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La justice est aveugle

Simple faits divers ou secrets d'Etat ?

Simple fait divers ou secrets d’État ?



Pourquoi et comment un fait divers, une très violente altercation survenue à Porto Vecchio entre deux membres de deux familles de notables semble soudain cacher des affinités électorales mystérieuses entre l’une des parties et l’un des cercles rapprochés de la Macronie ?

Des faits et plusieurs interprétations


Sur les faits eux-mêmes, tout a été dit et écrit d’autant que le dossier d’instruction circule depuis des mois dans les médias locaux et nationaux. Les articles les plus objectifs ont été écrits par Jeanne Colonna dans Corse Matin et Jean-Michel Décugis dans le Parisien. Ceux du Monde et de l’Obs ont également livré la quasi-totalité des secrets de l’instruction. Tout a été écrit dans la presse sur la violence avec laquelle Guillaume Marcellesi a été roué de coups par Antoine Bornea et sur la teneur ordurière des propos tenus précédemment par Guillaume Marcellesi sur la famille de Bornea, contenant des menaces de mort, de viol et des insultes homophobes, propos enregistrés et diffusés dans la Corse entière. Marcellesi père et fils ont affirmé qu'ils étaient victimes d'une tentative d'extorsion et que ce qu'ils désignent comme une tentative d'assassinat en serait la conséquence directe. La synthèse du juge Métivier écrite d'après les conclusions de l'enquête dans l’ordonnance de mise en liberté du mois de décembre, exprime des doutes sérieux quant à cette version . Le magistrat instructeur note les variations du témoignage de la victime mais aussi les prétentions de son père à empêcher la mise en liberté des accusés en jouant de ses influences jusqu’au plus haut niveau de l’État. Trente-trois auditions ont été actées, au cours desquelles, selon le rapport judiciaire, la plupart des affidés de Marcellesi ont infirmé les dires de Marcellesi père et fils. Les six mois d'enquête n'ont pas convaincu le juge que l’agression avait été préméditée, que les faits de tentative d’extorsion étaient démontrés. Selon l’Obs, c’est par une lettre de l’avocate des parties civiles que le parquet avait été mis sur la piste de cette supposée affaire de grand banditisme, hypothèse donc infirmée par l’enquête. Autre question légitime posée par la presse : si Jean Noël Marcellesi avait été visé pourquoi s’en prendre au fils devant quinze témoins et sous des caméras de surveillance ?

Un juge impartial et méticuleux


Le juge Métivier, jusqu’alors qualifié d’impartial, de méticuleux et d’intègre, a été dessaisi du dossier « pour suspicion légitime » après plusieurs demandes de la partie civile. Il lui était reproché d’avoir ordonné à plusieurs reprises la mise en liberté sous contrôle judiciaire du prévenu Antoine Bornea après déclassement de la mise en examen de « tentative d’assassinat en bande organisée » en « coups et blessures volontaires » ainsi que d’avoir mal traité les parties civiles. Pour le juge Métivier, au su du contenu des écoutes téléphoniques qu’il avait ordonnées, Guillaume Marcellesi et son père Jean-Noël auraient inventé le chantage à l’immobilier en y glissant le nom de Paul Canarelli, beau-frère d’Antoine Bornea, pour donner du poids à leurs affirmations. Le juge précisait que Jean Noël Marcellesi, mis sur écoute, s’était vanté d’appuis haut placés pouvant intervenir en sa faveur notamment par le truchement de M. Levy-Waitz un proche de certains cercles gouvernementaux. D’après l’instruction, ce dernier affirmait pouvoir communiquer le dossier en main propre à Gérald D. ministre. C’est d’ailleurs, chronologiquement après ces remarques du juge Métivier, écrites dans son ultime ordonnance de mise en liberté, que le dessaisissement du juge a été décidé le 17 janvier par Hélène Davo, présidente de la Cour d’appel de Bastia contre l’avis du procureur — pourtant en opposition avec le juge — précisant « qu’il ne fallait pas donner la possibilité à la partie civile de choisir son juge ».

Une décision très rare mais légale


Hélène Davo a été conseillère d’Emmanuel Macron de décembre 2019 jusqu’en 2022, date à laquelle elle a été nommée première présidente de la Cour d’Appel de Bastia.

Son installation en Corse avait alors provoqué des remous au sein de la magistrature parce qu’elle avait été choisie par le CSM alors qu’elle se trouvait bonne dernière sur une liste de onze postulants. Dans le dossier Marcellesi-Bornea, les implications politiques sont plus que suggérées par l’ultime rapport du juge Métivier sans pour autant pouvoir affirmer que cela a joué dans la décision d’Hélène Davo. On peut simplement noter que celle-ci intervient alors dans son ordonnance de mise en liberté du mois de décembre, la dernière en date, le juge Métivier notait qu’« il ressort notamment des interceptions téléphoniques jointes à la procédure que de manière artificielle M. Jean-Noël Marcellesi a créé bon nombre de turbulences périphériques allant jusquà mettre en cause dans ses conversations avec des tiers, non seulement l’intégrité de plusieurs magistrats du ressort de la cour d’Appel de Bastia, en ce compris le Parquet général dont il se vantait d’avoir l’écoute attentive, mais aussi d’évoquer de nombreux soutiens dont il bénéficiait à divers hauts niveaux de l’État » soulignant ensuite le rôle des fuites en direction de la presse : « Il a par ailleurs pu bénéficier d’article de presse à partir d’éléments du dossier d’instruction et des conclusions du parquet communiqués avant l’audience de la Chambre de l’Instruction dans l’espoir de donner écho à ses allégations sur les faits d’extorsion en bande organisée. »Il précisait : « Nonobstant l’intervention parfaitement claire et particulièrement pertinente du Parquet général à l’audience de la Chambre de l’Instruction concernant l’instrumentalisation de la procédure auprès des médias, force est de constater que cet avertissement restait vain puisqu’une nouvelle intervention dans le journal L’Obs, faisait état du dossier d’instruction.
Ce dernier article se référant à un échange téléphonique entre M. Jean-Noël Marcellesi et un dénommé Patrick, viendra préciser avec certitude qu’il s’agissait de M. Patrick Lévy-Weiss [en fait Lévy-Waitz]. Or, seul Jean-Noël Marcellesi pouvait être aussi affirmatif sur ce point. »Cette remarque faisait écho à une protestation de l’avocat général qui, lors du débat sur la validité des écoutes téléphoniques, s'indignait selon Jeanne Colonna de Corse Matin : « Lors de la précédente audience devant cette juridiction, un article de presse est paru dans Le Monde avant l’entame des débats dans lequel mon réquisitoire de l’époque était cité ». Le juge d’instruction avait alors déposé un signalement, via l’article 40 qui permet d’enquêter sur l’origine de la fuite. En vain. Cependant, le refus de la justice d’annuler les écoutes téléphoniques désastreuses pour la partie civile mais qui fondaient la conviction du juge Métivier, a indubitablement été un désaveu pour Hélène Davo.

Un personnage brillant, charmeur, mais controversé

Jean Noël Marcellesi est un homme qui compte dans l’extrême-sud insulaire et qui possède visiblement un entregent impressionnant favorisé par son incontestable succès professionnel. Ceux qui l’ont côtoyé mettent en avant son intelligence, son charme, mais aussi sa rouerie. Il est spécialisé dans l’immobilier de luxe, possède plusieurs hôtels de luxe, la prestigieuse Agence du Golfe etc.
L’Obs, le Parisien et Corse-Matin rappelaient également qu’il avait été mis en examen pour escroquerie et blanchiment en mai 2014 sur plainte d’un oligarque russe, Vitaly Malkin, qui avait payé une vingtaine de millions d’euros pour un terrain situé entre Bonifacio et Porto Vecchio vendu comme constructible alors qu’il ne pouvait l’être. En dix ans, l’enquête internationale menée par la JIRS n’a jamais abouti et se trouve aujourd’hui au point mort. Elle a cependant permis de démontrer selon L’Obs, que 8 millions d’euros avaient atterri dans les poches de Jean Noël Marcellesi, récupérés en espèces selon son avocate Me Durand-Poincloux dans une banque de Saint Marin appartenant à Vitaly Makin. Ils auraient ensuite été investis dans le magnifique hôtel Casadelmar.

Parvenir à une solution équilibrée


En attendant que le nouveau juge d’instruction statut sur la suite à donner au dossier, Antoine Bornea attaque son quinzième mois d'incarcération sans visibilité sur l'avenir de son dossier. Mais ne doutons pas que la justice du pays des Droits de l’Homme va parvenir à un règlement équilibré d’une affaire à la fois clochemerlesque et profondément tragique qui, paraît-il, commence à sérieusement agacer l’entourage du président de la République. Le juge Métivier, quant à lui, aurait décidé de quitter la Corse, un pays où l’équité judiciaire semble décidément difficile à trouver.

Gjuvan Maria Colombani


Des propos injurieux et homophobes
Dans son ordonnance de mise en liberté, le juge Métivier regrettait que « la violence des propos tenus par M. Guillaume Marcellesi a été occultée par le ministère public comme les crachats de M. Guillaume Marcellesi sur une jeune femme ou la détention en son véhicule d’une arme le jour des faits comme il l’indiquait lors de la confrontation. » Il concluait « qu’il est même étonnant qu’aucune suite n’ait été donnée aux propos homophobes. »Voici un extrait des propos diffusés après enregistrement dans la Corse entière et qui seraient à l’origine de l'agression.
« Antony Bornea c’est le roi des salopes… Comme son enculé de fils. Son premier fils il a pris la meilleure décision. Il l’a fait gay. … son père, je lui dois cinquante mille euros, je vais lui mettre dans le cul à sa fiotte de père. … Je te le dis, Antony Bornea en tête à tête avec sa maladie de Crohn, il se chie dessus. Je l’encule quand il veut avec ses deux fils… Et les voyous répète le bien c’est son père qui fait des pipes à tous les voyous… Moi Antony Bornea, il m’a jamais fait pleurer. Et je vais pas pleurer devant lui. Ni devant son associé qui a la petite bite.  »
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