• Le doyen de la presse Européenne

Apprendre à dire oui ou non

Depuis #MeToo, le consentement est devenu un sujet majeur dans la société.

Apprendre à dire oui ou non



Depuis #MeToo, le consentement est devenu un sujet majeur dans la société. Malgré la sensibilisation, 38 % des jeunes Français pensent qu’un « non » peut être négocié lors d’une relation intime. La compréhension du consentement apparaît comme un apprentissage progressif, plus qu’une norme qui s’imposerait d’emblée.


Cadre juridique

En droit français, le consentement sexuel est encadré par plusieurs textes du Code pénal. La loi n° 2025-1057 du 6 novembre 2025 intègre explicitement la notion de consentement dans la définition des agressions sexuelles et du viol. Elle dispose qu’un acte sexuel doit être précédé d’un consentement « libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable » et que ce consentement « ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime ». La loi précise également qu’« il n’y a pas de consentement si l’acte à caractère sexuel est commis avec violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature ». La réforme de 2025 fait de la France l’un des pays européens qui intègrent explicitement la notion de consentement dans la définition des infractions sexuelles, dans la lignée de la Convention d’Istanbul. Les débats actuels portent encore sur la charge de la preuve, la prise en compte des situations d’emprise et la nécessité de mieux faire connaître ces règles au grand public.

Après #MeToo

La libération de la parole a rendu visibles des violences longtemps tues. Depuis 2017, la dénonciation des violences sexuelles a augmenté en France. Selon le ministère de l’Intérieur, 244 000 victimes de violences sexuelles ont été enregistrées en 2023, soit +7 % en un an. Pourtant, la discussion reste complexe. Chez les jeunes, la notion de consentement est comprise, mais souvent associée uniquement au refus explicite. Dans une enquête IFOP de 2022, 81 % des 18-24 ans déclarent connaître la définition du consentement, mais 41 % disent avoir déjà été « incertains » dans une situation relationnelle. Selon l’INED, 57 % des femmes déclarent avoir déjà accepté une relation sans réel désir pour éviter un conflit. Sur le terrain éducatif, les intervenants constatent une fatigue face aux injonctions morales. Les adolescents demandent des repères concrets, pas des slogans. Le débat progresse par échanges successifs, plus que par adhésion immédiate. Dans beaucoup de familles, la sexualité reste peu discutée. L’enquête Santé publique France « Baromètre santé 2021 » montre que seuls 34 % des parents parlent régulièrement de sexualité avec leurs enfants adolescents. Les freins sont culturels et générationnels. La séduction est souvent envisagée comme implicite : gestes, regards, réputation sociale. Les normes de genre pèsent encore. Certains parents craignent d’encourager la sexualité en parlant de consentement. D’autres invoquent la pudeur ou la religion.

Au‑delà du droit, l’éducation

Le consentement ne concerne plus seulement la rencontre physique. Selon l’ARCOM, 21 % des 12-17 ans ont déjà reçu une image intime non sollicitée. Le partage d’images privées, le sexting ou les deepfakes sexuels créent des situations inédites. La CNIL rappelle que diffuser une image intime sans accord constitue un délit puni de 2 ans d’emprisonnement et 60 000 € d’amende. Les éducateurs constatent que les adolescents comprennent la règle juridique, mais pas toujours la dimension relationnelle : pression implicite, insistance répétée, humour ambigu. Les interventions privilégient désormais la discussion sur l’intention et le ressenti plutôt que la seule interdiction. En Corse, en juin, la Semaine de la santé sexuelle rassemble chaque année ARS, associations et structures jeunesse autour de stands, ateliers et forums sur le consentement. Des séances sont organisées dans les lycées, sur l’égalité filles-garçons et le respect des limites de chacun. L’association Corse stratégie santé sexuelle (C3S) propose, entre autres, des espaces de parole pour les victimes et des actions de prévention à destination des jeunes. Ces interventions privilégient les outils ludiques, les échanges en petit groupe et les scénarios du quotidien plutôt que les messages culpabilisants. Elles visent à construire une culture commune du respect, en impliquant élèves, équipes éducatives et professionnels de santé. Le consentement devient alors une compétence relationnelle. Pas seulement une règle juridique, mais une manière de se comprendre.

Maria Mariana 

Crédits photographiques
- 11512_2026-02-20_Portrait femme panneau sensibilisation.jpg : © freepik

-
Partager :