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Dossier : La drogue en Corse N° 2

Cocaïne : la poudre blanche qui nourrit les violences et l’argent sale

Cocaïne : la poudre blanche qui nourrit les violences et l’argent sale



Une consommation qui se banalise

Longtemps associée à quelques milieux privilégiés, la cocaïne s’est largement démocratisée. La baisse relative des prix et l’augmentation de l’offre ont favorisé sa diffusion dans toutes les catégories sociales. Chefs d’entreprise, salariés, étudiants ou saisonniers peuvent désormais être concernés. La consommation festive tend à devenir une consommation régulière. Le produit est recherché pour ses effets stimulants, sa capacité à retarder la fatigue ou à renforcer artificiellement la confiance en soi. Les conséquences sanitaires sont pourtant lourdes. Les médecins observent des infarctus, des accidents vasculaires cérébraux, des troubles psychiatriques aigus et des dépendances parfois très rapides. Au niveau national, les passages aux urgences liés à la cocaïne ont dépassé les 6 500 cas en 2025, en hausse de plus de 25 % en un an.

Une explosion des trafics

Les chiffres de la répression témoignent d’un changement d’échelle. Durant les neuf premiers mois de 2025, 789 personnes ont été interpellées en Corse dans des affaires liées aux stupéfiants contre 548 un an plus tôt. En Haute-Corse, les gardes à vue sont passées de 76 à 147 tandis que les incarcérations progressaient de 17 à 47. Les saisies connaissent la même évolution. Les quantités de cocaïne interceptées en Haute-Corse sont passées de 1,2 kilogramme à plus de 18 kilogrammes entre 2024 et 2025. Plusieurs opérations ont également permis de saisir des dizaines de kilogrammes de cocaïne destinés notamment au marché insulaire. Ces chiffres ne représentent probablement qu’une partie des volumes réellement écoulés. Ils illustrent surtout la professionnalisation des réseaux et l’importance croissante du marché corse dans les circuits d’approvisionnement.

La cocaïne au cœur des violences criminelles

La cocaïne constitue aujourd’hui l’un des principaux moteurs économiques du crime organisé. Les profits sont considérables et les sommes en jeu alimentent une concurrence féroce entre groupes criminels. Partout en France, les magistrats spécialisés constatent que de nombreux règlements de comptes trouvent leur origine dans le contrôle des marchés de la cocaïne. Les « narchomicides » se multiplient dans plusieurs métropoles. Même si la situation corse demeure différente, les enquêtes montrent que l’île est désormais connectée à des filières continentales et internationales qui utilisent les grands circuits européens d’importation. Les trafiquants privilégient désormais des cargaisons plus petites, des itinéraires multiples et des approvisionnements fragmentés afin d’échapper aux contrôles.

L’argent de la drogue doit être blanchi

Une fois la drogue vendue, les organisations criminelles doivent réintroduire leurs profits dans l’économie légale. C’est le mécanisme du blanchiment. Les secteurs les plus recherchés sont traditionnellement l’immobilier, les sociétés commerciales, la restauration, les activités touristiques ou les locations saisonnières. En Corse, où la pierre occupe une place essentielle dans l’économie, les enquêteurs considèrent l’immobilier comme particulièrement exposé aux tentatives de blanchiment. Il ne s’agit pas d’affirmer que le marché immobilier corse est financé massivement par l’argent de la drogue. En revanche, les magistrats soulignent régulièrement qu’il constitue une cible privilégiée pour les organisations cherchant à recycler leurs profits.

Une menace pour toute l’économie

La cocaïne ne représente plus seulement un problème de santé publique. Elle génère des flux financiers capables de fausser la concurrence, de favoriser la corruption et d’alimenter des stratégies d’influence économique. Face à cette évolution, les services de l’État s’attaquent de plus en plus aux patrimoines criminels. En 2025, près de 379 000 euros d’avoirs ont été saisis en Haute-Corse. Véhicules, comptes bancaires, sociétés et biens immobiliers figurent désormais au cœur des investigations. La cocaïne ne transforme pas seulement les habitudes de consommation. Elle transforme aussi les circuits de l’argent. Derrière chaque gramme vendu se cache une économie clandestine qui cherche ensuite à pénétrer l’économie légale. C’est pourquoi la lutte contre cette drogue est devenue à la fois une question de santé publique, de sécurité et de protection du tissu économique corse.

Pierre Leoni
Crédit photo D/R
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