• Le doyen de la presse Européenne

Claude Bolling : Soixante-dix ans de jazz solaire !

Figure emblématique du jazz national et européen, durzant sept décennies, Claude Bolling s'est éteint.....
Claude Bolling : soixante-dix ans de jazz solaire !
Figure emblématique du jazz national et européen, durant sept décennies, Claude Bolling s’est éteint récemment à l’âge de 90 ans.


A la fois virtuose du piano, auteur de plus d’une centaine de musiques de films, bouillant leader d’une flamboyante formation de dix-huit solistes depuis 1956 ! Avec la disparition de ce musicien d’exception s’achève l’un des chapitres les plus populaires et les plus brulants de l’histoire du jazz français. Né dans l’euphorie de la Libération, ce jazz festif, tout imprégné du swing afro-américain, habita Claude Bolling jusqu’à ses derniers jours.

Voici quelques années, à la veille de son départ pour l’Ile de la Réunion où il devait donner une série de concerts, Claude Bolling me reçut dans son pavillon de Garches près de Paris. Je découvris alors un petit homme tout en rondeur au regard bleu et pétillant. D’un pas vif et assuré il m’emmena dans le sous-sol de sa villa : un vrai studio d’enregistrement encombré de micros, d’ordinateurs et synthétiseurs disposés auprès de son piano. Au mur, des centaines de partitions, de nombreux rayonnages de disques. En toute logique, Claude Bolling commença notre entretien sur ses débuts.

Tout a commencé alors que j’avais 12 ans
.
Le phono à manivelle de mes parents jouait « Black and tan fantasy », l’un des premiers succès de Duke Ellington. Quel choc ! Avec ce disque de 1927 je découvrai un nouvel univers sonore à la fois troublant et fascinant. Mélange original de timbres et d’harmonie, un univers fort différent des premiers géants du piano-jazz que j’écoutais alors, Fats Waller, Earl Hines, Errol Garner. Duke allait devenir mon modèle, mon idole, mon Maître ! Aujourd’hui encore sa musique me passionne. Elle incarne la synthèse la plus parfaite de l’évolution de la musique américaine, du ragtime au be-bop en passant par les styles de Chicago et de Kansas City !

 Quand avez-vous rencontré Duke Ellington pour la première fois ?
 Ce devait être en juillet 1948. Duke arrivait de Londres avec quelques solistes de son orchestre et de musiciens anglais. Je dirigeais alors une petite formation de style new-orleans. Elle avait été choisie pour accueillir Duke en fanfare Gare du Nord. Il m’impressionnait tellement que je n’ai pas osé l’aborder. Ce n’est que dix ans plus tard que je me suis présenté à lui à l’issue de son concert au Palais de Chaillot. A cette occasion je lui ai offert le disque que je venais d’enregistrer à la tête de mon premier big band qui comportait une sélection d’arrangements sur plusieurs de ses compositions. Ce fut le début de notre amitié, une amitié indéfectible !

Vous considérez-vous comme le fils spirituel ou l’héritier de Duke Ellington ?

je n’ai pas cette prétention ! C’est Ellington qui me considérait comme un membre de sa famille et son fils Mercer m’appelait, affectueusement, brother Ellington ! Dès que son père arrivait à Paris, il descendait le plus souvent à l »Hôtel Claridge, il m’appelait. Je me souviens avoir été réveillé à 3h du matin par un coup de fil du Duke : where can I have a ice cream ? C’était tout Duke ! Je m’empressai d’aller lui acheter une glace au drugstore des Champs-Elysées.

Vous souvenez-vous de votre dernière ren
contre ?
 Et comment ! C’était le 14 novembre 1973. Ce soir-là, sur la scène du Palais des Sports, le Duke m’a invité à rejoindre son orchestre. Lorsque j’ai entendu mon nom, c’est la larme à l’œil que j’ai gravi les marches menant à cette scène prestigieuse. Je me suis assis à la place du Maître pour jouer quelques mesures de son célèbre indicatif « Take the a train ». J’avais concocté plusieurs citations sur les harmonies du thème qui ont bien fait rire ses musiciens ! Deux jours plus tard je le retrouvai à Bruxelles. Ce fut, hélas, notre dernière rencontre. Duke nous a quittés le 25 mai 1974. Il avait 75 ans.

 Vos détracteurs dénoncent votre manque de créativité et vous reprochent d’imiter Ellington, voire de le plagier. Que leur répondez-vous ?
Quand je décide de jouer une composition d’Ellington, je joue l’œuvre complète dans son intégralité, note pour note. Quand Pierre Boulez dirige Wagner, il n’agit pas autrement. Et personne ne le lui reproche

 Comment définiriez-vous votre musique ?
 Duke Ellington disait qu’il créait la musique américaine d’inspiration africaine, moi je joue de la musique française d’inspiration ellingtonienne !


Jean-Claude de Thandt

Pour ceux qui aiment Bolling et Ellington à écouter absolument le coffret de 4 CD intitulé « Claude Bolling collector regroupant 47 titres gravés entre 1948 et 1957.
Vous en voulez encore ? Vous allez être servi : Bolling a gravé plus de 50 CD entre 1948 et 2003.La quasi-totalité de ses enregistrements ont été réunis par les Editions Frémeaux et Associés voir www.fremeaux.com.
Et pour être complet signalons l’ouvrage intitulé Bolling Story paru aux Editions Alphee-Jean Paul Bertrand, biographie rédigée avec la complicité de Jean-Pierre Daubresse.
Partager :