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La corse dans la dernière saison du macronisme : Panunzi, Angelini, le sénat et le budget

Il faut toujours se méfier des campagnes sénatoriales en Corse.
LA CORSE DANS LA DERNIÈRE SAISON DU MACRONISME  : PANUNZI, ANGELINI, LE SÉNAT ET LE BUDGET 

Il faut toujours se méfier des campagnes sénatoriales en Corse. Elles paraissent minuscules vues de Paris : quelques centaines de grands électeurs, des maires, des conseillers municipaux, des déjeuners, des visites de villages et cette arithmétique subtile où l’on compte moins les partis que les fidélités. Mais il arrive qu’un scrutin apparemment provincial se trouve placé exactement au point où plusieurs courants de la politique nationale viennent se rencontrer.


C’est peut-être ce qui est en train de se produire avec la candidature de Jean-Jacques Panunzi. Et c’est peut-être aussi ce qui donne à Jean-Christophe Angelini une importance que le simple décompte des voix ne suffit pas à mesurer.
Dans un entretien accordé à Corse-Matin, le sénateur de Corse-du-Sud prononce une phrase qu’il faut retenir : « Je n’ai jamais voulu faire capoter le processus de Beauvau. »

Panunzi retourne aujourd’hui l’argument. Il ne nie plus le principe de l’autonomie ; au contraire, il affirme en avoir toujours été partisan. Il admet la nécessité d’inscrire la Corse dans la Constitution. Il défend un pouvoir d’adaptation, tout en maintenant ses réserves sur un véritable pouvoir législatif corse. Enfin et surtout, il revendique d’avoir convaincu son groupe sénatorial qu’il fallait discuter du texte alors que certains auraient préféré fermer la porte.
Le candidat n’est donc plus celui qui menace Beauvau. Il veut devenir celui sans lequel Beauvau ne pourrait franchir le Sénat.

La nuance est considérable.

La France entre dans le dernier automne budgétaire du second quinquennat d’Emmanuel Macron sans majorité stable à l’Assemblée nationale. Le budget pour 2027 sera discuté alors que tous les partis ont déjà les yeux tournés vers la présidentielle. Chacun devra donc choisir entre la responsabilité parlementaire et son intérêt électoral immédiat.
Le problème n’est plus seulement financier. Il devient institutionnel.
Une difficulté grave à faire adopter le budget replacerait immédiatement au premier plan la question du 49.3, celle de la censure et, derrière elle, celle de la survie du gouvernement. Et si la crise devait devenir insoluble, l’hypothèse d’une nouvelle dissolution, si dangereuse soit-elle pour celui qui la prononcerait, reviendrait inévitablement hanter les conversations parisiennes.

Dans cette République devenue instable à l’Assemblée, le Sénat acquiert une valeur nouvelle. Il demeure l’endroit où existe encore une majorité identifiable, où les groupes ont conservé leurs disciplines et où la négociation parlementaire n’est pas entièrement absorbée par la présidentielle.
C’est précisément là que Panunzi situe désormais son utilité.

Et c’est ici qu’apparaît Angelini.


Jean-Christophe Angelini occupe en effet une position singulière. Il appartient sans ambiguïté à la famille autonomiste, mais il n’est prisonnier ni du siméonisme ni d’une stratégie d’affrontement systématique avec la droite. Son implantation dans l’Extrême-Sud, son réseau d’élus et surtout sa capacité à parler au-delà de son propre camp lui donnent dans cette élection une fonction qui peut devenir décisive.
Il détient une clef.

Non pas nécessairement celle qui permettrait à elle seule d’élire Panunzi ou de le battre. La politique corse est rarement aussi simple. Sa véritable puissance est ailleurs : Angelini peut ouvrir une porte sur sa droite.
S’il le fait, même sans consigne spectaculaire, il modifie profondément la nature de l’élection.
Car il permettrait à certains grands électeurs autonomistes ou proches de l’autonomie de voter Panunzi sans avoir le sentiment de voter contre Beauvau. Le sénateur pourrait alors recevoir des suffrages venus d’un espace politique qui ne lui appartient pas naturellement, mais auquel son nouveau discours offre désormais une justification.

L’articulation entre les deux hommes devient alors fascinante.


Panunzi dit aux autonomistes : « Je ne ferai pas capoter Beauvau et je peux parler à Larcher. »
Angelini peut, s’il le décide, répondre à une partie de son environnement politique : « Il vaut peut-être mieux avoir au Sénat un homme capable de déplacer la droite qu’un homme qui ajoutera sa voix à ceux qui sont déjà convaincus. »
Il n’est même pas nécessaire qu’un accord formel existe. Dans une sénatoriale au scrutin secret, une permission vaut quelquefois presque autant qu’une consigne.

C’est pourquoi la position d’Angelini mérite probablement davantage d’attention que les proclamations des candidats eux-mêmes.

S’il ferme la porte à droite, Panunzi reste essentiellement le candidat de la droite rassemblée, renforcé par Ajaccio mais contraint d’aller chercher ailleurs, individuellement, les quelques voix qui lui manqueraient.
S’il l’entrouvre, le paysage change : Panunzi peut devenir le point de rencontre provisoire d’une droite traditionnelle et d’un autonomisme pragmatique réunis non par une doctrine commune, mais par un intérêt commun : faire franchir au dossier corse l’obstacle du Sénat.

Et dans cette hypothèse, l’alliance objective entre la fonction de Panunzi à Paris et celle d’Angelini en Corse devient évidente : l’un peut ouvrir la droite sénatoriale à l’autonomie ; l’autre peut ouvrir l’autonomie corse à une partie de la droite.

Ils se trouvent aux deux extrémités du même pont.
Panunzi le sait mieux que personne. C’est pourquoi sa réponse à la dernière question de Corse-Matin mérite attention. Lorsqu’on lui demande s’il vise une victoire au premier tour, il ne répond pas. Il laisse « aux délégués sénatoriaux d’arbitrer ».
L’esquive dit quelque chose.

Dès lors, le véritable triangle de cette sénatoriale n’est peut-être pas celui que dessine la liste officielle des candidats.
Il pourrait être Panunzi–Giuseppi–Angelini, le troisième n’étant pas candidat mais pouvant peser sur le choix entre les deux premiers.
Et derrière eux se tient le Sénat ; derrière le Sénat, Beauvau ; derrière Beauvau, une République qui va simultanément devoir trouver un budget, éviter une crise gouvernementale et préparer la succession d’Emmanuel Macron.

Dans ce paysage, Panunzi propose une méthode : la proximité et la négociation.
Angelini possède quelque chose de différent : une clef permettant de franchir une frontière politique.

Jean - François Marchi
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