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Les déchets restent un défi

Championne du déchet

Les déchets restent un défi


Le 18 mars, la Journée mondiale du recyclage appelle à une réflexion sur la gestion des déchets. En Corse, où les déchets sont souvent au cœur des débats, la question du zéro déchet prend tout son sens, mêlant contraintes insulaires, initiatives locales et défis politiques. Tout pour réduire la pression sur un système saturé.

Championne du déchet

Selon l’Observatoire des déchets ménagers de Corse (ODEM Corsica), en 2024, chaque habitant permanent de l’île a produit en moyenne 632 kg de déchets ménagers, soit 219 700 tonnes au total. Ce volume reste supérieur de 16 % à la moyenne nationale, estimée à 547 kg par habitant. Le un taux de collecte sélective était de 24,2 % en 2022, contre 52,7 % en France métropolitaine. L’insularité renchérit les coûts de transport, limite les capacités d’enfouissement et rend le territoire dépendant d’emballages importés, ce que pointe aussi la Chambre régionale des comptes. Des défis pour le Plan territorial de Prévention et de Gestion des Déchets, adopté en juillet 2024, par l’Assemblée de Corse. Ce document fixe plusieurs objectifs : réduire la production de déchets, développer le tri et renforcer la valorisation. Dans les faits, les résultats restent contrastés. Le taux de tri demeure inférieur à la moyenne nationale, autour de 30 % selon les estimations publiques, alors que l’objectif européen dépasse 55 % de recyclage des déchets municipaux d’ici 2025. Plusieurs programmes « zéro gaspillage zéro déchet » ont été lancés ces dernières années. Mais les associations environnementales pointent un manque d’infrastructures et des blocages politiques persistants. La dispersion de la population et la forte saisonnalité touristique compliquent également l’organisation de la collecte et du tri.

L’autre surtourisme

Le tourisme amplifie nettement la production de déchets sur l’île. En haute saison, la population peut quasiment doubler pour atteindre près de 700 000 personnes, ce qui fait bondir les tonnages de déchets ménagers et assimilés. Dans plusieurs territoires, la quantité de déchets collectés peut augmenter de 30 à 40 % pendant la saison estivale. En août, plus de 27 000 tonnes sont collectées en un seul mois, contre moins de 17 000 tonnes en hiver. Dans certaines intercommunalités littorales, comme le Sud-Corse ou la Balagne, les ratios dépassent 1 000 kg par habitant et par an lorsque l’on rapporte les volumes aux seuls résidents permanents. Les collectivités cherchent encore comment faire des visiteurs des acteurs du zéro déchet, entre campagnes de sensibilisation, consigne ponctuelle et amélioration du tri dans les hébergements touristiques. Face à ces contraintes, plusieurs communes, associations et entreprises expérimentent des solutions de réduction à la source, comme le vrac, le compostage collectif ou la consigne sur certains contenants.

Filière invisible

Derrière les bennes de tri, une filière discrète structure la gestion des déchets. Le SYVADEC, syndicat public chargé du traitement, coordonne une grande partie du dispositif. L’île dispose aujourd’hui d’environ 21 filières de recyclage, allant du verre aux équipements électriques, ainsi que des recycleries et des écopoints pour orienter les flux. Une partie des matériaux triés est envoyée vers des centres de traitement situés sur le continent, faute d’installations locales suffisantes. Ce modèle entraîne des coûts de transport élevés et une dépendance à des installations extérieures. La filière génère des emplois locaux dans le tri, la logistique et la préparation au recyclage, mais reste peu visible pour le grand public. Une réduction réelle à la source allégerait la pression sur ces équipements et limiterait les besoins en enfouissement et en export. Sur le terrain, des initiatives citoyennes se multiplient pour réduire les déchets du quotidien. Des associations comme Zeru Frazu ou Corsica Clean Nature organisent des opérations de nettoyage, promeuvent le tri à la source et accompagnent des projets de compostage partagé. Dans plusieurs villages, des ressourceries, des marchés limitant les emballages jetables ou des ateliers de réparation voient le jour. Ces pratiques s’inscrivent dans des dynamiques communautaires fortes, où les habitants mutualisent les moyens et les savoir-faire. Elles complètent les politiques publiques en donnant un visage local au zéro déchet, entre sensibilisation, sobriété et économie circulaire de proximité.

Maria Mariana

Crédits photographiques
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