Cyril Venouil, président de l’association Inseme : « Notre ligne de conduite ne changera pas : être aux côtés des malades et de leurs familles. »
Le nouveau président connaît très bien la maison puisqu’il y est investi depuis une dizaine d’années.
Cyril Venouil, président de l’association Inseme
« Notre ligne de conduite ne changera pas : être aux côtés des malades et de leurs familles. »
Après 17 ans aux commandes de l’association Inseme, sa fondatrice, Laetitia Cucchi, a souhaité passer la main. Le choix de son successeur s’est porté sur Cyril Venouil, ancien marin et syndicaliste. Pour autant, le nouveau président connaît très bien la maison puisqu’il y est investi depuis une dizaine d’années. Quelles seront ses priorités ? Comment entend-il succéder à Laetitia Cucchi ? Quel développement à court et moyen terme ? Entretien...
-Vous êtes le nouveau président de l’association Inseme. Comment votre parcours s’est-il décliné ?
J'ai 48 ans, je suis marin dans la marine marchande depuis plus de 30 ans et bénévole au sein d’Inseme depuis plus de dix ans. Après avoir intégré le conseil d'administration en 2018 puis le bureau en 2024, j'ai aujourd'hui l'honneur de prendre la présidence de l'association.
-Comment et pourquoi avez vous fait le choix d'intégrer l'association INSEME?
Il y a une quinzaine d'années, j'ai traversé une épreuve personnelle qui a profondément marqué ma famille. Mon fils est tombé gravement malade et nous avons dû partir en urgence à Nice, où il a été hospitalisé en service de réanimation pédiatrique pendant plus de deux mois. Nous avons alors vécu de l'intérieur toutes les difficultés auxquelles sont confrontées les familles contraintes de quitter la Corse pour des raisons médicales : l'inquiétude, l'éloignement, l'organisation du quotidien et les coûts engendrés par ces déplacements. Cette expérience m'a permis de mesurer concrètement l'importance du soutien apporté aux malades et à leurs proches. À notre retour en Corse, j'ai pris le temps nécessaire pour m'assurer que je pouvais m'engager durablement dans une cause qui me tenait à cœur. J'ai alors naturellement rejoint Inseme, dont l'action répondait exactement aux difficultés que nous avions nous-mêmes rencontrées. Depuis plus de dix ans, je m'investis au sein de l'association avec la volonté de rendre à d'autres familles une partie de l'aide et de la solidarité dont nous avons eu besoin.
« L’humain et la solidarité doivent rester au coeur de notre action »
-Vous êtes issu du monde syndicaliste. Le social est donc un volet que vous connaissez plutôt bien. Mais comment le mettre aujourd'hui au service de l'association ?
Mon engagement syndical m'a appris l'importance du dialogue, de l'écoute et de l'accompagnement humain. Ce sont des qualités que je mets déjà au service d'Inseme depuis plus de dix ans en tant que bénévole. Aujourd'hui, comme président, je souhaite poursuivre dans cette voie en restant à l'écoute des familles, des bénévoles et de nos partenaires, afin que l'humain et la solidarité restent au cœur de notre action.
-Difficile, pour autant, de prendre la succession de Laetitia Cucchi, dont le nom est viscéralement lié à INSEME ?
Vous avez raison ! Prendre le relais de Laetitia Cucchi n'est pas anodin. Son nom est intimement lié à l'histoire d'Inseme et à son développement depuis maintenant 17 ans. Je ne cherche ni à me comparer à elle, ni à faire mieux, ce n'est pas l'enjeu. Mon objectif est de poursuivre le travail engagé et de m'inscrire dans la continuité de ce qui a été construit. Je profite d'ailleurs de cette occasion pour remercier une nouvelle fois Laetitia, ainsi que l'ensemble des bénévoles qui se sont investis à ses côtés au fil des années. Grâce à leur engagement, Inseme est devenue une association de référence en Corse, reconnue d'utilité publique en 2019. Cette reconnaissance témoigne de la qualité du travail accompli et de l'impact concret de l'association auprès des malades et de leurs familles.
-Vous avez été désigné à l’unanimité par le conseil d’administration pour prendre la suite de Laetitia Cucchi. Un gage de confiance?
Oui, et je tiens à remercier sincèrement l'ensemble des administrateurs pour la confiance qu'ils m'ont accordée. C'était un élément essentiel pour moi avant d'accepter cette responsabilité. Depuis mon entrée au conseil d'administration en 2018, nous avons construit une relation de confiance fondée sur le travail collectif, l'écoute et le partage des mêmes valeurs. Cette unanimité est avant tout la reconnaissance de cet engagement commun. Je suis convaincu que la force d'Inseme réside dans son équipe. Nous continuerons donc à travailler ensemble, de manière collégiale pour définir les orientations de l'association et accompagner son développement au service des malades et de leurs familles.
-Quelles sont vos priorités à court et moyen terme ?
L’une de nos priorités est d'augmenter notre parc d'appartements, notamment à Marseille où les besoins sont aujourd'hui les plus importants. On se fixe, à terme, une quinzaine d’appartements sur les villes concernées L'objectif est de pouvoir accueillir davantage de familles dans les meilleures conditions possibles lors de leurs déplacements médicaux.
Pour le reste, répondre encore plus aux besoins des personnes et poursuivre, d’une manière générale, le combat solidaire ?
Tout à fait. Au-delà de cet enjeu, nous continuerons à faire évoluer et à améliorer nos dispositifs chaque fois que cela sera possible. Mais notre ligne de conduite restera la même : être aux côtés des malades et de leurs familles, répondre au mieux à leurs besoins et poursuivre le combat solidaire qui fait l'identité d'Inseme depuis sa création.
-On évoque, par ailleurs, la création d’une fondation. Quel est l’objectif ?
Nous espérons effectivement que ce projet, qui est aujourd'hui en cours de finalisation, pourra aboutir rapidement. C'est une étape importante dans l'histoire de l'association. Quand on y pense, le parcours d'Inseme est assez remarquable : l'association est née il y a 17 ans d'une expérience personnelle douloureuse et d'un sentiment d'injustice face aux difficultés rencontrées par les malades et leurs familles. Aujourd'hui, elle dispose d'un patrimoine de neuf appartements destinés à leur accueil.
La création d'une fondation répond à une volonté simple : sécuriser durablement ce patrimoine, garantir son affectation exclusive au service des malades et de leurs proches, et préserver cet héritage pour les générations futures. C'est une façon de pérenniser l'action d'Inseme et de s'assurer que les efforts accomplis depuis toutes ces années continueront à bénéficier aux familles.
-La création d’un CHU n’apporterait-elle pas la solution que tous les Corses attendent?
L'annonce de la création d'un CHU en Corse ne peut être qu'une bonne nouvelle pour notre territoire, qui en est aujourd'hui dépourvu. C'est une avancée importante qui, à terme, permettra sans doute d'améliorer l'offre de soins et de limiter certains déplacements. Cela étant, sa mise en place et sa pleine montée en puissance demanderont plusieurs années. Et même une fois opérationnel, il est probable que de nombreux patients devront continuer à se rendre sur le continent pour bénéficier de certaines prises en charge très spécialisées. Quand on sait que la Corse enregistre près de 26 000 déplacements médicaux chaque année, on mesure que les besoins d'accompagnement resteront importants. C'est pourquoi la mission d'Inseme conservera toute sa pertinence : être aux côtés des malades et de leurs familles lorsqu'ils sont contraints de quitter l'île pour se soigner.
-Quel rôle sera attribuée à Laetitia CUCCHI ?
Laetitia nous a fait part de sa volonté de passer le relais. C’est un choix respecté et compris par l’ensemble de l’association. Après toutes ces années d’engagement, c’est aussi une décision légitime. En tant que fondatrice d’Inseme, il nous a semblé important de lui proposer de rester Présidente d’honneur, ce qu’elle a accepté. Si elle n’aura plus de rôle décisionnaire au quotidien, son expérience, sa connaissance de l’association et son regard resteront précieux. Elle continuera ainsi à accompagner Inseme, d’une autre manière, dans cette nouvelle étape.
L’association INSEME est aujourd’hui reconnue bien au-delà des frontières de l’île. C’est aussi un gage de sérieux qui témoigne de l’étendue de votre travail ?
Oui, et nous avons pu le constater très récemment, notamment lors du festival Isula à Marseille. Nous avons reçu de nombreux témoignages de personnes issues de la diaspora corse qui connaissent Inseme, utilisent ou ont utilisé nos dispositifs. D’autres personnes, non issues de la diaspora ont conscience de ce que l’association apporte et y sont sensibles. Tous nous ont exprimé leur attachement. Cela montre qu’Inseme est aujourd’hui identifiée bien au-delà de l’île. Notre action répond à un besoin concret qui dépasse les frontières de la Corse, dès lors qu’il s’agit d’accompagner les malades et leurs familles confrontés à des déplacements médicaux.
Interview réalisée par Philippe Peraut
Crédit photo : Ph.P