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Paisaghji Mediterranii au musée de Bastia

Exposition du Centre méditerranéen de la photographe, jusqu’au 11 mars

Paisaghji Mediterranii au musée de Bastia
Exposition du Centre méditerranéen de la photographe, jusqu’au 11 mars



Pour la fête des 200 ans de la photographie, le CMP (Centre méditerranéen de la photographie) propose une fort belle exposition au musée de Bastia. Dominant le Vieux Port et la mer, l’endroit offre un point de vue fabuleux qui met parfaitement en valeur les œuvres présentées. Blanche de fureur ou d’un beau « turquine » de calme plat la vague emporte l’imaginaire avant de se concrétiser dans le réel, l’espace d’un fragment de temps.

Un parcours lumineux
Première étape de la balade : « Paysage, Voyage ». On découvre à l’entrée des caravanes photographiées dont on ne sait si elles invitent à les suivre ou si elles barrent la route alors qu’un phare de moto planqué dans un arbuste indique brusquement une voie. Mais, cette voie peut-on la deviner ou l’oublier complètement ? Le circuit se poursuit dans une salle bien plus vaste qui ouvre sur les embruns avec un lumineux portrait de jeune femme, œuvre de Lola Reboud, qui nous vaut ensuite une incursion à cheval dans une forêt neigeuse puis devant une cabane où l’on doit ranger pêle-mêle des affaires. Autre temporalité autre mode de vie : le Cap corse d’hier se révèle timidement du côté de Centuri.
On ose un ou deux pas plus avant pour admirer des photographies de Joan Fontcuberta et ce sont des mystères qui s’emparent de nous en des bois de brume grise réminiscence de mazzeri…
Soleil printanier, fillette sautillant dans l’herbe. Plongées dans des feuillages cachant des abris sous roche des petites filles s’amusent, font des rondes, heureuses et drôles, surtout quand elles arborent des costumes qui peuvent connoter la Belle Époque. L’artiste, Dominique Degli Esposti a transposé « Alice au pays des merveilles » dans le Ghjunsani et l’a invité sur une vidéo rythmée de tableaux qu’il nomme : « théâtre immobile ».

Une plongée dans l’histoire

L’exposition nous emporte ensuite dans l’histoire et voilà Aleria décliné, par le photographe Niedermayr, en deux mouvements, celui d’avant, celui de l’Antiquité atténué par une étrange douceur, celui d’aujourd’hui, celui de nos contemporains à la résonance plus dure dans sa netteté stricte… Vient le couvent de Castifau perclus d’années d’abandon avec ses croix et ses tombes plantées à la va-comme-j’t-pousse. La caméra de Stéphane Dury est sévère !
Plus loin dans une pièce en balcon sur la plaine marine des anciens Grecs, Beyrouth massacrée par la guerre sous l’objectif de Claude Philip, en 1993. Des ruines ajoutées aux ruines et des gamins, des gamines fleurs de bitume, qui sont ici graines de parpaing. Le paysage dans son malheur est terrible si n’était ces bouts de choux qui s’acharnent à être. A vivre. Sans préjuger de l’avenir !
Michèle Acquaviva-Pache

Les photographies sont des œuvres de :
Mathieu Micheli : le Cap Corse 1915 – 1920.
Dominique Degli Esposti : « Alice in Ghjunsani », vidéo.
Lola Reboud : la jeune fille, le bois enneigé, la cabane.
Roberto Battistini : cimetière de goumiers, la baie de Chiuni.
Claude Philip : la guerre à Beyrouth.
L’affiche de l’exposition est signée Albano Silva Pereira


ENTRETIEN AVEC VALÉRIE ROUYER, responsable des expositions au CMP et chargé de mission pédagogique.


Vous dédiez une séquence de l’expo à « Paysage, Histoire ». L’un va-t-il sans l’autre ?
« Paysage et Histoire » sont totalement liés. Les œuvres photographiques de Stéphane Duroy à Castifau, de Mathieu Pernot à la Citadelle d’Ajaccio, de Roberto Battistini au cimetière musulman de Saint Florent où sont enterrés les goumiers qui ont beaucoup aidé à la libération de Bastia et à la baie de Chiuni, lieu de débarquement du sous-marin Casablanca en témoignent.

Qu’est-ce qui rend si exceptionnelles les photographies de Claude Philip, en 1993, dans Beyrouth en ruines ?
Je dirais leur côté humain. Ces œuvres sont autant de portraits de la ville. On y voit de nombreux gamins dans les ruines. Certains jouent, d’autres ont l’air de se reposer, d’autres encore se transforment en petits vendeurs de petits riens ou de fleurs. Parfois on peut entrevoir un enfant entre deux étages d’un immeuble bombardé, qui semble revenir de commissions. Beyrouth est éventrée à mort, mais l’artiste a réussi à capter ce qui lui reste de vie !

Dans quelles circonstances la vidéo de Dominique Degli Esposti a-t-elle été tournée en Balagne ?
C’est au cours d’un travail avec des élèves d’Olmi Cappella, de Monticello, d’île Rousse en partenariat avec l’Aria que Dominique Degli Esposri a réalisé cette vidéo qu’il appelait du « théâtre immobile ». La thématique en étant « Alice au pays des merveilles » les images sont pleines de fantaisie alternant avec des instants plus mystérieux joués par les petites filles.

Le Centre méditerranéen de la Photographie » a été créé en 1990 par Marcel Fortini. Comment s’est constituée la collection ?
La collection regroupe actuellement 3000 œuvres. Elle s’est enrichie à partir de commandes, de dons, d’achats. Elle réunit des portraits, des paysages, des reportages.

De quelle manière cette collection a-t-elle évolué ?
Nous venons, par exemple, de recevoir un don important de Claude Philip. C’est un passionné de photographies qui s’intéresse beaucoup à la vie sociale. Nos commandes peuvent avoir des thèmes très différents. Jane Eveyn Atwood a photographié à travers les vitres du train ce qu’elle voyait. Elina Brotherus a mis en scène des autoportraits d’elle dans la nature. Lola Reboul, par son personnage de jeune femme en gros plan, donne à la jeunesse la place qui lui revient.

Quelles œuvres sont à découvrir pour la première fois grâce à cette exposition ?
Les moments de vie au Cap corse au début du XXe siècle. Ainsi un mariage à Centuri et un véhicule qui est peut-être un ancêtre du bus ! Les tirages de ces photographies sont modernes, mais ils ont été réalisés à partir de négatifs anciens. On peut admirer également une photographie plutôt inhabituelle de Bonaparte entouré de ses quatre frères sur la place du Diamant. C’est un travail de Miguel Aleo.

Ouvrir l’exposition par « Paysage, Voyage », c’est une évidence ?
Tout à fait. L’artiste Paulo Nozolino a même travaillé avec des gens du voyage d’où des vues de caravanes…

L’exposition propose aussi des démarches antinomiques ?
Les trois œuvres de Maddalena Rodriguez-Antoniotti reflètent l’intemporalité agraire d’espaces préservés de Haute Balagne, de Chypre, de Crète alors que Salvatore Ligios révèle un endroit de Sardaigne modifié par un site industriel.

Quels enseignements tirer de la séquence « Paysages en ruines » ?
On peut y voir une fin et en même temps un renouveau possible… Cela dépend de la manière dont on considère la vie… Une fin et quelque chose qui va ressurgir. La nature ne reprend-t-elle pas toujours le dessus ?

Il y a une étonnante vue de la Scala di Santa Regina de nuit, qui n’est illuminée que par les phares d’une voiture. Quand et comment a-t-elle été réalisée ?
L’artiste, Serge Picard, animait un atelier avec des élèves. Ils ont tout simplement axé leur travail sur la lumière.

Une œuvre photographique est-elle indissociable de l’artiste qui l’a créée ?
Absolument indissociable… L’artiste est intrinsèquement lié à son œuvre. Il n’y a pas interchangeabilité… Une photographie part toujours d’une démarche propre à son auteur !

Le CMP est-il tourné exclusivement sur la Corse et la Méditerranée ?
Corse et Méditerranée sont d’abord dans nos préoccupations. Mais nous ne nous interdisons pas le reste du monde !...

Quel est votre principal partenaire pour conduire vos actions ?
Le Centre méditerranéen de la Photographie comme centre d’art est conventionné par la Collectivité de Corse. Sans lieu d’exposition propre, nous avons tissé un partenariat avec le musée de Bastia c’est pourquoi nous exposons « Paisaghji Mediterranii » en son lieu. Par ailleurs le Centre poursuit ses missions d’éducation à l’image pour les jeunes et les adultes.
M.A-P

* Du mardi au samedi de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h.
* Entrée libre.
* Des visites gratuites sont possibles. Pour les scolaires et les enseignants contacter Valérie Rouyer : 09 77 74 23 65.
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