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Les deux casquettes d’Ange Toussaint Pietrera

Une « Histoire de la Corse » aux éditions GIsserot . Une histoire trop longtemps méconnue

Les deux casquettes d’Ange Toussaint Pietrera


Historien et responsable des médiathèques bastiaises Ange Toussaint Pietrera est docteur en histoire contemporaine. Il enseigne à l’université de Corse. Parallèlement il est à la tête des médiathèques bastiaises : celle du centre-ville, celle de l’Alb’Oru dans les quartiers sud, et ce depuis un an.
Son actualité présente  ? Avoir publié aux éditions Gisserot une « Histoire de la Corse ». Originalité  ? Ce livre s’apparente à un précis, car il a l’avantage d’être synthétique et d’offrir de points de repères historiques majeurs pour ensuite aller plus loin et plus profond dans cette discipline qu’est l’histoire pour connaître qui on est et où on va…

Un moment savoureux et stimulant

Récemment l’historien a présenté son ouvrage lors d’une causerie organisée par Linda Piazza de la bibliothèque patrimoniale de Bastia. Un moment savoureux et stimulant. Un moment utile et précieux pour tester nos connaissances historiques. Cette « Histoire de la Corse » de la préhistoire à 2025 est une commande de l’éditeur, Jean Paul Gisserot, spécialiste dans les publications à l’image des « Que sais-je » avec leur format condensé et leur contenu sérieux et scientifique.
Cette « Histoire de la Corse » a exigé de l’historien de répondre à des contraintes auxquelles il n’avait pas l’habitude : être court ; équilibrer les périodes traitées ; ne pas tomber dans une vulgarisation trop facile ; être à jour des connaissances ; se méfier de l’effet loupe qui aurait pu l’entraîner à fouiller trop une époque par rapport à une autre ; veiller à ce que toutes les branches historiques soient représentées.

Une histoire trop longtemps méconnue

Dans son introduction Ange Toussaint Pietrera insiste sur le fait que l’histoire de la Corse soit encore trop méconnue. Les raisons ? Cette histoire est absente des programmes au plan national, mais aussi au plan corse où elle n’est pas enseignée dans les établissements scolaires et où son apprentissage dépend du bon vouloir des professeurs ! Autre problème elle ploie sous une abondance de préjugés de la part de nombreux écrivains et journalistes de l’hexagone. Or, l’histoire de la Corse est complexe, notion qu’il serait judicieux de retenir. A éviter également le piège du roman national pétri de manichéismes.
L’ouvrage propose aux lecteurs six parties chronologiques et en même temps fréquemment thématiques ce qui est fort intéressant. Il s’attache aussi à aborder un concept qui tient beaucoup à de nombreux auteurs : « île fermée/île ouverte ». Il met en valeur également les ruptures et bouleversements qui ont été à l’œuvre. Point positif encore il traite de l’importance du riacquistu contrairement à d’autres textes qui placent cette période sous le boisseau. Le riacquistu avec sa réappropriation culturelle, linguistique, sociale… Sa richesse !
Ange Toussaint Pietrera clôt son livre sur la nouvelle étape de l’avenir institutionnelle de la Corse que nous vivons actuellement.

Michèle Acquaviva-Pache


Le livre de l’historien répertorie à la fin une bibliographie sur l’histoire de l’île et une chronologie des événements importants.
Un regret : pas de femmes dans la période mentionnée du riacquistu alors qu’elles occupent une place déterminante dan le milieu associatif qui de développe à l’époque. Pas de mention non plus dans le chant. C’est oublier Patrizia Poli et les NPC se produisant devant des millions de téléspectateurs à l’ouverture des JO d’Albertville, les NPC qui ont reçu plusieurs « Victoire » de la musique. Autres oublis : Patrizia Gattaceca, poétesse, chanteuse, comédienne ; Jackie Micaeli, Anna Rocchi… et tant d’autres !


ENTRETIEN AVEC ANGE TOUSSAINT PIETRERA, historien et responsable des médiathèques bastiaises.


Vous êtes à la tête des médiathèques de Bastia. Quel est votre rapport au livre ?
Un rapport profond, qui remonte à l’enfance. Le livre a toujours été présent dans ma vie, par le goût de la lecture d’abord, mais aussi par mes études de sciences humaines et sociales — je suis moi-même auteur — et mon engagement associatif.

Allez-vous décliner des approches différentes pour les bibliothèques généralistes du Centre et de l’Alb’Oru ?
Il s’agit de deux structures qui doivent remplir les mêmes missions en faveur de la lecture publique. Pour autant par leur histoire et leur implantation, elles portent également en elles des singularités. Par exemple, par la présence de la bibliothèque patrimoniale dans le même bâtiment, la médiathèque du centre-ville a développé un lien très fort avec le domaine des sciences sociales. La médiathèque Barberine Duriani a su quant à elle devenir incontournable dans d’autres domaines et tranches d’âge comme sur le manga. C’est cette complémentarité entre les deux sites que nous souhaitons préserver et valoriser.

La médiathèque, Barberine Duriani, est dans les quartiers sud. Comment y stimuler l’appétence pour les livres des lecteurs de Lupino et de Montesoro ?
En proposant une politique du livre cohérente afin d’inscrire dans ce lieu le paysage et les pratiques des habitants de ces quartiers. Au bout de dix ans d’existence, les résultats sont visibles avec une véritable fidélisation des inscriptions et de la présence des familles.

On remarque souvent que les enfants ont le goût de lire, mais que celui-ci va en s’amenuisant à l’adolescence et quand ils deviennent de jeunes adultes. Que faire pour inverser cette tendance ?
La lecture change souvent de statut en grandissant. Enfant elle est associée au plaisir et à la découverte ; à l’adolescence elle est souvent plus scolaire — sans parler de la concurrence des écrans. C’est là que les médiathèques ont à mon sens pleinement leur rôle à jouer : en proposant des contenus plus diversifiés, en variant les usages de lecture et surtout par des actions qui peuvent permettre de recréer du lien autour du livre.

De quel personnel disposez-vous ? Est-il en nombre suffisant ? Quel doit être son action auprès du lectorat ?
Il y a une vingtaine de personnes qui travaillent sur les deux médiathèques. Le travail est exigeant et souvent « multitâches » pour les agents. Je dispose en tous cas d’une équipe dynamique et motivée qui sait se montrer serviable et volontaire auprès des usagers — qui sont souvent avides de conseils. C’est ce rapport-là de proximité qui est particulièrement apprécié.

Il y a des animations dans les médiathèques de la ville. Souhaitez-vous en augmenter le nombre ? Le varier ? Avec quel contenu ?
C’est sans doute la principale mutation des médiathèques ces dernières années. Celles-ci sont en effet devenues des lieux de « contenus » et non plus de « contenants ». Nous avons une trentaine d’animations permanentes sur l’ensemble du réseau — sans compter les actions ponctuelles — qui rencontrent un grand succès auprès des familles. L’objectif est qu’elles soient le plus variées possible (loisirs créatifs, lecture à haute voix, cercles littéraires, origami…) tout en gardant pour socle le lien avec la lecture publique.

L’Alb’Oru dispose d’une salle de spectacle. Comment mieux relier celle-ci à la médiathèque située à l’étage supérieure ? Faut-il des animations style, « atelier théâtral », pour jeunes et adultes ?
Oui. Le réseau des médiathèques est intégré dans la direction de la culture qui travaille beaucoup sur la notion de transversalité. Tout en gardant nos actions propres, nous construisons en effet de nombreux projets de médiations — jeunesse et adulte — autour de la programmation du spectacle vivant. Un travail en ce sens est fait avec les programmatrices. Cela concerne l’Alb’Oru bien sûr, mais aussi le spectacle hors les murs. Et puis au-delà du spectacle, cette transversalité s’applique à d’autres services comme a Casa di e Lingue, a Casa di e Scenze ou le Musée.

Quel est votre ligne générale en matière d’achats de livres pour la bibliothèque centrale et la médiathèque de l’Alb’Oru ? Comment faire lire nouveautés et classiques ?
Pour les deux sites, c’est le même jeu d’équilibre à trouver. D’une part, il importe d’être attentif aux attentes du public qui est très avides de nouveauté et en même temps maintenir un fonds de classiques solide. C’est ce travail d’équilibriste qui rend l’exercice encore plus passionnant.

M.A-P
photos : M.A.P
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