Bianca Fazi : « Gilles Simeoni reste, à mon sens, le meilleur des présidents de collectivité que la Corse ait connus. »
LA PREMIÈRE PRÉSIDENTE DE L 'EXÉCUTIF DE LA COLLECTIVITE DE CORSE
Bianca Fazi : « Gilles Simeoni reste, à mon sens, le meilleur des présidents de collectivité que la Corse ait connus. »
Nommée sans surprise par intérim le 21 avril dernier à la tête du Conseil Exécutif de Corse, Bianca Fazi achève cette nouvelle situation ce lundi. Femme de conviction, très impliquée dans le domaine social, médico-social et de la santé, elle analyse le rôle qui lui a été confié et porte en même temps, un regard sur l’actuelle mandature, à moins de deux ans des prochaines élections territoriales.
–Vous avez été nommée Présidente du Conseil Exécutif de Corse par intérim, lors de la dernière session de l’Assemblée. Comment avez-vous accueilli cette nomination ?
Mon sentiment est assez partagé. Je regrette, tout d’abord, que Gilles Simeoni ait quitté la Présidence. Non pas que je ne sois pas confiante en l’avenir, mais parce qu’il incarnait le Président. Cette nomination me fait, bien sûr, très plaisir bien que je ne sois guère très attachée aux titres et aux fonctions. Je préfère me consacrer à l’opérationnalité. Étant numéro deux derrière Gilles Simeoni, nous savions qu’il démissionnerait après son élection à la mairie de Bastia. J’assure donc un intérim, mais ce n’est pas vraiment une surprise.
Votre intérim s’achève ce lundi avec une nouvelle session de l’Assemblée de Corse qui va procéder à l’élection d’un nouveau Conseil Exécutif. Comment avez-vous vécu cette période de deux semaines ?
En guise de temps fort, la visite de Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la décentralisation, les 23 et 24 avril, le congrès des maires de Corse-du-Sud, la visite des eaux d’Orezza… Deux jours très intenses. Et, pour le reste, les affaires courantes en attendant cette nouvelle échéance du 4 mai. Ces réunions officielles ne m’ont guère empêché, pour autant, de poursuivre mon travail concernant les problématiques sociales ou de santé inhérentes à ma fonction de conseillère exécutive.
Un rôle nouveau, même s’il reste court dans le temps ?
Les différents rendez-vous et réunions évoqués ci-dessus sont, effectivement dévolus au président du Conseil Exécutif, mais on ne peut pas dire que je partais dans l’inconnu. J’ai été élue en 2018 et participé à de nombreux dossiers depuis cette période. C’est, certes, une nouvelle fonction, mais j’ai la connaissance des différents dossiers inhérents à cette responsabilité.
Que représente cette nomination, d’un point de vue politique ?
C’est important dans la mesure où, jusqu’à ces dernières années, peu de femmes étaient représentées au sein de l’Assemblée de Corse. Je vous rappelle, à cet effet, qu’aucune femme ne siégeait au sein de l’hémicycle quand mon père fut élu. C’est le signe d’un changement profond. Nous avons, lors de cette mandature, la première femme présidente de l’institution, de nombreuses élues au sein de l’hémicycle et, bien sûr, au Conseil Exécutif. Au niveau professionnel ou politique, les femmes démontrent tout leur sérieux. Elles occupent un rôle de plus en plus important. Ce marqueur ne pouvait qu’encourager des vocations et l’on peut s’en féliciter.
Quelle analyse, faites-vous, des dix années passées aux côtés de Gilles Simeoni ?
Comme l’a souligné la Présidente de l’Assemblée de Corse, l’heure du bilan définitif ne viendra que lors des prochaines élections territoriales. Pour autant les critiques pleuvent à l’égard de la majorité. On entend dire que nous n’avons pas fait grand-chose durant cette période. J’estime, au contraire, que c’est un bilan positif même si la conjoncture nationale (changements de gouvernement), internationale, actuelle (guerre en Iran) et passée (crise sanitaire, guerre en Ukraine) n’arrange guère les choses. N’oublions pas qu’en 2018, il y avait trois entités dont il a fallu gérer la fusion. Un énorme travail d’autant que les trois œuvraient de manière différente et que la Collectivité n’avait la compétence ni du volet social ni de la santé.
« On ne change pas un pays en 10 ans ! »
Quelques exemples ?
J’ai, pour ma part, à travers ces volets, le plus gros budget de la Collectivité de Corse. Un budget qui, en cinq ans, a augmenté de 30 %. On a porté, après bien des péripéties, l’un des projets phares de la mandature, celui d’un CHU de Corse. Entre-temps, on a changé sept fois de ministre de la Santé, mais nous avons, aujourd’hui, l’écoute de Paris ; notre dossier avance et depuis mars dernier un institut de recherches a été créé à l’Université de Corse. Par ailleurs, et toujours concernant mon domaine, nous avons financé une dizaine de maisons de santé, travaillé sur le projet « Una casa per tutti », sur des résidences en autonomie pour nos anciens… de nombreux rapports sont régulièrement passés dans ce sens au sein de l’Assemblée de Corse. Hormis le social et la santé, on a investi dans le routier, le numérique, diminué le prix du bord à bord dans l’aérien et bien d’autres dossiers. On aura beau critiquer Gilles Simeoni, il reste, à mon sens, le meilleur des présidents de collectivité que la Corse ait connu. Nous sommes aux responsabilités depuis une dizaine d’années, mais le retard accumulé en Corse et ce dans tous les domaines, est considérable. On ne change pas un pays en 10 ans !
On dit, de Gilles Simeoni, qu’il veut contrôler et gérer de manière personnelle. Qu’en dites-vous ?
Je ne ressens pas du tout cela au niveau de ma délégation. Je suis à ses côtés depuis 2018 et j’ai eu tout loisir de travailler. Il y a eu, certes, des réunions et, quel que soit le dossier, il est de la compétence du Président de l’Exécutif d’y participer et d’avoir un regard sur les différents volets. Ce n’est pas si facile d’être un leader. En 10 ans, beaucoup de choses ont été réalisées en Corse même si elles ne sont pas toutes visibles et je pense qu’ont les doit à Gilles Simeoni. Notre travail est tout de même l’aboutissement de 50 années de lutte.
Un nouveau Conseil Exécutif sera élu ce lundi 4 mai. Doit-on s’attendre à des changements ?
Je ne pense pas et Gilles Simeoni l’avait annoncé lors de la dernière session. À moins du souhait de l’un d’entre eux, les conseillers précédents vont être reconduits avec Gilles Giovannangeli à leur tête. Gilles Simeoni sera en charge du processus d’autonomie de l’intégration des CCI de Corse et de la langue corse.
Les tensions sont palpables, au sein de l’hémicycle, avec l’opposition nationaliste incarnée par le groupe Avanzemu. Une rupture définitive alors qu’à l’occasion des dernières élections municipales, un accord avait été trouvé avec Core in Fronte ?
Nous avons tendu la main à deux reprises. Va-t-on évoluer vers autre chose ? L’avenir nous le dira. En tout cas, les tensions ne sont jamais unilatérales. Elles sont souvent partagées. Il faudra peut-être se recadrer sur l’essentiel, à savoir l’avenir de la Corse ou alors affirmer quel projet de société nous voulons pour l’île. Et savoir, ensuite, s’il peut y avoir accord ou non.
Il y aura d’importantes échéances en 2027 et 2028 : élections présidentielles, législatives, sénatoriales et territoriales. Doit-on s’attendre à des changements politiques pour la Corse, concernant notamment le processus de révision constitutionnelle ?
Lors de sa visite la semaine dernière dans l’île, Françoise Gatel a confirmé que le calendrier serait respecté. Le récent déplacement de Gilles Simeoni dans la Capitale avait déjà été dans ce sens. Le projet de loi constitutionnelle sera examiné la semaine du 15 juin par l’Assemblée nationale, puis au Sénat, vraisemblablement autour du 14 juillet pour un passage, au plus tard à l’automne, devant le Congrès. Pour le reste, il devrait y avoir, effectivement, des changements, cela fait partie du jeu démocratique, mais il est encore trop tôt pour affirmer à quel niveau et dans quelle mesure
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Interview réalisée par Philippe Peraut
CRÉDIT PHOTO :P.A.F