Des nouvelles d’Arménie et d’Azerbaïdjan
Pour la première fois, Arménie et Azerbaïdjan se sont formellement engagés à dialoguer.
Des nouvelles d’Arménie et d’Azerbaïdjan
Pour la première fois, Arménie et Azerbaïdjan se sont formellement engagés à dialoguer. La promesse des USA de contribuer au développement économique des deux pays, peut constituer une étape vers une évolution pacifique en faisant préférer la prospérité à la guerre et en incitant à des échanges économiques et commerciaux.
Le 24 avril dernier était commémoré le 111e anniversaire du génocide perpétré contre le peuple arménien. En France, une dimension particulière et symbolique a été apportée à cette commémoration. Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est rendu à Marseille, ville qui a accueilli 58 000 réfugiés arméniens dont les descendants vivent encore dans la région. Durant ce déplacement, dans une allocution prononcée devant les autorités locales et des représentants de la communauté arménienne, il a évoqué sans rien éluder et n’hésitant pas à imager, l’horreur vécue par le peuple arménien : « villages entiers raflés et exécutés au bord de la première rivière […] familles amassées dans leur propre foyer que des exécuteurs ont embrasé [..], des milliers et des milliers de femmes violées avant d’être abattues […] vieillards tabassés et fusillés […] enfants chassés, torturés, tués sans merci jusqu’à les chercher à coups de poignard alors qu’ils étaient encore dans le ventre de leur mère […] peuple déporté, massacré, martyrisé qu’un gouvernement avait voulu extermine ». Il a aussi expliqué en quoi l’horreur constituait indéniablement un génocide : « Un grand crime pensé, organisé, ordonné, exécuté au mépris de toutes les lois des hommes, plus d’un million d’hommes, de femmes, d’enfants massacrés. Un génocide, un crime contre l’humanité. »
Enfin, il a rappelé le soutien de la France à l’Arménie : « Des armes françaises sont envoyées régulièrement en Arménie pour qu’elles puissent se défendre et se protéger. Des militaires français forment des militaires arméniens sur leur sol parce que l’histoire entre nos deux peuples est vieille d’un millénaire, parce que l’amitié entre nos deux nations s’est renforcée dans les plus dures épreuves, et tout simplement parce que c’est l’Arménie et parce que nous sommes la France. » Ce soutien a d’ailleurs été réaffirmé ces derniers jours par le Président de la République. En effet, Emmanuel Macron a effectué une visite d’État en Arménie dans la foulée d’un sommet qui a réuni la plupart des chefs d’État et de gouvernement du continent européen à Erevan (capitale de l’Arménie). Selon l’Élysée, cette visite a été placée sous un « triple signe » : approfondissement de la relation bilatérale, rapprochement de l’Arménie avec l’Union européenne, dynamique de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Ces événements invitent à évoquer la relation de l’Arménie avec son voisin l’Azerbaïdjan, après les cuisantes et cruelles défaites de l’armée arménienne en 2020 puis 2023 lors du conflit pour le contrôle du Haut-Karabakh (région que se disputent les deux pays depuis leur accession à l’indépendance à la suite de la dissolution de l’URSS puis de la perte d’influence de la Communauté des États indépendants). Défaites qui ont permis à l’Azerbaïdjan de s’emparer du Haut-Karabakh et ont conduit à un exode, vers l’Arménie, de plus de 100 000 des 120 000 Arméniens qui habitaient les territoires conquis.
Ni traité de paix, ni solution au conflit pour le contrôle du Haut-Karabakh
En mars 2025 de l’an passé, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont fait un premier pas vers la paix. Aux USA, plus précisément à la Maison-Blanche, leurs ministres des affaires étrangères ont conclu un accord reconnaissant l’intégrité territoriale de leurs pays dans les frontières définies lors de dissolution de l’URSS, déclaré vouloir bannir le recours à la force pour régler leurs différends, et promis d’ouvrir une voie vers la réconciliation sur la base du droit international. Le 9 août de l’an passé, également à la Maison-Blanche, une suite a été donnée. Sous la houlette du président US Donald Trump, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev ont signé une Déclaration commune engageant leurs pays à « construire un avenir radieux, non limité par les conflits passés, conformément à la Charte des Nations Unies ».
Donald Trump a présenté cette Déclaration comme étant un « accord de paix historique » et beaucoup l’ont cru. En réalité, il ne s’agit ni d’un traité de paix en bonne et due forme ni d’une solution au conflit pour le contrôle du Haut-Karabakh. La Déclaration relève plutôt d’une invitation acceptée par l’Arménie et l’Azerbaïdjan et encouragée par les USA : à une normalisation des relations, à un renoncement au recours à la force et aux revendications territoriales, à un accord définitif sur des frontières communes, à un règlement des différends par les voies légales, à l’instauration de relations diplomatiques, à une coopération pour la recherche des personnes disparues. Il n’est vraiment formalisé que deux points : promesse des USA de contribuer au développement économique des deux pays ; ouverture d’une route à travers l’Arménie pour relier l’Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan (corridor appelé « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » sans point de contrôle à travers l’Arménie ; corridor permettant aussi le passage de personnes et de marchandises de l’Europe vers l’Azerbaïdjan et l’Asie centrale sans avoir à passer par la Russie ou l’Iran).
Arrière-pensées, réticences et oppositions
La minceur et surtout la fragilité de la teneur de la Déclaration du 9 août 2025 sont donc indéniables. Surtout si l’on prend en compte que la Russie et l’Iran, qui ont tous deux des intérêts dans la région et sont plutôt proches de l’Arménie, ont interprété la Déclaration comme une ingérence dans leurs sphères d’influence. Surtout si l’on constate que l’Azerbaïdjan n’a pas renoncé à une modification territoriale visant à « recoller » physiquement l’enclave du Nakhitchevan avec l’ensemble du pays. Surtout si l’on considère qu’en Arménie, une partie de la population et les réfugiés du Haut-Karabakh contestent la Déclaration et même la dénoncent comme étant une honteuse capitulation. Ils lui reprochent de ne dire mot ni de l’avenir des populations arméniennes qui ont dû fuir le Haut-Karabakh, ni du sort des Arméniens du Haut-Karabakh emprisonnés en Azerbaïdjan, ni de la protection du patrimoine culturel arménien multiséculaire du Haut-Karabakh. Ils lui font aussi grief de refléter la pensée du Premier ministre arménien Nikol Pachinian qui avance une conception de « l’Arménie réelle », identifiant le territoire de son pays au « territoire internationalement reconnu » et non aux terres habitées au cours de l’Histoire par les Arméniens ; ce qui de facto revient à renoncer à tout droit de l’Arménie sur le Haut-Karabakh. Les arrière-pensées, les réticences et les oppositions sont alimentées par des faits. L’Azerbaïdjan n’a toujours pas obtenu que l’Arménie modifie la clause de sa Constitution indiquant que le Haut-Karabakh est un territoire arménien. L’Azerbaïdjan continue à faire la sourde oreille concernant le retour de réfugiés arméniens et des garanties de sécurité en faveur des populations arméniennes n’ayant pas quitté le Haut-Karabakh.
Les tribunaux azerbaïdjanais ont, en février dernier, prononcé de lourdes condamnations d’emprisonnement contre d’anciens dirigeants politiques et militaires de l’ex République d’Artsakh (nom donné par les Arméniens du Haut-Karabakh aux institutions qu’ils avaient mises en place pour gouverner la région, tout ménageant la communauté internationale qui ne reconnaissait pas la souveraineté de l’Arménie sur territoire). L’Azerbaïdjan ignore ou rejette les préoccupations concernant le patrimoine culturel arménien sous son contrôle. Pire, en avril dernier, à la veille du 111e anniversaire du génocide arménien, à Stepanakert (ville principale du Haut Karabagh), la cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu et l’église Saint-Hakob ont été entièrement détruites par les autorités locales.
Il convient de souligner que, ces dernières années, des rapports indépendants ont signalé des dégradations ou destructions de nombreux sites religieux et cimetières arméniens et que plusieurs organisations dénoncent une politique visant à faire disparaître les traces matérielles d’une présence historique arménienne dans le Haut Karabagh. Un espoir cependant. Malgré la minceur et la fragilité de sa teneur, la Déclaration du 9 août 2025 ouvre des perspectives en tant que cadre pour une paix durable. Car, pour la première fois, Arménie et Azerbaïdjan se sont formellement engagés à dialoguer. Car la promesse des USA de contribuer au développement économique des deux pays, peut constituer une étape vers une évolution pacifique en faisant préférer la prospérité à la guerre et en incitant à des échanges économiques et commerciaux.
Alexandra Sereni
Photo 1 : Commémotation à Marseille (photo officielle : service photographique de Matignon)
Photo 2 : Signature de la Déclaration du 9 août 2025 (photo officielle : Maison-Blanche, présidence USA)