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Orezza : U surghjimentu, le jaillisement

Dossier : D'hier à aujourd'hui Les eaux d'Orezza : N°3

U surghjimentu, le jaillisement



Après avoir sauvé la marque et relancé son développement, restait à résoudre une question fondamentale : à qui appartenait réellement Orezza ? Derrière une bouteille d’eau minérale se cachait un enchevêtrement de droits portant sur la source, les terrains, les bâtiments, les installations industrielles, la marque et le fonds de commerce. Ce qui pouvait sembler n’être qu’un litige entre une entreprise et une collectivité allait devenir l’un des dossiers juridiques les plus complexes de l’économie corse.


La bataille de la propriété

Contrairement à une idée largement répandue, la question ne consistait pas à déterminer qui possédait la marque Orezza, mais qui détenait le droit d’exploiter une ressource naturelle appartenant au domaine public.
La source relève de la Collectivité de Corse, héritière des droits autrefois détenus par le Département. En revanche, les bâtiments industriels, les chaînes d’embouteillage, la clientèle, les réseaux commerciaux et les investissements réalisés depuis la fin des années 1990 appartenaient à la SNEEMO. Cette dualité allait devenir le cœur du contentieux.
Pendant plusieurs années, les procédures se succèdent devant les juridictions administratives et judiciaires. Les magistrats rappellent un principe constant : une eau minérale naturelle, parce qu’elle constitue une richesse du sous-sol, ne peut être privatisée. En revanche, les investissements consentis par un exploitant privé, les équipements industriels et le savoir-faire développé au fil des années doivent être protégés. Cette distinction, limpide en théorie, se révèle particulièrement délicate à appliquer lorsqu’une entreprise fonctionne depuis plus de vingt ans.

Près de trois millions d’euros pour préserver l’activité

Afin d’éviter l’arrêt de la production, la Collectivité de Corse engage en 2021 près de 2,93 millions d’euros afin d’acquérir les actifs indispensables à la poursuite de l’exploitation. L’objectif est double : préserver les emplois et empêcher que la plus célèbre eau minérale corse ne disparaisse une seconde fois.
Une reprise en régie est rapidement écartée. Produire, embouteiller et commercialiser une eau minérale relève d’une activité industrielle et commerciale qui ne peut être gérée comme un service public classique. Les spécialistes du droit estiment également qu’une délégation de service public ne répondrait pas aux contraintes propres à cette activité. Il devient donc nécessaire d’imaginer une solution inédite conciliant sécurité juridique et efficacité économique.

Le choix inédit d’une société coopérative

La solution retenue est une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), créée en 2025.
La Collectivité de Corse, les salariés, les communes concernées et plusieurs partenaires économiques participent ensemble à sa gouvernance. La Collectivité demeure propriétaire de la source, tandis que la SCIC en assure l’exploitation dans le cadre d’un contrat de location-gérance. En contrepartie, elle verse une redevance annuelle d’environ 240 000 euros, composée d’une part fixe de 140 000 euros et d’une part variable liée aux volumes vendus.
Le financement initial de la nouvelle structure représente près de 2,5 millions d’euros. Ce modèle coopératif, encore rare en France pour une activité de cette nature, permet d’associer les intérêts économiques locaux à la protection d’un patrimoine collectif tout en garantissant la continuité de la production.

Un pari pour l’avenir

Aujourd’hui, Orezza produit près de dix millions de litres par an. Son chiffre d’affaires avoisine neuf millions d’euros et les dirigeants ambitionnent désormais de franchir le seuil des dix millions grâce au développement des ventes sur le continent et à l’exportation.
Au-delà de ces résultats, l’entreprise constitue un moteur économique majeur pour la Castagniccia. Les emplois directs s’ajoutent à ceux générés par le transport, la maintenance, la logistique, les fournisseurs et la distribution. Environ 20 % de la production est aujourd’hui écoulée hors de Corse, notamment au Japon, où les eaux fortement minéralisées bénéficient d’un marché dynamique.
L’histoire d’Orezza dépasse ainsi le destin d’une simple eau minérale. Elle montre que la valorisation du patrimoine naturel peut s’appuyer sur des capitaux privés tout en restant au service de l’intérêt général. Cent soixante-dix ans après le décret de Napoléon III reconnaissant les qualités de sa source, Orezza demeure l’un des symboles les plus forts du patrimoine industriel corse et un exemple de renaissance économique fondée sur un subtil équilibre entre initiative privée et maîtrise publique.

Jean-François Lanfranchi


LES EAUX D'OREZZA EN CHIFFRES

1856
La source est officiellement reconnue comme eau minérale naturelle par décret impérial de Napoléon III. Cette reconnaissance ouvre la voie à son exploitation industrielle.
Fin du XIXe siècle
Les bouteilles d'Orezza sont vendues dans les pharmacies françaises et exportées au-delà de la Corse. La marque obtient plusieurs récompenses lors d'expositions nationales et internationales.
1995
Arrêt de l'exploitation. Après plusieurs décennies de déclin, la production est quasiment interrompue.
1998
Création de la Société nouvelle d'exploitation des eaux minérales d'Orezza (SNEEMO) par François-Xavier Mora, qui engage la relance industrielle de la marque.
2021
La Collectivité de Corse consacre près de 2,93 millions d'euros au rachat des actifs indispensables à la poursuite de l'exploitation.
2025
Création de la Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), chargée d'exploiter la source dans le cadre d'un contrat de location-gérance.

Près de 10 millions de litres
Volume annuel de production.

Environ 20 %
Part de la production commercialisée hors de Corse, sur le continent et à l'export, notamment au Japon.

Près de 9 millions d'euros
Chiffre d'affaires annuel, avec un objectif affiché de 10 millions d'euros.

240 000 euros
Montant annuel de la redevance versée à la Collectivité de Corse : 140 000 euros de part fixe et une part variable liée aux volumes commercialisés.

Près de 2,5 millions d'euros
Financement mobilisé pour le lancement de la SCIC.
Plusieurs dizaines d'emplois directs
Auxquels s'ajoutent les emplois induits dans le transport, la maintenance, la logistique et la distribution.
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