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Droite de Corse : l’éternelle dichotomie

Bis repetita

Droite de Corse : l’éternelle dichotomie



Depuis l’instauration de la Collectivité territoriale de Corse en 1992, deux droites de Corse sont clairement identifiables. L’une s’inscrit dans une culture politique dite girondine qui la conduit à accompagner ou même soutenir quasiment sans réserve une évolution vers une très large autonomie. L’autre ne rejette pas des évolutions décentralisatrices, mais reste imprégnée d’une culture politique dite jacobine qui lui dicte d’opposer un refus catégorique à la revendication d’un plein pouvoir normatif pour les élus de la Corse. L’existence de cette dichotomie a été confirmée dès l’approche des débats parlementaires relatifs au Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République.

Bis repetita

C’est au moins depuis le début des années 1990 que les deux droites de Corse sont aisément identifiables, même si leur visibilité, leur apparence, leurs contours et leurs composantes peuvent changer au fil des tactiques et des intérêts. La droite dite girondine a longtemps et particulièrement été incarnée par José Rossi qui, étant alors député, a été le rapporteur du statut Joxe ; et qui étant alors président de l’Assemblée de Corse, a soutenu le processus de Matignon. La droite dite girondine est définissable par son acceptation d’une autonomie pouvant aller jusqu’à l’attribution d’un pouvoir normatif de plein exercice aux élus de la Corse, c’est-à-dire sans contrôle de l’Assemblée nationale et du Sénat.
Elle est aujourd’hui incarnée par Laurent Marcangeli, député de la première circonscription de la Corse-du-Sud et président du groupe Horizons à l’Assemblée nationale (Horizons, parti fondé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, composante turbulente et néanmoins constante du camp macroniste).
Laurent Marcangeli a d’emblée apporté son soutien au processus Beauvau, s’y est impliqué en tant que force de proposition, et s’est employé en Corse et dans l’Hexagone à faire se dissiper ou au moins s’estomper les méfiances envers le processus.
Le 11 mars 2024, il a signé le projet d’écriture constitutionnelle. Le 27 mars 2024, il a soutenu les trois conseillers du groupe de droite Un Soffiu Novu qui, à l’Assemblée de Corse, ont voté l’intégralité des blocs du projet d’écriture constitutionnelle, et qui donc, contrairement à leurs onze pairs ayant emboîté le pas à Jean-Martin Mondoloni, ont voté le bloc prévoyant l’attribution d’un véritable pouvoir normatif aux élus de la Corse. Depuis mars 2024, Laurent Marcangeli n’a pas ménagé ses efforts pour que l’écriture constitutionnelle devienne Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République, que ce projet soit au plus vite et au moins avant les élections présidentielles, mises à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

Le oui, mais de François-Xavier Ceccoli


La droite dite jacobine a longtemps été incarnée par Jean-Paul de Rocca Serra, Jean Baggioni, Camille de Rocca Serra et Ange Santini. Elle est essentiellement identifiable par son opposition à ce que le contrôle de la production de normes échappe à l’Assemblée nationale et au Sénat. Elle est aujourd’hui incarnée par François-Xavier Ceccoli, député de la deuxième circonscription de la Haute-Corse, président la fédération Les Républicains de Haute-Corse, proche de Bruno Retailleau, président de Les Républicains, candidat à la présidence de la République, qui ne cache pas son hostilité à un pouvoir normatif de plein exercice de l’Assemblée de Corse. Dès 2023, alors qu’il n’était pas encore député et avant la validation de l’écriture constitutionnelle (mars 2024), François-Xavier Ceccoli a dit accepter une évolution institutionnelle, mais n’être pas favorable à un plein pouvoir normatif pour les élus de la Corse.
En effet, en novembre 2023, étant l’invité de Vinti Minuti (RCFM), il a déclaré : « Pourquoi pas imaginer un champ des possibles assez large au niveau de la collectivité en matière de propositions dans le cadre de ses compétences, mais ce pouvoir normatif doit être traité comme toutes les autres propositions de lois françaises, c’est-à-dire qu’il doit passer ensuite par le Parlement ». Depuis, son positionnement n’a pas varié : toujours le même oui, mais à la réforme constitutionnelle Il en a d’ailleurs fait part d’une réunion publique à u Borgu, quelques jours avant l’examen du Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République par la Commission des lois de l’Assemblée nationale. Lors de cette réunion, il a confirmé être ouvert à une évolution institutionnelle. Mais il a aussi répété son opposition à ce que l’Assemblée de Corse puisse légiférer sans contrôle du Parlement et annoncé qu’il défendrait trois amendements allant en ce sens.
Premier amendement : contrôle de l’adaptation confié aux commissions permanentes du Parlement, siégeant séparément et dont les votes s’additionneront ; délai obligatoire et maximal de réponse de 12 mois pour le domaine législatif, de 6 mois pour le domaine réglementaire ; silence valant approbation. Deuxième amendement : contrôle du pouvoir de fixation de normes nouvelles par les assemblées plénières, dans le cadre de la procédure législative ordinaire ; dans un délai maximal de 18 mois ; approbation ou rejet sans modification possible ; silence valant approbation. Troisième amendement : exclusion du domaine régalien de la réforme constitutionnelle.

C’est reparti !


Après l’examen en commission des lois de l’Assemblée nationale du Projet de loi constitutionnelle et avant le débat en plénière à l’Assemblée nationale, c’est reparti. Laurent Marcangeli a remis sur la table l’antagonisme entre la droite dite girondine et la droite dite jacobine. Invité de PuliticaMente (ICI RCFM), il a dénoncé les prises de position de François-Xavier Ceccoli. Interrogé sur l’amendement visant à introduire un contrôle du Parlement sur le pouvoir normatif, il l’a accusé d’hypocrisie et d’ainsi être « hors-sol ». Selon lui, la proposition du député de la deuxième circonscription de la Haute-Corse représenterait « un retour en arrière » qui, s’il était validé, reviendrait à s’accommoder à nouveau d’un processus d’adaptation législative n’ayant jamais fonctionné. « L’hypocrisie » a notamment asséné Laurent Marcangeli, est que derrière cette proposition, se cacherait une volonté que le processus Beauvau n’aboutisse pas : « En réalité, Monsieur Ceccoli devrait le dire dès à présent, et je lui dis avec tout le respect que je lui dois, je ne souhaite pas que le processus aboutisse et là au moins on sera fixé. »
Sur les réseaux sociaux, François-Xavier Ceccoli a répondu en accusant Laurent Marcangeli d’être davantage préoccupé par son ambition et les affaires nationales que par les aspirations réelles des Corses et les intérêts de la Corse, de vouloir troquer l’autonomie contre l’instauration d’une métropole ajaccienne, et de peu se soucier de la ruralité et plus globalement d’une grande partie des territoires corses : « Je ne crois pas qu’il soit correct, à défaut d’être juste, de me qualifier de “hors sol” et d’“hypocrite” lorsque j’évoque le danger que représente le péril mafieux dans le cadre d’une autonomie sans contrôle du Parlement.
Ce qui apparaît hors sol, en revanche, c’est Laurent Marcangeli lui-même, sans doute trop accaparé par ses ambitions nationales au sein du bloc macroniste pour prendre pleinement la mesure de la réalité de notre société insulaire. Ce qui est hors sol, c’est de ne pas voir qu’il n’existe pas d’unanimité en Corse sur l’actuel projet d’autonomie et qu’il est sain que tous les Corses aient une voix à l’Assemblée nationale pour les représenter. Enfin, qui peut parler d’hypocrisie lorsqu’il conditionne son soutien au texte sur l’autonomie à l’octroi du statut de métropole à l’agglomération d’Ajaccio ? Ce marchandage, qui ne peut aboutir qu’à faire les intérêts du pays ajaccien au détriment d’une ruralité sacrifiée et abandonnée à ses difficultés, est une honte. Il resterait à la Collectivité de Corse le territoire des plus âgés et des plus pauvres et aux Métropoles le reste. » À suivre, avec notamment les épisodes qui précéderont les sénatoriales….

Pierre Corsi

Crédit photo (Laurent Marcangeli) : Creative Commons Attribution 4.0 International license. Attribution : © European Union, 2026 / Crédit photo (François-Xavier Ceccoli) : JDC
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