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Bastia, au plaisir de la philosophie Cafés-Philo, Rencontres d’Aurélius, Masterclasses,

ENTRETIEN AVEC Christophe di Caro, organisateur à Bastia des cafés philo,..

Bastia, au plaisir de la philosophie
Cafés-Philo, Rencontres d’Aurélius, Masterclasses,



Plaisir ou besoin de philosopher ? Sans doute les deux. Réfléchir, débarrassé du carcan de l’actualité. Penser hors la pression d’événements qui alourdissent l’être. Se retrouver soi-même… Et débattre avec les autres de questions préoccupantes ou parfois incidentes. De questions pouvant simplement toucher à la vie comme elle va ou comme elle ne va pas...


Depuis plusieurs années Christophe di Caro organise à la médiathèque de Lupino et à la bibliothèque centrale de Bastia avec l’aval du médiateur et de son personnel des cafés philo. Plus récemment il a lancé les Rencontres d’Aurélius Philo Shop Librairie. Sans oublier les masterclasses.

Pourquoi ces Rencontres d’Arélius englobent-elles une librairie ? Réponse de l’organisateur parce qu’elles veulent créer du lien entre auteur, livre et public. Parce qu’un auteur est interrogé de façon philosophique sur son œuvre afin de faire cité puisque les spectateurs sont parties prenantes. « Le livre ne doit plus être considéré comme un objet, mais ainsi qu’une chose vivante qui a une âme. ».

Originalité de ces entretiens ils sont placés sous les auspices de l’empereur, Marc Aurèle, né en 121, mort en 180. Spécificité de cet empereur : il est stoïcien et se réfère au fondateur du stoïcisme, Epictète, esclave de naissance puis affranchi. Marc Aurèle n’a rien d’un dirigeant mégalo. Sa force ? Son écriture qui est à la portée de tous. Idéal de cet empereur ? On est tous au même niveau. On doit penser par soi-même. Avancer malgré l’adversité en se laissant porter par la nature et la providence. Être un roc dans la tempête. Se rappeler qu’on ne peut échapper à son destin… Contrairement à d’autres de ses homologues, Marc Aurèle garde le sénat. À l’instar du poète, Virgile, dans l’Enéide il n’hésite pas à s’interroger sur l’origine et l’identité des Romains alors que d’aucuns ne veulent s’en tenir qu’à la tradition de leurs ancêtres. Lui est contre le rejet de la citoyenneté romaine…

Il est frappant que des Bastais, nombreux, se déplacent régulièrement pour assister aux cafés philo que Christophe di Caro conçoit telle une maïeutique où tout le monde est sur un pied d’égalité par la parole, pas en raison de ses connaissances. Objectifs des cafés philo ? Pratiquer l’art de se faire comprendre. Les sujets des cafés philo sont sélectionnés tous les juillets avec le médiateur des médiathèques de Lupino et de la bibliothèque centrale.

Tous le long de l’année il faut noter l’existence de trois masterclasses, destinées à apprendre, à écrire, à lire. Ces sessions se déroulent, en janvier, en mars, en mai. En 2026, la Coupe de philo est fixée en juin. Deux équipes de sept jouteurs. Parmi eux cinq juniors qui sont collégiens, dont Samara et Marc Antoine, qui se débrouillent particulièrement bien. Elle, dans le domaine de la réflexion autour du quotidien. Lui, plutôt spécialisé en sciences.
Pourquoi Christophe di Caro, ex-enseignant, a-t-il fait le choix de la philosophie hors les murs ? Pour ne plus dépendre d’un système structuré scolaire. Pour entrer dans une logique où la parole devient la vie et où chacun à quelque chose à dire. Pour être proche de Socrate et de son « connais-toi t toi-même et… tu connaîtras les dieux ».

Michèle Acqiuaviva-Pache

ENTRETIEN AVEC Christophe di Caro, organisateur à Bastia des cafés philo, des Rencontres d’Aurélius, de La Coupe de Philosophie.

Nous vivons une actualité brûlante : guerres, violences urbaines… Que dit la philosophie ?
L’antithèse de ces faits sociaux serait la tempérance, le silence, la pondération et la prudence épicurienne. Des mots qui fondent des vertus philosophiques auxquelles nous pourrions rajouter la faculté de pouvoir contempler. Lorsqu’on regarde ce monde, l’on s’aperçoit que ces vertus sont absentes. Comme si la partie « sacrée » de l’humain, par son langage, sa création artistique ou scientifique, son empathie et sa capacité à aimer étaient absentes. Pendant ces « phases » de violences, le barbare impulsif dénué de Logos (sens logique et rationnel), semble prendre le dessus sans aucune forme de discernement.

Dans la réflexion philosophique les violences de toutes sortes occupent-elles une grande importance ?
S’il devait y avoir violence en philosophie, elle devrait être uniquement pour contraindre sa propre nature souvent impulsive, irrationnelle. Perdre le mot au profit d’un déchaînement sans borne serait un blasphème. Les phalanges grecques au combat pensaient la guerre avec philosophie. Les gardes-mobiles en action pensent la violence légitime avec rationalité et silence. Dans les deux cas, ceux et celles d’en face semblent être ces barbares sans aucune organisation rationnelle. Leurs vociférantes onomatopées « bar-bar-bar-bar », au mortier de feu, à la lame aiguisée, ou à la diffamation virtuelle, pourraient faire d’elles et d’eux des coquilles vides, violentes, des animaux-machines aux stimuli presque pavloviens.

Que peut penser un philosophe devant un slogan tel que celui-ci « Exister, c’est casser » ?
L’existence, quel mot remarquable. Mais se souvient-on de celui qui sait seulement être violent ? Beaucoup pensent que l’on peut arrêter une idée, une passion, une vie spirituelle… par la violence. Il serait plus judicieux de dire que l’on existe lorsque l’on résiste à son tempérament violent. Pour le reste, il ne s’agit que de pulsions reptiliennes liées à un réflexe biaisé d’un vieil instinct de survie qui tient plus d’un nihilisme pathologique où l’on a tendance à se fondre dans la masse, dans le groupe, qu’à une véritable affirmation de soi. En deux mots « casser » glorifierait l’existence d’un groupe déchaîné sans queue ni tête, plutôt que la beauté de l’humain épanoui et créateur.

Pour les philosophes quelle est l’origine des violences ?
Pour les philosophes comme pour les psychanalystes, l’origine pourrait — être la même : La frustration, la psychopathie, le refus de voir la réalité en face. Un homme, une femme peuvent être violents une fois. S’il ou elle le sont deux fois, il faut les fuir. Ils sont malades.

Il y a de plus en plus de livres qui tendent à donner le goût de la philo aux petits. À quel âge peut-on les mettre dans les mains des enfants ? Faut-il accompagner ces lectures ?
Les enfants sont par essence philosophes. Ils arrivent dans un monde où tout est merveilleux pour eux. Pour Aristote, « l’émerveillement est le point de départ de la philosophie ». Il faut les accompagner, en veillant à ce que l’adulte ne leur donne pas de réponse, mais l’envie d’aller chercher plus loin, et par eux-mêmes.

Que penser de l’initiation à la philosophie dans le primaire ?
C’est une bonne idée tant que cela ne ressemble pas à une démonstration pédante ou infantilisante.

Comment vivre le temps présent quand on se veut philosophe ?
En étant un roc au milieu de la tempête. Mais ce n’est toujours pas évident.

M.A-P
Crédit photos : Sylvia Micaelli
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