Aliança Catalana : un nouvel indépendantisme
Ce nouvel entrant exerce désormais une influence significative sur la scène politique catalane et plus particulièrement une forte pression sur Junts per Catalunya.
Aliança Catalana : un nouvel indépendantisme
Les élections au Parlement de Catalunya de mai 2024 ont permis à un nouveau parti, Aliança Catalana, d’obtenir deux députés. Ce nouvel entrant exerce désormais une influence significative sur la scène politique catalane et plus particulièrement une forte pression sur Junts per Catalunya.
Événement à l’issue des élections au Parlament de Catalunya de mai 2024 : le Partit dels Socialistes de Catalunya (branche catalane du Partido Socialista Obrero Español du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez) a mis fin à des décennies de gestion de l’indépendantisme catalan. Ayant obtenu le plus grand nombre de voix, il est parvenu à former un gouvernement minoritaire notamment grâce au soutien d’Esquerra Republicana de Catalunya (parti indépendantiste de gauche). Autre événement : un parti indépendantiste récemment créé, Aliança Catalana, a fait son entrée au Parlement catalan. Bien que ne disposant que de deux sièges (le Parlement de Catalogne en compte 135). Aliança Catalana exerce désormais exerce désormais une influence significative sur la scène politique catalane et plus particulièrement une forte pression sur Junts per Catalunya le parti indépendantiste classé à droite dont le véritable leader reste Carles Puigdemont qui, depuis près de dix ans, est en exil en Belgique.
Reconfiguration du paysage politique
Aliança Catalana est un parti indépendantiste qui a été fondé en 2020. Il est dirigé par Sílvia Orriols, maire de Ripoll, une ville d’un peu plus de 10 000 habitants. Il est classable à l’extrême droite. En effet, outre être indépendantiste, il revendique haut et fort être identitaire, anti-immigration et sécuritaire. Avec seulement 2 sièges sur 135 au Parlament de Catalunya, Aliança Catalana pourrait sembler être une formation marginale. Son émergence témoigne cependant d’une reconfiguration du paysage politique catalan et pèse lourd sur la droite indépendantiste, espace politique traditionnellement dominé par Junts per Catalunya. Cette évolution résulte du fait que pendant des années, la vie politique catalane s’est concentrée presque exclusivement sur la revendication de l’indépendance. Ce qui a eu pour effet de faire passer au second plan les autres problématiques (économie, solidarité, identité, sécurité, immigration...) et aussi de pousser à ce que le débat politique catalan consiste essentiellement en une concurrence pour le pouvoir régional entre deux partis indépendantistes (Junts per Catalunya, Esquerra Republicana de Catalunya). Mais ces deux partis n’ayant pas réussi à arracher l’indépendance, ce qui a provoqué frustration et lassitude, les problématiques qui étaient éludées se sont progressivement installées avec force dans le débat public. Cette évolution a notamment favorisé l’apparition et la montée en puissance d’Aliança Catalana. Cette nouvelle offre indépendantiste de droite s’est notamment emparée des thèmes devenus porteurs, en Catalogne comme ailleurs en Europe, de l’immigration, de la sécurité et de l’identité, et a tiré profit de l’absence de réponse de Junts per Catalunya. Aliança Catalana qui s’affiche intransigeante envers l’État espagnol, a aussi bénéficié du fait que Junts per Catalunya, tout comme d’ailleurs Esquerra Republicana de Catalunya, a permis au Premier ministre espagnol Pedro Sánchez de rester aux responsabilités ; ceci par un soutien aux Cortès, notamment pour obtenir une amnistie des responsables et militants condamnés ou poursuivis au motif d’avoir participé à la tentative d’accession unilatérale à l’indépendance d’octobre 2017.
La réaction de Junts per Catalunya
Plusieurs sondages indiquent la progression de la notoriété et du message d’Aliança Catalana. L’évolution de Junts per Catalunya ces derniers mois, montre que le parti de Carles Puigdemont ressent la pression et s’emploie à réagir. En effet, en octobre 2025, Junts per Catalunya a dit mettre fin à son soutien au Premier ministre espagnol Pedro Sánchez. Carles Puigdemont a alors expliqué : « Nous ne sommes pas disposés à continuer d’aider un gouvernement qui n’aide pas la Catalogne [...] Notre projet politique n’a pas pour vocation la stabilité de l’Espagne. » Ces derniers jours, Jurdi Turull, le secrétaire général de Junts per Catalunya, a déclaré que la législature espagnole était « terminée » et a demandé la tenue d’élections anticipées. Par ailleurs Junts per Catalunya a adopté un positionnement de fermeté concernant l’immigration.
Alexandra Sereni
Crédit photo : Aniol/Wikimedia Commons