleur caniculaire, 1,5 million de touristes se sont pressés à Firenze durant l’été dernier, soit + 6,6 % par rapport à l’été précédent).
Dans les quartiers anciens, des échoppes et des ateliers sont convertis en « fast-food » et des appartements résidentiels sont voués à la location touristique (le nombre d’appartements proposé par Airbnb est passé de 6000 il y a quelques années à 15 000 l’an passé). La raréfaction des appartements destinés à la location résidentielle a fait bondir le montant des loyers (en moyenne + 42 % entre 2016 et 2023). Conséquence de tout cela : Firenze se vide de ses commerçants, de ses artisans et de ses habitants.
La prise de conscience de cette évolution qui ronge le cœur de Firenze conduit la municipalité à réagir : campagne de communication pour inciter les touristes à visiter les alentours de la cité et à y séjourner, interdiction de nouvelles locations de vacances privées à court terme dans le centre historique, allègements fiscaux pour les propriétaires revenant à la location résidentielle. Mais rien n’est gagné.
Pour preuve, ces jours derniers, à quelques pas du Ponte Vecchio, des artisans d’art et des commerçants sont menacés d’expulsion.


Alexandra Sereni
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