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Face aux intempéries : anticiper ou subir

L’aggravation des phénomènes extrêmes (fréquence plus élevée d’intenses précipitations, de vents violents, de vagues de submersion) est souvent liée au changement climatique. La manière d’urbaniser et l’évacuation de l’eau doivent être particulièrement pr

Face aux intempéries : anticiper ou subir


L’aggravation des phénomènes extrêmes (fréquence plus élevée d’intenses précipitations, de vents violents, de vagues de submersion) est souvent liée au changement climatique. La manière d’urbaniser et l’évacuation de l’eau doivent être particulièrement prises en compte pour limiter les dégâts.


Il y a quelques jours, la tempête Nils a touché la Corse. Des vigilances vagues-submersion, pluie-inondation, avalanches et orages ont été émises. De fortes pluies et des vents violents avec des rafales ayant dépassé les 180 km/h ont été enregistrés.
Les conséquences dommageables pour la vie quotidienne, l’activité économique et les équipements publics ont été nombreuses, notamment du fait d’annulations de vols et traversées, de la suspension de transports scolaires, de routes coupées par des chutes d’arbres ou de poteaux électriques.
Les pluies intenses de décembre dernier, dont certaines ont donné lieu à des cumuls records, ont occasionné des dommages conséquents au réseau routier du Cismonte (fermetures de routes partielles ou totales, temporaires ou durables, du fait de glissements ou d’effondrements de terrains fragilisés par les eaux). Les intempéries donnant lieu à des phénomènes extrêmes (intenses précipitations, vents violents, vagues de submersion) pouvant être dévastateurs, ne sont toutefois plus des événements inédits chez nous.
Le 28 août de l’an passé, l’ouest et le nord de notre île ont été soumis à un phénomène orageux accompagné de rafales de vent dont certaines ont atteint 159 km/h. Du 23 octobre au 26 octobre de l’an passé, la tempête de vent Benjamin a frappé le Cismonte. Des rafales ont été chronométrées à 168 km/h dans le Cap-Corse, 130 km/h en Balagne et 110 km/h sur le littoral. Du 2 au 5 novembre 2023, les vents et pluies des tempêtes Ciarán (100 km/h de vent dans les terres, 130 km/h sur les côtes, jusqu’à 180 mm de pluie sur les reliefs) puis Domingos ont causé des inondations, des coulées de boue et des vagues de submersion. À noter que la crue du Tavignanu provoquée par les deux tempêtes a emporté le pont de Baliri à Corti.
Le 8 août 2022, des orages très violents, des rafales de vent dont certaines ayant de plus de 220 km/h et des vagues submersion ont dévasté la région de Sagone.
Du 20 au 23 décembre 2019, la tempête Fabien a donné lieu à des vents très forts (rafales jusqu’à 206 km/h) et à des pluies diluviennes ayant causé des crues.
Du 28 au 30 octobre 2018, les vents violents (jusqu’à 180 km/h), les fortes pluies et les vagues de submersion de la tempête Adrian ont nécessité pour la première fois un avis de Vigilance rouge pour le Pumonte. Il convient de souligner que du fait des sinistres importants causés par la plupart de ces tempêtes, l’État a accepté les demandes de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle déposées par des dizaines de communes.

De pire en pire du fait du réchauffement climatique


Selon les experts, l’aggravation des phénomènes extrêmes découle beaucoup du changement climatique et, durant les années à venir, cela devrait aller de pire en pire. Très probablement, la planète et ses habitants vont donc subir des intempéries de plus en plus violentes et fréquentes et leurs conséquences dommageables.
Cette vision est notamment celle des experts du Réseau Action Climat (https://reseauactionclimat.org/). Ce réseau est fort de 27 associations nationales et 10 associations locales prenant en compte et étudiant les causes et les effets du changement climatique, de l’échelle locale à l’échelle internationale. Il a été créé en 1996 avec pour objet de « lutter contre le changement climatique et ses conséquences néfastes, et de favoriser la transition vers une société plus solidaire et équitable, plus économe en énergie et en ressources naturelles et préservant l’avenir des populations et des écosystèmes ». Il est le représentant français du Climate Action Network International, réseau mondial, qui regroupe aujourd’hui plus de 1900 ONG dans 130 pays, dont le but est « d’inciter les gouvernements et les citoyens à prendre des mesures pour limiter l’impact des activités humaines sur le climat ».

Un impact plus que significatif


Selon le Réseau Action Climat, en Corse, l’impact du changement climatique est plus que significatif. Une hausse des températures est observable dans toute l’île. Aujourd’hui, par rapport aux années 1970, cette hausse est de +1 °C sur la côte et +2 °C à partir de 500 mètres d’altitude, et se poursuivra selon un rythme de +0,36 °C par décennie. Conséquences de ce réchauffement : les précipitations tombent de plus en plus sous forme de pluie au détriment de la neige ; sur les sommets, la neige et la glace fondent plus vite ; les pluies sont moins bien réparties au cours de l’année, mais sont souvent plus intenses et tombent plus fréquemment dans le cadre d’épisodes de tempêtes dont la violence est accentuée par le réchauffement de la mer ; épisodes plus fréquents et aggravés d’inondations résultant de débordement des cours d’eau, de sols ne pouvant plus absorber les eaux de pluie, de vagues de submersion de plus en plus hautes et puissantes résultant de l’élévation du niveau de la mer et de vents de plus en plus violents ; littoraux soumis à l’érosion des rivages et à une submersion définitive des zones côtières basses ; et, bien entendu, dommages de plus en plus importants causées aux biens publics et privés.

Du pain sur la planche


« Maintenant que l’on connaît les causes et les conséquences, il faut les anticiper et s’adapter. La manière d’urbaniser et l’évacuation de l’eau doivent être particulièrement prises en compte pour limiter les dégâts » a un jour pertinemment fait remarquer le prévisionniste de Météo France Sébastien Léas qui, durant dix ans, et ce, jusqu’en octobre dernier, a présenté des bulletins météo sur Franceinfo. Selon une étude du CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), plutôt que subir, les collectivités territoriales corses ont commencé à anticiper. Cela ressort du rapport « Analyse des effets du changement climatique en Corse - Approche globale et indicateurs pertinents » rendu public en mars 2021 par cet établissement public à caractère administratif, sous tutelle du Ministère de la Transition écologique et des solidarités, qui accompagne les collectivités territoriales (apport de connaissances, de savoirs scientifiques et techniques, de solutions innovantes), notamment dans le traitement des problématiques liées à la transition énergétique et au climat (https://doc.cerema.fr)
On peut lire : « Les solutions apportées, telles que décrites dans ce rapport, sont la plupart déjà envisagées ou en mises en œuvre par les acteurs institutionnels. » Mais on peut lire aussi que beaucoup reste à faire : « Les collectivités devront gérer des situations très complexes, pouvant dépasser l’inimaginable. Les enjeux notamment en littoral sont colossaux […] En raison de l’insularité, et de la concentration des activités sur le littoral, les effets de la montée du niveau des mers pourraient être catastrophiques. Aussi, le littoral doit-il être la cible d’une démarche de planification exemplaire intégrant la gestion du trait de côte, la maîtrise de l’urbanisation, la résolution des effets de chaleur urbain, la relocalisation de certaines activités hors des zones qui seront en permanence inondées, des travaux importants de protection des ouvrages littoraux portuaires notamment ».

Quelques pistes d’action

Quelques pistes d’action (avec pour enjeux de préserver les vies humaines, de limiter le coût des sinistres, de protéger les territoires, les constructions et les activités économiques) : interdire ou limiter les constructions en zones à risque ; imposer des normes de construction adaptées ; favoriser la densification sur des zones hautes plutôt que l’étalement urbain sur les littoraux ; développer des infrastructures (bassins de rétention des eaux, digues...) ; végétalisation des villes et réimperméabilisation de leurs sols ; restauration ou protection des zones humides et des dunes littorales ; nettoyage et renaturation des cours d’eau. Pain sur la planche et urgence pour les élus.

Alexandra Sereni
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