Chemin de fer : rénovation et modernisation vont bon train
Vision stratégique d’avenir
Chemin de fer : rénovation et modernisation vont bon train
Le trafic a repris ces derniers jours sur le tronçon Casamozza-Ponte-Leccia du chemin de fer. Il avait été interrompu en novembre dernier dans le cadre de travaux de rénovation et de renforcement des ponts d’Albanu, Prunelli et Casamozza. Ces travaux relevaient d’un programme d’entretien et de modernisation des infrastructures du chemin de fer commandé par la Collectivité de Corse. Fin de travaux et occasion d’évoquer deux avancées majeures du programme.
Il est de bon ton et même de bonne guerre de rappeler l’épisode de la promesse de relier par le train, dans les 18 mois, Casamozza à I Fulelli. Cette communication prête encore à rire ou polémiquer. Mais elle a aussi pour conséquence, ce qui est injuste, de relativiser voire faire passer inaperçue une véritable action de rénovation et de modernisation du réseau ferroviaire qui ces dernières années — outre poursuivre le remplacement de rails traverses et ballast, ainsi que refaire une beauté aux gares et arrêts et les rendre plus fonctionnels — a porté sur la modernisation du système de gestion de la circulation des trains (équipement des gares en signalisation moderne automatisée, Commande centralisée de voie unique) et la rénovation de cinq ponts.
Un système performant de gestion de la circulation des trains
La réalisation de la CCVU (Commande centralisée de voie unique) n’est ni une mince affaire ni un investissement technologique sans lendemain. Elle représente un aménagement qui structure le réseau existant (création ou réaménagement de points de croisement ; adaptation des gares, haltes, quais et installations techniques ; système électronique d’Information voyageurs installé dans neuf gares permettant de donner aux usagers les horaires de départ et d’arrivée des trains, mais aussi des informations sur le trafic, l’offre de transports, des évènements culturels ou sportifs pour lesquels le Chemin de fer de Corse propose des offres de transport). Elle est un outil vital pour l’avenir et le développement du transport ferroviaire, car il est désormais doté d’un système moderne et performant de gestion de la circulation capable d’améliorer à la fois la sécurité, la fluidité et la capacité du trafic. Avant la CCVU, le réseau reposait sur deux modes de gestion des circulations : sur la section Bastia-Casamozza, la CCVU était en service depuis 2008 ; sur le reste du réseau, la circulation des trains dépendait d’un système manuel reposant sur des échanges téléphoniques entre gares qui géraient et sécurisaient le trafic (notamment le croisement des trains). Le mode de gestion manuel imposait de strictes limitations de trafic pour des questions de sécurité. Avec la mise en œuvre de la CCVU associée à une signalisation moderne automatisée mise en place dans les gares, la position des trains peut être suivie en temps réel, car les signaux, les aiguillages et les zones de croisement sont pilotés de manière automatisée. Ce qui réduit les risques. Ce qui aussi permet d’optimiser l’exploitation du réseau. La mise en œuvre du CCVU dépasse donc la seule dimension d’un progrès technologique. Elle ouvre la possibilité d’une nette amélioration du service aux usagers. Dans les secteurs les plus urbanisés et peuples, notamment les agglomérations d’Aiacciu et de Bastia, elle ouvre la porte au développement de services périurbains renforcés et connectés avec les autres mobilités. Pour résumer, la CCVU permet de répondre aux exigences actuelles et futures d’un réseau moderne.
La rénovation de cinq ponts
Le 3 novembre 2025 a été lancée la deuxième phase d’une action de rénovation portant sur trois ponts à tabliers métalliques (ponts de Casamozza, du Prunelli, d’Albanu). Deux autres, les ponts de Pont de Muzelle et d’Ascu, avaient déjà été rénovés lors d’une première phase entre novembre 2024 et mars 2025. Ces ouvrages étaient affectés par l’usure du temps, de l’usage et des éléments. Ce qui imposait des interventions lourdes pour garantir leur durabilité et la sécurité. La rénovation a compris le renforcement des structures métalliques, la restauration des maçonneries, la remise en peinture avec protection anticorrosion, le remplacement des garde-corps, la réhabilitation et la sécurisation des accès. Les chantiers ont été conduits avec le souci de respecter l’environnement et aussi la santé des intervenants. La Collectivité de Corse a organisé plusieurs réunions avec les prestataires pour définir et garantir la maîtrise du risque de pollution. Les travaux ont réalisé dans le respect de normes environnementales. Notamment : le décapage des anciennes peintures, contenant du plomb, a été réalisé sous confinement complet et étanche afin de prévenir toute dispersion dans le milieu naturel ; les résidus ont été collectés et acheminés, selon des protocoles rigoureux et des normes strictes, dans des centres spécialisés afin d’y être traités. Par ailleurs, la rénovation a été l’occasion d’une vérification de la résistance et de la sécurité des ouvrages. En effet, avant la remise en service, les cinq ponts ont été soumis à des tests dénommés « épreuves de charge » permettant de simuler les conditions réelles d’utilisation (essais statiques et dynamiques visant à déterminer la capacité de la structure à supporter des charges sans subir de déformations ou de dommages inacceptables). Durant ce processus, divers instruments de mesure, tels que des capteurs de contrainte et des dispositifs de suivi de déplacement, ont été utilisés pour surveiller la réaction de chaque pont au passage d’importants tonnages représentant des dynamiques et des charges en situation d’exploitation. Ce qui a permis : de s’assurer que chaque ouvrage était apte à supporter les charges et donc à assurer sa destination finale en termes de portance ; de vérifier que le fonctionnement mécanique de l’ouvrage sous charge était conforme à la modélisation de calcul ; de disposer d’un élément de l’état de référence de l’ouvrage pouvant s’avérer indispensable à l’établissement d’un diagnostic en cas de problèmes ultérieurs.
Pas des « petits travaux »
La rénovation des cinq ponts ne relève pas de « petits travaux ». a coûté 15 millions d’euros. Elle a surmonté de nombreuses contraintes qui ont d’ailleurs permis, à un des prestataires de citer en référence les chantiers Muzelle et Ascu sur lesquels il était intervenu (https://www.fer-play.fr/references/) FER-PLAY est une société de Maîtrise d’Œuvre Études et Travaux, Conseil et Ingénierie ferroviaire, Assistance à Maîtrise d’Ouvrage. FER-PLAY accompagne les entreprises et les territoires selon des missions de maîtrise d’œuvre et d’assistance à maîtrise d’ouvrage (expertise, études techniques, gestion de projet, conduite de travaux, ingénierie de maintenance et formation). FER-PLAY est particulièrement compétente concernant le ferroviaire. En 2024, FER-PLAY a assuré une prestation de surveillance travaux concernant la rénovation des ponts de Muzelle et d’Ascu. Son surveillant de travaux, a témoigné de la technicité à exiger de la part des prestataires : « Cette expérience fut nouvelle puisque je n’avais jamais travaillé sur ce type d’ouvrage avec tablier métallique grande hauteur. Concernant la partie voie avec le renouvellement de la partie bois et rails, le fait d’être en voie unique sur un tablier de 70 mètres apporte une difficulté supplémentaire dans la distribution et la mise en place des éléments qui composent la voie, ce qui demande une préparation optimale. »
Vision stratégique d’avenir
La Collectivité de Corse dit situer les rénovations effectuées concernant les ponts ainsi que les modernisations (notamment le CCVU) dans une vision stratégique d’avenir : « Ces travaux de rénovation sont essentiels pour renforcer la sécurité pour les usagers du train en prenant une avance technique sur les normes actuelles tout en préservant le patrimoine des ouvrages d’art corses et assurant la résilience des transports. Il s’agit aussi pour la Collectivité de Corse d’anticiper les mutations climatiques, économiques et sociales à venir. En effet, de même que les récentes opérations concernant la CCVU (Commande centralisée voie unique), ces travaux sont menés avec l’idée de créer un réseau hautement adaptable aux possibles évolutions du service : support du tonnage à l’essieu en cas de fret, événements climatiques violents, augmentation des rotations de trains. » Reste à souhaiter que le cap soit tenu.
JPB
crédits photo : Chemin de fer de la corse / Fer-Play