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La santé en Corse : un climat de tension devenu chronique

La grève engagée par les urgentistes du centre hospitalier d’Ajaccio ....

La santé en Corse : un climat de tension devenu chronique



La grève engagée par les urgentistes du centre hospitalier d’Ajaccio s’inscrit dans un climat de tension devenu structurel au sein du système de santé corse.


Déclenché pour dénoncer la saturation persistante du service, le manque d’effectifs et une organisation jugée inadaptée, le mouvement met en lumière une situation connue depuis plusieurs années mais jamais traitée en profondeur. À travers cette mobilisation, médecins et personnels paramédicaux entendent alerter sur les risques que fait peser cette dégradation continue sur la qualité et la sécurité des prises en charge. Au-delà d’un conflit localisé, la grève révèle les fragilités d’un hôpital insulaire confronté à une pression croissante et à des moyens jugés insuffisants.

Une crise hospitalière qui s’installe

Depuis plusieurs années, la Corse traverse une crise hospitalière révélatrice d’un décalage croissant entre les besoins de la population et les capacités réelles des établissements. En 2025, la tension a franchi un seuil critique, avec des services saturés, des fermetures ponctuelles de lits et une mobilisation inédite des urgentistes à Ajaccio.
La situation des urgences constitue l’indicateur le plus visible de cette crise. Dans les centres hospitaliers d’Ajaccio et de Bastia, les passages ont augmenté d’environ 12 % entre 2024 et 2025. Les délais d’attente se sont allongés, certains patients restant de longues heures sur des brancards faute de lits disponibles en aval. Cette hausse ne relève pas uniquement de l’évolution démographique : elle traduit aussi l’insuffisance de la médecine de ville et la difficulté d’obtenir rapidement un rendez-vous spécialisé. Faute d’alternative, les urgences deviennent la porte d’entrée quasi systématique du système de soins.

L’automne 2025, point de rupture à Ajaccio

À l’automne 2025, la situation a culminé avec la grève des urgentistes du centre hospitalier d’Ajaccio. Les médecins ont dénoncé des effectifs insuffisants, une organisation devenue ingérable et un recours massif aux intérimaires pour pallier les absences. Pendant plusieurs jours, le service a fonctionné en mode dégradé, avec régulation renforcée et réorientation de certains patients vers d’autres structures. Les grévistes réclamaient des embauches pérennes, une sécurisation des plannings et une révision de l’organisation interne afin de mettre fin à une logique d’urgence permanente. Le mouvement a mis en évidence l’épuisement des équipes, confrontées à une pression continue dans un contexte d’isolement insulaire.

La pénurie de spécialistes, facteur aggravant

Au-delà des urgences, la pénurie de médecins spécialistes demeure un élément central de la crise. Cardiologie, anesthésie, radiologie ou gynécologie figurent parmi les disciplines les plus en tension. Des postes restent vacants plusieurs mois, parfois plus d’un an. Les départs à la retraite ne sont pas compensés, et l’attractivité des hôpitaux corses demeure limitée par l’insularité, le coût du logement et la charge de travail. Cette situation entraîne des fermetures temporaires de lits et des reports d’interventions programmées.

Des infrastructures vieillissantes

Certaines infrastructures hospitalières anciennes sont peu adaptées aux exigences actuelles en matière de flux, de sécurité ou de confort. Les projets de modernisation progressent lentement, freinés par des contraintes budgétaires et administratives. L’offre de soins se trouve ainsi en décalage avec l’évolution des besoins, notamment face au vieillissement de la population et à l’augmentation des pathologies chroniques.

Des réponses jugées partielles

Face à cette situation, l’Agence régionale de santé et les pouvoirs publics ont annoncé des mesures d’attractivité : revalorisations ciblées, aides à l’installation, développement de postes contractuels. Une réflexion est engagée sur une meilleure articulation entre hôpital et médecine de proximité afin de limiter l’engorgement des urgences. Toutefois, ces réponses sont jugées insuffisantes par les professionnels, qui appellent à une stratégie globale et durable.

Un enjeu structurel pour l’accès aux soins

La crise hospitalière en Corse dépasse la seule question budgétaire. Elle interroge l’organisation territoriale des soins, la capacité à fidéliser les praticiens et la cohérence d’un système insulaire soumis à des contraintes spécifiques. Sans réforme structurelle et vision à long terme, le risque est celui d’une dégradation continue des conditions de travail et d’un accès aux soins de plus en plus inégal pour la population insulaire.

GXC
illustrations : D.R
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